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L’imposture et le paradoxe, ou les deux mamelles d’une certaine "mā’ohitude"



À intervalles réguliers, dans une démarche relevant de l’obsession maladive, les leaders du parti indépendantiste et leurs acolytes non élus, quand ils n’organisent pas le blocage de la circulation routière, s’en vont chercher dans les petits États du Pacifique un soutien à leur unique projet politique : "la décolonisation". Projet on ne peut plus respectable. Mais pour l’heure, les électeurs ne leur ont accordé que 8 sièges sur 57 à l’assemblée de la Polynésie, soit 14 % des suffrages. Tout vote est message. Au lieu de tenter de comprendre ce refus majoritaire à leur idéologie, ils font comme s’ils représentaient 86 % de la population et arrivent à s’exprimer à l’ONU ! En notre nom ! N’importe quoi ! En acceptant cette imposture, l’ONU devient suspecte à mes yeux. Cela m’éclaire aussi sur l’appellation "Ce Machin" donnée par le Général de Gaulle à sa structure première : la Société des Nations (SDN).
Ce qui me paraît paradoxal, c’est leur adhésion aux Insoumis de l’Assemblée nationale, applaudissant les Gilets jaunes dans leurs pires excès et pour qui tout revenu supérieur au Salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) classe les individus dans les riches privilégiés à abattre et/ou dépouiller pour redistribuer. S’ils connaissaient le montant des salaires et retraites indexés de fonctionnaires, il serait fort possible que les alliés de nos utopistes indépendantistes optent pour une décolonisation sèche… avec réalignement sur les salaires et retraites des masses laborieuses de Métropole. Or, nombreux sont nos fonctionnaires d’État agrippés aux privilèges concédés pour faire passer la pilule nucléaire goulûment avalée, tout en faisant semblant de cracher sur ce qui leur vaut une rémunération qu’envieraient de hauts et performants diplômés, du public comme du privé, ici et ailleurs. Ce qui m’a beaucoup amusée, c’est d’en avoir vu défiler pour refuser que la gestion de leurs prébendes soit confiée aux "Mā'ohi" de la CPS et exiger de continuer à dépendre des popa’ā dont on veut se séparer pour mettre fin au colonialisme et faire surgir un gouvernement mā'ohi… en qui ils n’ont pas confiance !
Le paradoxe, toujours le paradoxe, encore le paradoxe avec son inévitable pendant qu’est l’imposture.
Si encore, associée à cette démarche imprécatoire, ils avaient impulsé un programme de formation des sans domicile fixe (SDF) à l’autosuffisance alimentaire, vestimentaire et de logement individuelle et collective. Mais non, tous leurs discours incitent à l’irresponsabilité générale. Tels des Calimero gémissant "c’est trop injuste", ils encouragent plutôt à la passivité larmoyante qui n’a rien à voir avec la philosophie de la vie des héros polynésiens légendaires. Mais peut-être ignorent-ils les messages contenus dans les récits héroïques des Maui, Tafa’i, Hiro, qui jamais ne s’avouaient battus, qui toujours défiaient l’adversité, se relevaient lorsqu’ils tombaient pour repartir sur leurs pirogues à voile et élaborer des sociétés ignorant la peur.

Sans doute nos nantis indépendantistes ont-ils compris comment les petits pays océaniens indépendants arrivent à survivre et accéder aux bienfaits de la mondialisation. La plus importante de leurs ressources réside dans l’exil d’au moins deux tiers de leurs populations vers la Nouvelle-Zélande, l’Australie, Hawaii et les États-Unis. C’est-à-dire des pays où les autochtones ont perdu leur souveraineté, sont déclassés sur leur propre sol. Ils vont y participer à la colonisation par les Pakeha, Haole et autres colons installés depuis plus au moins longtemps. Les salaires et autres revenus des exilés colons insulaires sont rapatriés en partie pour permettre aux familles gardiennes des terres, de survivre. Leurs représentants à l’ONU monnaieraient leurs votes de soutien à Israël dans sa politique de colonisation des terres palestiniennes. Les droits de pêche dans leurs Zones économiques exclusives (ZEE) sont offerts aux plus offrants, dont la Chine. D’aucuns ont accepté de mettre à bail certaines de leurs îles pour l’installation de goulags tropicaux pour migrants jugés indésirables par l’Australie, par exemple. D’autres sont devenus des paradis fiscaux où l’argent sale se blanchit..., etc. Chacun se débrouille comme il peut avec ce qu’il a reçu de la vie et de l’Histoire. Je ne les juge pas. Je ne les envie pas.
Le sachant, c’est sans doute la raison pour laquelle nos plus ardents indépendantistes veulent garder le cordon ombilical avec les contribuables français qu’ils continueraient à vampiriser en toute innocence culpabilisatrice roublarde.

Les États-Unis avaient commencé leurs expériences dans le Pacifique bien avant la France. D’ici, nous pouvions voir le ciel rougeoyer d’étrange manière au nord-ouest quand leurs bombes pétaient dans l’atmosphère, transformant Bikini en un sanctuaire maudit et ses habitants en réfugiés nucléaires errants. Les Anglais firent de même au centre de l’Australie. La France prit la suite à Moruroa et Fangataufa. Malgré Hiroshima et Nagasaki, les décideurs de ces grandes puissances n’avaient pas pris la mesure de tous les dangers de leurs expérimentations dans nos îles. Cela ne les déresponsabilise en rien, mais ce n’était pas un génocide programmé. Récemment, un médecin civil popa’ā ayant effectué son service militaire dans l’armée à ce moment-là m’a raconté à quel point ils étaient ignorants et imprudents. Il est aujourd’hui malade, mais répète : "Nous ne savions pas que ce pouvait être si dangereux."
Cela n’exonère en rien les responsables d’alors, y compris les élus locaux ayant opté pour une coopération avec les autorités militaires plutôt que l’abandon des responsabilités entre les mains de ces seules autorités qui ont rémunéré en retour cette collaboration.
Tout le monde est allé à la soupe, y compris l’Église protestante, dont les temples, plus grands et plus beaux, se sont multipliés. Tout le monde a empoché les trente deniers de Juda.
C’était hier. Aujourd’hui, notre jeunesse attend autre chose que de nous entendre ressasser un passé qu’on ne peut changer. Ce que l’on peut changer, c’est notre attitude dans notre quotidien où nous sommes responsables de chaque instant. Y compris quand quelqu’un nous fait tomber volontairement ou pas. Soit on reste assis ou allongé à se lamenter, soit on se relève, se mobilise pour marcher, faire les petites choses que doit faire tout être humain pour mériter cette appellation. Une fois que l’essentiel de son humanité est récupéré, une fois que l’on a reconquis son sens de l’humour, alors oui, on peut se lancer ou pas dans le combat de demande de dommages et intérêts. Mais autrement, c’est sacrifier et gâcher de précieux instants de vie qui ne nous sont donnés qu’une seule fois.

Vendredi 23 Août 2019 - écrit par Simone Grand


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Simone Grand

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Bienvenue en Macronésie !

Bienvenue en Macronésie !
Après une pause politique d’une année, 2020 ne manquera pas de piquant, avec les élections municipales en mars et, sur un autre plan, la venue du président de la République Emmanuel Macron, en avril.
La bataille des tāvana est engagée, elle s’annonce âpre, tant le gain des communes est un marchepied incontournable pour atteindre la Présidence. Ces élections se résumeront, comme toutes les précédentes, à une confrontation bipolaire. Certains partis et candidats ont déjà tenté l’aventure en proposant une troisième voie, mais elle n’a jamais trouvé ses électeurs. Gaston Flosse et ses Orange l’ont bien compris et savent qu’en face du Tapura et du Tavini, les chances de prendre et même de conserver les mairies sont vouées à l’échec. Le Vieux Lion a dû se résoudre à proposer une alliance au Tavini, qui ne l’accepte qu’au cas par cas, malgré les annonces d’un Gaston Flosse transformé, ces dernières semaines, en VRP. Voilà qui ressemble fortement à un dernier baroud d’honneur.
Fort de sa croissance économique et politique – les deux allant souvent de pair – le Tapura d’Édouard Fritch paraît inébranlable et peut se concentrer sur la venue présidentielle. Cette dernière, dans le contexte de crise actuelle, ne devrait pas ressembler à celle de François Mitterrand (en 1990), qu’a récemment décriée René Dosière, président de l’Observatoire de l’éthique publique : "Il avait fait un voyage en Polynésie avec 420 personnes,
deux Concorde et un autre avion... On avait refait la piste de Tahiti pour que le Concorde puisse atterrir."
"Bienvenue en Macronésie" pourrait être le message d'accueil adressé au président de la République, tant le gouvernement Fritch lui fait allégeance, au détriment de ses propres parlementaires.
À chaque visite présidentielle, son lot d’annonces et de demandes plus ou moins convenues. Le président Macron devrait revenir sur ses propos d’octobre dernier, tenus à la Réunion : "Les territoires d’Outre-mer français peuvent devenir de véritables hubs numériques. Hub numérique, c’est le souhait de la Polynésie française, que nous soutenons et encourageons." Il sera question de développement économique, de soutien de l’État, du "Centre de mémoire" sur le nucléaire et peut-être même d’une proposition d’inscription à l’ONU pour le ’ori tahiti… La nomination à confirmer du site de Teahupoo pour les compétitions de surf de Paris 2024 ne manquera pas d’être évoquée, alors même qu’elle a été accueillie avec une tiède acrimonie par des internautes métropolitains.
Le président Macron aime répéter à l’envi son "J’entends", les Polynésiens espèrent être entendus et, surtout, compris. Quand certains attendent des excuses pour les expérimentations nucléaires, de meilleures indemnisations, d’autres souhaitent des réponses à des questions tout aussi sensibles, dont nous dressons une liste non exhaustive, soufflées par l’historien Jean-Marc Regnault :
- Diriez-vous, M. le Président, que la France a une part d’Océanie en elle, comme vous aviez dit que la France a une part d’Afrique en elle ? (À cause du mythe des îles heureuses, à cause des guerres mondiales, à cause des essais qui ont permis à la France de devenir une puissance mondiale...)
- Quel est votre degré de reconnaissance du fait nucléaire ? Et, bien sûr, quel devrait être le degré de reconnaissance de la Nation ?
- Vous avez considéré que la colonisation était une faute. Pensez-vous que la France a suffisamment décolonisé la Polynésie ?
- Le président Fritch a dit, récemment, qu’il n’aimerait pas avoir à choisir bientôt entre l’Indo-Pacifique et les Routes de la soie. Ne croyez-vous pas que la géostratégie que vous proposez risque de remettre en cause l’autonomie qui, depuis quelques années, accordait de plus en plus de compétences en matière de relations extérieures ?
- À votre sens, la Polynésie française est-elle suffisamment intégrée dans son environnement océanien ? L’État ne devrait-il pas demander à ses collectivités d’Océanie d’accorder beaucoup plus d’importance à l’enseignement de l’histoire et de la géographie locales et régionales ? Et de récompenser cet enseignement par des diplômes qui intégreraient ces notions ? En la matière, actuellement, l’Inspection générale fait preuve d’un jacobinisme rétrograde...

Selon les réponses à ces questions, la visite permettra – ou pas – de refermer certaines blessures bien vivaces, même après
vingt-quatre ans d’abstinence nucléaire.

Ensemble, faisons bouger les lignes !
Bonne lecture, te aroha ia rahi.
La rédaction

Tahiti Pacifique