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L’homo tahitensis très loin de l’homo economicus  ?


Vendredi 3 Mai 2019 - écrit par Sébastien Petit


La tentation du copier-coller...
La science économique a toujours eu une tentation d'universalisme, en cherchant à identifier des comportements d’optimisation qui – indépendamment du lieu et de la période – se retrouvent auprès des agents économiques, qu’ils soient consommateurs ou entrepreneurs. Le raisonnement
économique a ainsi cherché à expliquer le comportement des hommes sous contrainte de rareté des ressources, indépendamment du contexte culturel dans lequel il intervenait. Ceci vaut souvent à l’économie d’être consacrée comme la science de la rareté.



Là où un économiste occidental verra en premier lieu une confrontation de l’offre et de la demande ayant donné lieu à un acte commercial, le Tahitien y verra "un processus de circulation plus large". Tableau de Jean Shelsher
Là où un économiste occidental verra en premier lieu une confrontation de l’offre et de la demande ayant donné lieu à un acte commercial, le Tahitien y verra "un processus de circulation plus large". Tableau de Jean Shelsher
L'homo economicus, cette représentation séculaire de l’homme utilisé par les économistes, s’appuie sur "une conception instrumentale de la rationalité d’après laquelle chaque individu supposé doué de raison, et supposé de ce fait purement rationnel, cherche en toute circonstance à optimiser sa situation, (...). Il considère comme naturel que tout être humain soumis à la contrainte de rareté se conduise en gestionnaire avisé de ses ressources tout en étant parfaitement indifférent au bien-être comme aux souffrances d’autrui"1.

Cet individu-type de la théorie néoclassique aux comportements "mécaniques", dénué d’affect, isolé, profondément individualiste, à la recherche d’une constante maximisation de son intérêt propre à travers un calcul systématique de coûts/profits, a cependant eu du mal à résister aux évolutions de la pensée économique. Les chercheurs ont cherché à faire évoluer leur approche de la rationalité, parfois même en s’inspirant de la mythologie et des fables de La Fontaine. Les développements théoriques ont pendant longtemps mis de côté les facteurs culturels laissant cet universalisme douteux sans adversaire relativiste, alors qu’au cœur de cette problématique se trouvent les deux notions : celle de contraintes, à savoir les conditions qui s’imposent à l’agent économique lors de sa prise de décision, et celle d’individu, à savoir l’unité qui prend cette décision parmi tous les choix possibles en fonction de motivations propres.
Or, ces deux notions sont-elles à appréhender de la même façon en Polynésie française que dans une autre économie, occidentale ou non ?

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Confiture et déconfitures…

Confiture et déconfitures…
Le landerneau polynésien a été agité ces dernières semaines. D'abord, on a appris que l'affaire JPK faisait de nouveaux remous et remontait à la surface plus de 21 ans après la disparition de Jean-Pascal Couraud, avec la garde à vue, puis la mise en examen pour "meurtre" de l'ex-compagne et de l'ami du journaliste, Miri Tatarata et Francis Stein, respectivement directrice de l'Environnement et directeur adjoint du Service de la culture et du patrimoine. L'occasion pour Tahiti Pacifique de se replonger dans ses archives et de rappeler comment la politique peut peser sur la justice (lire page 38). C'est valable encore aujourd'hui avec, comme piqûre de rappel, ce nouvel épisode dans l'affaire Te Maru Ata, où des propriétaires "irréductibles" font face depuis plus de vingt ans à l'obstination du promoteur du lotissement, Bill Ravel (lire page 16), qui a bénéficié à plusieurs reprises du soutien politique de Jean-Christophe Bouissou, ministre du Logement et de l’Aménagement du territoire, en charge des Transports interinsulaires maritimes et aériens, et porte-parole du gouvernement. Tous deux sont sous le coup d'une mise en examen pour "soupçons de corruption" aux côtés d'Emmanuel Sztejnberg-Martin, ancien responsable de la communication du haut-commissariat.
La même semaine, celle où l'on a célébré l'autonomie du Pays, une salve de condamnations et de mises en examen a ébranlé le fenua. Notre ex-président, Gaston Flosse, et notre actuel président, Édouard Fritch, ont été condamnés dans l'affaire de la citerne d'Erima : le premier a écopé de 2 ans de prison avec sursis, 10 millions de Fcfp d’amende et 3 ans d’inéligibilité ; quant au second, il lui est réclamé 5 millions de Fcfp d’amende et 46,3 millions de Fcfp de dommages et intérêts. Les deux hommes, ancien et actuel maires de Pirae, ont été accusés de "détournement de fonds publics" pour avoir fait supporter aux administrés de Pirae l’adduction en eau au domicile de Gaston Flosse, à Arue, depuis 1989. Ils ont décidé de faire appel de ces décisions. Dans la foulée, trois chefs de service locaux ont été mis en examen : deux pour meurtre (cités plus haut) et un pour proxénétisme de mineurs de moins de 15 ans (il sera jugé en comparution immédiate le 18 juillet, aux côtés de deux chefs d'entreprise et d'un pharmacien). Peu de temps auparavant, le maire de Papara et représentant à l'assemblée de la Polynésie française, Putai Taae, a été, lui aussi, condamné pour "prise illégale d'intérêts et recel d'abus de confiance" pour avoir versé des subventions à l’association Ia Ora Papara, dont il était le président d’honneur. L'affaire Haddad-Flosse, elle, a été renvoyée en septembre, pour la quatrième fois en quinze mois.
Au vu du nombre d'hommes politiques ou de responsables corrompus à Tahiti et dans les îles, on devrait lancer un concours : celui qui trempe le mieux le doigt dans la confiture ! D'ailleurs, souvent, ce n'est plus le doigt, mais le bras entier qui plonge dans le pot… Par contre, côté projets, le gouvernement collectionne les déconfitures, à l'instar du Village tahitien. Ainsi, malgré deux reports de date (le 22 mars et le 6 mai 2019), les investisseurs maoris et le Samoan Frederick Grey n'ont pas concrétisé leur offre. Le groupement Kaitiaki Tagaloa avait pourtant été déclaré lauréat le 13 avril 2018 des six lots d’hébergements touristiques de l'appel à projets sur les seize lots que constitue le projet global et avait signé le 17 août suivant le protocole d’engagement avec TNAD. Le délai ayant expiré, deux prolongations de 45 jours leur ont été accordées jusqu'à la date butoir du 30 juin dernier. Désormais, on attend le plan B de  la Vice-présidence, en charge de la supervision de ce grand projet d'investissement, qui a déjà coûté la bagatelle de 700 millions de Fcfp de frais d'études. On guette aussi des nouvelles de la ferme aquacole de Hao, dont on a fêté, le 6 mai dernier, le quatrième anniversaire de la première pierre inaugurale…

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt