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La Calédonie à qui perd gagne ?



Des vainqueurs qui restent sur leur faim, des vaincus plein d’espoir, le résultat du référendum d’autodétermination calédonien du dimanche 4 novembre n’a pas manqué d’afficher des sentiments opposés et même paradoxaux.
La victoire annoncée avant l’heure du "non" à la pleine souveraineté s’est avérée exacte, mais dans des proportions bien moindres que celles que laissaient escompter les sondages ou les dernières élections provinciales. Le deux-tiers/un-tiers s’est transformé en un 56,4/43,6 qui a surpris les observateurs, les électeurs et les responsables des partis politiques locaux.
La Nouvelle-Calédonie a donc affirmé son attachement à la France, mais pas d’une façon massive ; et la carte des régions pro et anti-métropole n’a que très peu bougé depuis la date des premiers accords en 1988. Un autre scrutin devenu incontestable en 2020 en raison du "faible" écart entre les opposants, puis peut-être encore un autre en 2022, vont plonger ce territoire dans un attentisme économique dont il aurait bien aimé se passer. Deux ou quatre ans, c’est peu pour faire basculer une majorité, mais suffisant pour faire tourner une économie au ralenti.
Ces résultats n’ont pas manqué de faire réagir le Tavini Huiraatira qui n’a pu s’empêcher de faire un parallèle avec la Polynésie française. Après des démêlés avec la justice "coloniale" et un tour de l’île en mémoire du leader autonomiste Pouvana'a a Oopa enfin réhabilité par cette même justice, Oscar Temaru demande à ce qu’un tel référendum soit organisé. Le leader bleu l’a souvent martelé, tout comme Moetai Brotherson : un vote pour l’indépendance n’a rien de comparable avec un vote pour les territoriales ; il ne faut pas se fier aux résultats de l’un pour estimer l’autre. Le résultat calédonien lui a donné raison. Voilà qui ne manquera pas de lui donner encore plus d’ardeur sur les bancs de la 4e commission de l’ONU.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Vendredi 16 Novembre 2018 - écrit par Luc Ollivier


Luc Ollivier

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Éducation, justice, politique… le programme de la rentrée

Éducation, justice, politique…  le programme de la rentrée
Ça y est, c’est la rentrée. Après une parenthèse de plusieurs semaines, il faut reprendre le rythme scolaire de nos enfants, ce qui n’est pas de tout repos, même sous les tropiques. Vive les levers aux aurores et les pannes de réveil, vive la tartine beurrée qui tombe au sol à l’envers et vive les bouchons interminables au retour des vacances… Et ce n’est malheureusement pas la troisième voie fraîchement inaugurée à Outumaoro qui devrait changer la donne pour les habitants de la côte ouest, avec cette nouvelle portion longue de… 850 mètres. Après deux ans de travaux, dont dix-huit mois de retard, elle aura pourtant coûté
570 millions de Fcfp, ce qui revient aux contribuables à plus de 670 000 Fcfp le mètre. Le ministère de l’Équipement le sait, et l’a même concédé à demi-mot, il faudra prolonger très rapidement cette troisième voie pour qu’elle soit réellement efficace. Quoi que l’on en pense, où que nous habitions, tous les chemins mènent à l’école. Mais pas forcément à la même. Vous l’avez sûrement remarqué, Tahiti et Moorea voient fleurir ces dernières années des écoles privées d’un autre genre, dites hors-contrat. D’inspiration montessorienne pour la plupart, elles proposent des pédagogies alternatives fondées principalement sur la bienveillance éducative et leur succès remet en cause le système éducatif classique. L’enfant n’est pas un vase que l’on remplit, mais une source qui jaillit. C’est le sujet de notre dossier de Une, qui soulève néanmoins des questions de mixité sociale et de coût financier.
C’est aussi la rentrée de tous les “épris de justice”. Le nouveau haut-commissaire Dominique Sorain, qui a pris ses quartiers au début du mois, multiplie les rencontres avec les autorités et les différents responsables du Pays. Il a ainsi réuni les principaux “justiciers” du fenua afin d’échanger notamment sur “les réponses pénales en matière de lutte contre le trafic d’ice, l’insécurité routière, les violences intrafamiliales, ainsi que la politique mise en place avec le Pays en matière de prévention de la délinquance”. De vastes chantiers donc, qui nécessitent en effet que Justice et politique, mais aussi État et Pays, œuvrent main dans la main. Par ailleurs, on attend de voir, avec grand intérêt, quelle suite va être donnée à l’affaire JPK, qui est remontée à la surface en juin dernier après la mise en examen de Francis Stein et Miri Tatarata pour le “meurtre” du journaliste. L’affaire Boiron retiendra en outre notre attention : dans ce dossier, une dizaine de personnes sont renvoyées devant le tribunal correctionnel les 27 et 28 août prochains, et notamment Marc Ramel, le gérant de la boîte de nuit Ute Ute, pour “des atteintes sexuelles sur mineure de 13 ans et offres de produits stupéfiants à des mineures”. Personnage central, Sabine Boiron est, elle, soupçonnée de proxénétisme d’une mineure en échange d’ice et pourrait être condamnée à cinq ans de prison. Quant à son amant de l'époque, Thierry Barbion, le “golden boy” adepte des soirées “jet set”, il encourt trois ans de prison.
Côté politique, chaque parti est déjà focalisé sur les élections municipales de 2020. Après le rétropédalage à propos de la taxe sur les boissons et produits trop sucrés censée lutter contre le diabète et l’obésité, le gouvernement pourrait réintégrer le corned-beef sur la liste des Produits de première nécessité (PPN) alors qu’il l’avait retiré en février. “On a été un peu vite en la matière, le punu pua’atoro est très symbolique chez nous (…) c’est un élément phare dans l’alimentation du Polynésien”, aurait affirmé le ministère de l’Économie au micro de Radio 1. Faut-il pour autant sauver le soldat pua’atoro ? Des retours en arrière qui ne rassurent pas quant à la crédibilité de nos dirigeants, qui peinent à lancer de grands projets. Aux dernières nouvelles, la ferme aquacole de Hao est toujours en stand-by, mais deux ou trois lots du Village tahitien sur les six dédiés aux hébergements touristiques pourraient être acquis prochainement par des investisseurs locaux. À défaut de troisième voie routière, peut-on encore espérer l’émergence d’une troisième voie politique ? Pour l’heure, rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est des rumeurs grandissantes qui font état de la volonté de Gaston Flosse de briguer la mairie de Papeete aux prochaines échéances électorales. Par un jeu d’alliance avec le Tavini Huiratira’a, le Vieux Lion réussira-t-il à faire son baroud d’honneur ? Affaire à suivre… Belle rentrée à tous.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt