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La culture, c’est comme la confiture…

J’ai oublié l’auteur de : "La culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale." Françoise Sagan ? Cette phrase s’est imposée à moi en écoutant certains thèmes de danses du Heiva, ainsi que des paroles de chansons actuelles télédiffusées en clips vidéo.



Le banian ne peut rivaliser avec l’arbre à pain = tumu ’uru ou le cocotier = tumu ha’ari ; tous deux nourriciers et fournisseurs de matériaux et produits infiniment utiles et précieux. (Tableau de Maxim Kopf, 1938)
Le banian ne peut rivaliser avec l’arbre à pain = tumu ’uru ou le cocotier = tumu ha’ari ; tous deux nourriciers et fournisseurs de matériaux et produits infiniment utiles et précieux. (Tableau de Maxim Kopf, 1938)
Parmi les critères d’identification du vide de la pensée, le mot mā’ohi s’impose en premier. Quand ce vocable domine du début à la fin d’une chanson, d’une déclamation ou d’une interview, une chose est certaine : vous êtes en présence d’un néant conceptuel. Et plus le ton est emphatique, ombrageux, culpabilisateur, plus l’abîme d’ineptie est profond, si ce n’est sans fond. Et cela peut atteindre les sommets du ridicule quand cette revendication à une identité indigène exclusive, rejetant tout apport exogène emprunté, tīpe’e, forcément méprisable, est proclamée par un métis tahitien-chinois… célébrant le ciel mā’ohi ! Comme si notre planète Terre avait plusieurs cieux, plusieurs soleils, lunes et étoiles !
Toutefois je salue l’exploit des chefs de groupe, chorégraphes, costumiers, compositeurs et musiciens qui réussissent à mettre en musique, chorégraphier et accueillir des danseurs et danseuses de toutes origines ethniques d’ici ou d’ailleurs, venus chanter, danser harmonieusement, un thème qui les exclut méchamment. Le paradoxe nous définit une fois de plus. Car cela est d’autant plus paradoxal que le terme mā’ohi fait référence à la terre et non au ciel, même si le lien est en permanence revendiqué en oubliant que dans la mythologie tahitienne, Tāne, dieu du ciel, a longtemps combattu Tumu Nui, dieu de la Nuit. Ils se sont réconciliés en plantant sur Terre, et à Punaauia plus précisément, un odorant Pua = Fragrea, et non pas en tressant un arc-en-ciel.
Ah ! cet arc multicolore, ānuanua, apparaissant quand des gouttes de pluie diffractent la lumière blanche et à qui chaque culture a donné un sens singulier ! Dans la Bible, c’est un témoignage divin de paix et réconciliation. C’est le sens retenu par un groupe ignorant que, dans la culture tahitienne, l’arc-en-ciel est, entre autres, le chemin par lequel le dieu 'Oro est descendu sur Terre pour visiter les parents de Vairaumati, la jeune beauté de Bora Bora identifiée par ses sœurs comme épouse idéale pour remplacer celle qu’il avait, dans un moment de colère, jetée du Ciel et s’est écrasée sur Terre... Les dieux d’ici ou d’ailleurs sont parfois cruels avec les déesses qu’ils balancent à Terre ou exilent dans la Lune, tout en étant complètement subjugués par une simple mortelle.
Ainsi, Ta’aroa, le dieu suprême, fut si agacé par le bruit des battoirs à tapa de Hina qu’il l’exila dans la Lune où elle se mit à battre l’écorce de banian, ’ōrā, Ficus, aux racines aériennes, ’ōtau. Une branche tomba sur Terre, s’y multiplia et permit aux humains de fabriquer de délicates étoffes. "Autrefois, certains pieds étaient tapu ; dans les cavités des troncs creusées par la vieillesse, on déposait les morts et leurs objets personnels." (P. Pétard, 1986, p.151). Cela aurait pu être simplement raconté ainsi, mais l’auteur du thème fit du banian, ’ōrā, un tumu ora = arbre de vie. Or, le mot ’ōrā est aussi différent de ora que "tondre" est différent de "tendre" qui d’ailleurs possède deux sens selon qu’il est verbe ou adjectif. Si le banian fournit surtout de la matière à fabriquer de l’étoffe, il ne peut rivaliser avec l’arbre à pain = tumu ’uru ou le cocotier = tumu ha’ari ; tous deux nourriciers et fournisseurs de matériaux et produits infiniment utiles et précieux. Le banian ne peut être qualifié "d’arbre de vie".

Bon, je reconnais avoir ici étalé ma culture. Celle-ci fut acquise en remettant en cause en permanence ce que j’ai compris des enseignements multiples reçus, des sources littéraires sans cesse interrogées, des dictionnaires constamment confrontés les uns aux autres. Mais ce que je fais, d’autres peuvent aussi le faire. Ça n’est ni sorcier, ni magique, ni inné. Il suffit de se dire : "Je ne sais pas." Et, à partir de ce constat, questionner les vivants oralement ou dans leurs écrits et interroger les morts dans les livres. En outre, j’essaye de tenir compte de qui parle et d’où il ou elle parle. Ainsi, j’ai d’avantage confiance en James Morrison et Maximo Rodriguez narrant sans arrière-pensées ce qu’ils ont vécu et observé, qu’en les propagandistes de tous ordres missionnés pour convertir et conquérir. Selon l’identité du témoin, son
histoire personnelle, sa formation, son intention ; des biais sont inévitables. Je me méfie tout autant de la pseudo-inspiration divine personnelle ou collective. Les états de conscience altérée naturellement par des émotions ou artificiellement par des psychotropes peuvent enrichir la créativité et l’imagination dans la restitution de récits ancestraux comme dans des œuvres de fiction. Mais ’ōrā n’est pas ora ; l’échelle du dieu ’Oro n’est pas l’arc d’alliance de Jéhovah et le racisme initial ou à rebours n’a jamais nourri sainement une Culture.
La distorsion de sens donnée au mot mā’ohi me semble infiniment pernicieuse et constitue une trahison de la pensée océanienne d’avant le Contact. Dans les mythes, ce mot n’existe pas. Il semble avoir été fabriqué pour, dans la vie courante, désigner les plantes, minéraux et animaux observés dans un milieu et en dépendant. L’équivalent est "indigène, autochtone". Mais ni ma grand-mère Marae (1885-1967), ni ma mère Taiana (1914-1966), ni aucun locuteur de naissance de la langue tahitienne ne s’est jamais revendiqué comme tel jusqu’en fin des années 1970. Le sens de discrimination raciale entre les humains fut alors introduit par un diplômé en théologie. Il est curieux que ce mot au sens biaisé ait connu un tel succès et un usage aussi immodéré. C’est devenu un mot valise, bouche-trou, cataplasme, cache-misère... Ce même théologien affirma que la Bible et l’Évangile furent offerts aux Mā’ohi avant tout autre peuple, fût-il Juif ! L’idolâtrie et les sacrifices humains sur les marae auraient, selon lui, amené Jéhovah-Ta’aroa à leur retirer son message pour le ramener quelques siècles plus tard (1797) à Tahiti par le navire Duff des missionnaires protestants. Les catholiques, arrivés à la presqu’île une vingtaine d’années plus tôt, n’ont pas compté à ses yeux ! Ni à ceux de nos actuelles autorités… Pourtant, les Tahitiens n’ont jamais adoré des objets qu’ils avaient eux-mêmes fabriqués. En témoigne l’emprunt, tīpe’e, du mot "idole" en ’ītoro. Les ti’i, tiki n’étaient sacrés, tapu, que durant une cérémonie, pour après, redevenir des objets quelconques, noa.

Le Heiva i Tahiti prouve que l’exigence de rigueur préconisée par les autorités pour les pas de danse, mélodies, rythmes et costumes aboutit à une extraordinaire qualité visuelle, chorégraphique et musicale des spectacles. Il reste dorénavant à améliorer, entre autres, le contenu des thèmes, la cohérence des récits et la justesse des mots. Peut-on rêver d’un meilleur lieu-temps pour transmettre une langue menacée de désaffection ? n

Jeudi 25 Juillet 2019 - écrit par Simone Grand


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Équipement du Pays : mépris de l’environnement, gabegie et incompétence…

Équipement du Pays : mépris de l’environnement, gabegie et incompétence…
Le Pays vient encore d’être pris la main dans le sac. Une enquête pour “terrassement illégal et rejet de matières polluantes” a été en effet ouverte par le parquet, après la construction du remblai de 18 hectares sur le lagon ceinturant l’ex-hôtel Maeva Beach, à Outumaoro, ont révélé nos confrères de La Dépêche de Tahiti. Une information judiciaire a ainsi été engagée suite au dépôt, entre 2013 et 2015, de 110 000 mètres cubes de terre et matériaux sur le site de développement touristique dit “Mahana Beach”, laissant craindre plusieurs risques environnementaux, à terre et en mer. Le fait que ces opérations, menées par l’ancien puis l’actuel présidents de la Polynésie française, Gaston Flosse et Édouard Fritch, aient été réalisées dans le plus grand mépris du Code de l’urbanisme et du Code de l’environnement jette l’opprobre, une fois de plus, sur le gouvernement local… Un scandale politico-environnemental qui rappelle amèrement l’affaire des bonbonnes toxiques immergées à bord du Kura Ora II, en début d’année, où trois responsables de services du Pays seraient impliqués. Une aberration d’autant plus révoltante que le 30e Congrès des communes qui vient de se tenir aux Gambier était placé sous le thème “Nos liens à l’environnement”. L’objectif étant de “sensibiliser l’élu communal et chaque participant, en tant qu’individu, être humain et citoyen, sur ses habitudes et les conséquences de ses actes sur son cadre de vie”. Cerise sur ce gâteau de très mauvais goût, 180 élus communaux venus des quatre coins de la Polynésie se sont réunis à Rikitea, située à… 1 643 kilomètres de Papeete ! Un choix peu judicieux, sur le plan financier certes, mais surtout écologique.
De son côté, on notera que le CESC est devenu le CESEC, le Conseil économique, social, environnemental et culturel de la Polynésie française (prononcer “cézék”), et s’est engagé à intégrer les préoccupations de développement durable dans l’ensemble de ses avis présentés au gouvernement. Non seulement, les grands travaux conduits par le Pays ne respectent pas l’environnement, mais ils sont aussi, souvent, la source d’une gabegie effarante. Pour exemple, l’installation de feux tricolores à Mahina pour la modique somme de 40 millions de Fcfp, qui n’ont pas fonctionné pendant plus d’un an ni réglé le problème de la circulation. On pense également à l’inutile passerelle Taina, construite à Punaauia, qui a coûté 152 millions de Fcfp alors qu’elle est à peine empruntée. Que dire en outre de l’aménagement du front de mer de Papeete prévu par le ministère de l’Équipement, alors que la première tranche a été inaugurée il y a un an déjà ? On nous explique qu’après avoir détruit le carrefour du Pacifique pour empêcher les usagers de la route de tourner à gauche sur l’avenue Prince Hinoi, on va désormais démolir le terre-plein central afin de réaménager le carrefour à feux à la sortie de la gare maritime, pour pouvoir tourner à gauche vers le giratoire de la base marine.
Selon la formule consacrée, le ministre ad hoc remercie à chaque fois par avance la population de sa “compréhension pour les désagréments occasionnés par ces travaux”. On le conçoit bien, soit, mais pas lorsque ceux-ci se font au détriment du développement durable ou sans aucune logique économique. On construit, on déconstruit, puis on reconstruit au même endroit… Gaspillage à tous les étages ! Pendant ce temps, la fermeture du viaduc de la Punaruu a créé d’énormes bouchons sur la côte ouest, un projet de trois lotissements à Moorea suscite l’indignation des riverains et la troisième voie à Punaauia n’est toujours pas terminée deux ans après le démarrage du chantier (évalué à 574 millions de Fcfp). Cette incompétence latente, mise en exergue par plusieurs rapports de la Chambre territoriale des comptes visant différents services du Pays, porte à nous interroger sur la bonne gestion de nos deniers, qui pourraient servir à d’autres causes. Car, en attendant, Théodore Tehau, SDF de 48 ans, est la sixième personne en grande précarité et à la rue qui est décédée cette année, comme l’a rappelé Père Christophe. D’ailleurs, sachez que le vicaire de la cathédrale de Papeete n’a reçu, pour l’heure, qu’un peu plus de 6 millions sur les 150 millions de Fcfp nécessaires à la création d’un nouveau centre d’accueil Te Vai-ete. Et puis, la Faucheuse a déjà tué 24 personnes sur nos routes en 2019. Si on y réfléchit bien, il y a moyen de trouver des investissements plus concrets, c’est sûr.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique Schmitt