Menu


La politique des impasses



La politique des impasses
Notre gouvernement, d’hier ou d’aujourd’hui, (quelle différence ? ce sont les mêmes qui jouent aux chaises musicales), continue à déconcerter voire consterner par ses décisions paradoxales.
L’ouverture d’un tribunal foncier spécialisé fut annoncée dans un ramdam enthousiaste d’enfin réponse à certains de nos tourments. Hélas ! D’humbles tentatives nous acculent dans des impasses où ce tribunal apparaît miroitant de nouveaux pièges.
Apaisant nos divergences et enterrant des conflits arrière-grand-parentaux aux causes oubliées, nous sommes quelques cousins à nous être lancés dans l’aventure de sortie d’indivision foncière. Même si nos enfants n’hériteront pas d’un pactole nous voulons clarifier l’arrière-plan ancestral et rêvons pouvoir initier des projets pour ceux des nôtres en veine d’emploi, en panne d’épanouissement. Retraités, nous désirons mobiliser nos compétences au moins encore une fois avant de tirer notre révérence. Mais nos politiques détestent ça.
À Paea, une terre en cours de partage judiciaire s’annonce propice à des projets fédérateurs. Chacun n’héritant qu’entre 10 m à 200 m2, se regrouper est indispensable. Mais c’est sans compter les textes votés par nos élus de tous bords invitant l’administration territoriale à accorder des permis de construire sur de simples attestations non vérifiées… Aux spoliés indignés, elle répond la bouche en cœur : "Si vous n’êtes pas contents, allez au tribunal." C’est ainsi qu’apparaissent une stratégie (machiavélique ?) de sabotage de nos démarches d’accès à nos terres ancestrales et une volonté de stérilisation de notre créativité. Pour éventuellement sortir de ce cul-de-sac, vous êtes orientés vers de coûteuses démarches judiciaires s’étirant sur des décennies… risquant de transformer en dettes, votre legs à votre descendance. De toute manière, après la décision du tribunal, il faudra financer l’expulsion des squatteurs, illégitimes légalement installés par le gouvernement dans des fare OPH !...
À Tubua’i, le partage judiciaire a précisément délimité les emplacements et dimensions des lots de chacune des huit souches de la cohérie. L’une d’elles a enregistré et transcrit sans aucun problème. Le cœur en fête, je me rends à la Direction des affaires foncières pour faire de même. Hélas ! contrairement aux heureux bénéficiaires des permis de construire sur des terres appartenant à autrui, je ne puis accéder à la mienne dûment et précisément attribuée… que si je le fais aussi pour tous les autres… plus d’un millier de personnes dispersées sur la planète !… C’est comme ça. Dès que vous faites preuves d’une quelconque vitalité et diligence, vous vous voyez contraint à mobiliser ces qualités vers les lubies politiciennes exprimées par des textes qui vous enferrent dans de ruineuses et pénibles démarches à l’issue incertaine. Or, en principe, l’administration doit servir et faciliter la vie des administrés. Elle doit prévoir les conflits et nous les éviter. Ici, c’est l’inverse. Nos élus l’ont formatée pour nous empoisonner l’existence, nous écœurer, épuiser, ruiner. Nos hommes et femmes politiques ne nous aiment qu’en éternels plaignants démunis et désespérés. Est-ce pour apparaître un jour ou l’autre en Sauveur inespéré venu nous sortir de l’impasse par eux perversement édifiée ? Pour nous servir à Noël, un repas à la Présidence en arborant un bonnet rouge de lutin sur la tête ?
Réduits à l’impuissance et à une déprimante inaction nocive à notre santé, par ces spoliateurs destructeurs de rêves, il ne nous reste plus qu’à les observer.
Commençons par l’Autre, celui qui a fabriqué des clones qui ont fini par l’évincer. L’autre donc, inventeur du Mahana Beach a commencé par démolir le Maeva Beach démontrant par là sa Toute-Puissance démolisseuse à défaut de bâtisseuse. C’est tellement plus facile. Et moins cher. Enfin, ça dépend pour qui et comment on calcule. Car il n’y avait aucune urgence à détruire un bâtiment de qualité encore utilisable pour bien des activités… en attendant la concrétisation de ses chimères. Dans la fièvre et l’exaltation, il vire, déloge, expulse le menu peuple qui squatte ci et là et fait tache dans le somptueux délire qu’il se concocte aux frais de la collectivité et de quelques milliardaires annoncés séduits, se vante-t-il par sa suprême Grandeur. Et puis ça tourne vinaigre de mauvais vin. Personne ne veut plus financer sa mégalomanie qui enfle et enfle avec l’âge telle un éléphantiasis incontrôlable. Ses clones le virent et prennent le relais. Mais même en réduisant la voilure, ils n’y arrivent pas non plus. Alors, oh ! Suprême magie ! Se doutant sans doute qu’ils auront du mal à récupérer nos terres même s’ils nous en interdisent l’accès par de multiples stratagèmes, ils nous annoncent devinez quoi. Dans la "droite" volute du monde merveilleux de Disneyland avec son île aux pirates, ils nous annoncent une île… flottante ! Pas celle des desserts de blanc d’œuf battu sur crème anglaise parfumée à la vanille. Non ! Pas celle non plus constituée de tous les déchets plastiques dérivant sur notre pauvre plus grand océan du monde et aux profondeurs abyssales. Non ! Une autre. Où sans doute, ils rêvent pouvoir jouer aux pères et mères Noël, dispensateurs de terres, appartements et autres logements dans un monde où enfin, rien de bon n’existera sans qu’ils n’en soient à l’origine. Une autre île donc. Une Utopie. Une Utopie nous renvoyant aux temps mythiques où Maui, Tafa’i et autres pêchaient des poissons qu’ils immobilisaient pour qu’ils deviennent des îles stables. Une Utopie nous renvoyant aux aspirations du philosophe anglais Thomas More du 16e siècle où tout serait parfait… selon bien sûr leur idée de la perfection. Démesure.
Inquiétante démesure. Au supermarché, "dernier salon où l’on cause", une dame s’inquiète sur la quantité de poissons de la vie sauvage à sacrifier pour obtenir 1 kg de poisson d’élevage traité aux antibiotiques. Il faudra lui répondre.
La démesure se manifeste aussi par le comportement de la ministre de l’Éducation qui, telle une Superwoman, déboule au lycée prête à tirer les oreilles de la direction suite à l’appel sur Facebook d’un élève se plaignant de gouttières bouchées… Elle semble avoir oublié que la direction la représente elle, dans sa fonction, auprès des enfants et parents de l’établissement scolaire. Elle s’est comportée en usurpatrice de la fonction qui lui a été confiée en sapant l’autorité de la direction et des enseignants. Elle détruit un des repères sur lesquels les élèves peuvent tester leurs limites et construire leur personnalité dans une société où les derniers remparts sont les policiers et les juges. La politique des impasses, décidément !
Les prochaines élections nous offriront-elles le choix entre les impasses et les chemins de vie ?

P.-S. : Sidérant ministre de l’équipement deux jours après l’apocalyptique calamité naturelle des 21 et 22 janvier 2017 ! Il est défavorable à l’idée d’interdire les constructions en zone à risques… pour des raisons culturelles…. (Sapristi ! Quand autrefois, les gens construisaient leurs fare ni’au au bord des rivières, ils ne demandaient aucune subvention pour les construire, reconstruire et équiper.) Il est peu favorable à l’idée de cotisations pour ces calamités-là. Il n’évoque nullement l’idée de sévères sanctions contre l’incivisme de riverains jetant troncs d’arbres, carcasses de voitures, matériel ménager usagé et autres encombrants à la rivière, ni contre les remblais et déblais dangereux. Il ne pense pas remettre en cause la politique de rectification et détournement des lits de rivières si chère aux ministres successifs de l’Équipement. Par contre, il fait appel à la solidarité de l’État et des sociétés d’assurances pour financer les conséquences du laxisme et de l’irresponsabilité politique locale ! Encore la passion de l’impasse. C’est méconnaître et insulter la Culture polynésienne que de lui attribuer une telle bêtise.

Vendredi 27 Janvier 2017 - écrit par Simone Grand


Continuez la lecture
< >

Simone Grand

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel




Des chaises vides aux Assises

Depuis quelques semaines, la population polynésienne est invitée à s’exprimer lors des Assises des Outre-mer. Le gouvernement central a délégué un référent qui tente de recueillir les attentes des populations, qu’elles soient à Tahiti, à Moorea ou aux Australes, en attendant d’autres archipels. Après la loi sur l'Égalité réelle des Outre-mer, l’État fait un pas de plus vers ses petits bouts de France qui participent, sous diverses formes, à sa grandeur. La première phase de cette consultation, entamée début octobre, s’est terminée la semaine dernière et force est de constater qu’elle n’a pas recueilli un franc succès. Un manque de communication ? Un désintérêt de la population sur des questions pourtant centrales ? Une méfiance envers l’État et des interlocuteurs inconnus ? Un fiu de tout ce qui touche au politique ? Certainement un mixte de ces suggestions.
Pour ceux qui ont pris la peine de se déplacer ou de faire part de leurs desiderata via un site Internet dédié (www.assisesdesoutremer.fr. ), soit environ 1 000 personnes, les thèmes abordés ont tourné autour de la santé, de la sécurité et de l’éducation, nous apprend un communiqué du haut-commissariat. Et si Jacques Wadrawane, le référent des Assises des Outre-mer pour les collectivités françaises du Pacifique, s’est dit satisfait du déroulé de cette première phase en affirmant que "les participants ont fait part de problèmes concrets, de comment améliorer les conditions de vie au quotidien", il n’a pas manqué de noter que la population avait du mal à faire le distinguo entre les compétences de l’État et celles du Pays. Et l’on reparle de manque de culture politique des Polynésiens, que nos politologues ne manquent pas de rappeler avant chaque élection, entretenu par beaucoup, et qui empêche ce peuple de penser par lui-même, de s’élever.
Si ce manque de culture politique, surtout envers celle menée depuis Paris, peut être reproché aux Polynésiens, il est juste de rappeler que les élus de l’Hexagone se montrent tout aussi incultes envers les Outre-mer. C’est pourquoi la ministre de tutelle, Annick Girardin, essaye d’insuffler un "réflexe d’outre-mer" dans les décisions de ses collègues du gouvernement.
Quant au résultat de ces Assises, "les priorités vont maintenant être déterminées, sur la base de cette première consultation. Des projets seront ensuite soumis à l’avis de la population, de mi-janvier à fin février. Puis, les propositions feront l’objet d’un Livre Bleu. Jacques Wadrawane assure que ces idées déboucheront sur des réalisations concrètes, contrairement à ce qu’on a vu dans le passé, avec les États généraux de l’Outre-mer en 2009, notamment", peut-on lire en fin de communiqué. Il manque de préciser que, pour le moment, il n’y a pas de budget réservé aux décisions qui sortiront des Assises qui, elles-mêmes, n’ont bénéficié que d’un budget très limité (72 millions de Fcfp) pour l’ensemble des territoires et collectivités.
Un recueil de doléances, mais par d’argent pour les appliquer, du moins dans un proche avenir. On verra bien si ce sont les chaises vides qui avaient raison.
Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier