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L'auteur du roman Les Immémoriaux, Victor Segalen, a-t-il encore une actualité dans la Polynésie de 2019 ?


Vendredi 15 Novembre 2019 - écrit par Daniel Margueron


En mai 1919 décède, à 41 ans, l’écrivain d’origine bretonne Victor Segalen. Il avait publié Les Immémoriaux en 1907, après un séjour en Polynésie comme médecin de la Marine de janvier 1903 à septembre 1904. L’année 2019 marque donc le centenaire de sa mort. Mais quelle est la place de Segalen dans la Polynésie culturelle de 2019 ? Comment comprendre aujourd’hui son roman composite et sa conception si particulière de l’exotisme apporte-t-elle encore quelque chose ? Mardi 26 novembre, une soirée lui sera consacrée à la Maison de la culture.



On sait que, dans ce roman, Segalen imagine ce qu’a été pour la population polynésienne, et dans la durée d’une vingtaine d’années, l’évangélisation de Tahiti, qui s’est accompagnée du déclin de la culture traditionnelle – ayant perdu ses propres mots recouverts par le discours et la symbolique chrétienne – et d’un changement de société. Segalen, grand admirateur également du peintre Gauguin et lecteur du philosophe Nietzsche, propose, en outre, une nouvelle conception de l’exotisme qu’il définit comme "une esthétique du divers".

Écrivain de son vivant, marginal, déroutant, inclassable, et ce jusqu’aux années 1950, Victor Segalen doit d’avoir émergé d’un long anonymat, à la double action d’abord de sa fille Annie Joly-Segalen qui n’a eu de cesse de faire connaître les nombreuses œuvres inédites au décès de son père, aux côtés d’écrivains séduits par l’originalité segalénienne comme Pierre-Jean Jouve, Francis Ponge, Kenneth White, etc. Ensuite celle de l’histoire, la grande, quand l’ère des décolonisations a sonné et que les discours coloniaux avec leur anthropocentrisme, ont été dénoncés. Lorsque la reconnaissance et la défense des cultures autochtones, et que les questions d’identité collective, sociale, ethnique et personnelle sont apparues, Segalen a rencontré la modernité et trouvé son public. On s’est alors aperçu qu’il avait été un précurseur. Mais rien n’est simple ni évident chez Segalen qui allie les ambiguïtés, les contraires et sème le doute aux certitudes les plus assurées.

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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt