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Le Bon Pasteur et l’École bilingue de Polynésie : la vérité


Vendredi 15 Novembre 2019 - écrit par Manutea Gay


Le droit de réponse



"L'article intitulé « Violences à l’École bilingue de Polynésie : une crise profonde de la bienséance » (lire Tahiti Pacifique n° 418 du 18 octobre, ndlr) exige que soit rétablie la vérité sur le bien-fondé de l’administration des installations du « Bon Pasteur » par l’association « Emauta - Pour redonner l’espoir » et de l’absence,
en l’état actuel d’une procédure judiciaire en cours, de tout droit de l’École bilingue de Polynésie (EBP)
à occuper ces mêmes locaux.

Le Centre du « Bon Pasteur » sur les hauteurs de la Mission a été créé à la demande des autorités de l’État et du Pays auprès de l’Église catholique (CA.MI.CA)  et a ouvert ses portes en 1967 pour répondre au besoin de prise en charge et de protection de jeunes filles mineures en difficulté familiale et sociale. Les locaux ont été construits par l’État et le Pays sur un terrain mis gratuitement à la disposition de ce service public par l’Église catholique ; les jeunes filles hébergées bénéficient de l’entourage d’une communauté de religieuses d’une grande charité et de personnel laïc d’un dévouement sans faille.
D’évidence, le Centre du « Bon Pasteur » constitue pour les jeunes filles placées leur espace de vie. Ont été réalisés pour elles, outre des installations de nuit, (chambres et sanitaires), des salles d’études, des salles de détente, des salles à manger et cuisine, ainsi que le jardin, un préau, des installations de sports et du matériel ludique afin de leur assurer un environnement où elles se reconstruisent.

Ces adolescentes sont scolarisées et ne sont absentes du Centre que les jours de classe de 7 heures à 15 heures, voire parfois
14 heures ; parfois même elles restent au Centre toute la journée (maladie, absence de cours…) Pendant les heures d’absences des filles, les locaux servent au personnel éducatif du Centre pour en assurer le bon fonctionnement 24 heures sur 24 et
7 jours sur 7. Il importe d’insister sur le fait que ces locaux sont depuis l’origine affectés à l’usage exclusif de l’œuvre du « Bon Pasteur » assurant cette mission au nom de la collectivité.

En 2016, est arrivé au Centre l’actuel directeur de l’EBP qui a demandé en pleurant à la religieuse qui dirigeait alors le centre « un endroit » à « titre temporaire » pour accueillir quelques élèves (7 à l’époque) en échange de cours donnés gratuitement à des filles du « Bon Pasteur » (2 filles en tout).

La religieuse, prise de pitié, a accepté par charité de « faire de la place » pour les très jeunes élèves de l’EBP, sans se douter une minute de la réelle intention de ce monsieur de s’accaparer tout l’espace dévolu aux adolescentes confiées au
« Bon Pasteur ».
Il convient de signaler que l’endroit n’est nullement adapté à l’installation d’une école (défaut de sanitaires
en nombre suffisant pour
100 personnes aujourd’hui !), absence d’une vraie cantine (le réfectoire occupé ayant été transformé récemment en salle de classe !) et surtout l’insécurité physique, pour de jeunes enfants, d’un espace vert placé sur une colline avec des pentes abruptes non sécurisées, enfin une insécurité potentielle due à la présence de jeunes filles adolescentes en rupture de ban amenées à côtoyer des jeunes enfants qu’elles pourraient jalouser.

En réalité, l’EBP a pris de manière insidieuse la place de ces jeunes filles sans aucune autorisation du propriétaire des lieux (le C.A.MI.CA.) confisquant à son seul profit tout l’espace vital diurne dont doivent bénéficier les pensionnaires du « Bon Pasteur ». De fait, lorsque ces adolescentes rentrent du collège, les enfants scolarisés à l’École bilingue de Polynésie sont toujours présents sur le site (jusqu’à 18 heures et même parfois au-delà), privant de leurs lieux de vie les occupantes de droit du Centre.

Nous affirmons clairement qu’à ce jour, l’EBP occupe sans droit ni titre un ensemble immobilier dont seule l’association « Emauta - Pour redonner l’espoir » a juridiquement la jouissance. Cette association, rattachée au Secours Catholique - Caritas Polynésie, dispose d’un bail conclu avec le CA.MI.CA sur la totalité de l’ensemble immobilier constituant le Centre du « Bon Pasteur ».

Enfin, il convient de rappeler que pour permettre à l’École bilingue de Polynésie de quitter des lieux sur lesquels elle n’a aucun droit, sans nuire à la scolarité des écoliers, le CA.MI.CA a proposé à son dirigeant de mettre à sa disposition, dans le même quartier et gratuitement pendant
un an, des locaux beaucoup plus appropriés à l’activité de cette école en termes de salles de classe, de sanitaires et d’une cour de récréation sécurisée. Le dirigeant a refusé cette proposition.

Il était nécessaire de rétablir la vérité sur la présence de l’École bilingue de Polynésie totalement injustifiée au sein du Centre du « Bon Pasteur. »"


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Délinquance : peut-on se réjouir de chiffres qui sont “dans la moyenne nationale” ?

Délinquance : peut-on se réjouir de chiffres qui sont “dans la moyenne nationale” ?
À l’heure du bilan à mi-parcours du Plan de prévention de la délinquance 2018-2020, on ne vous cache pas notre étonnement en prenant connaissance des résultats donnés par l’État et le Pays, même si, en cette période préélectorale, plus grand-chose ne nous surprend. Et puis, on le sait, il est facile de “faire parler” les chiffres. Concrètement, la cinquième réunion plénière du Conseil territorial de la prévention de la délinquance annonce une diminution des faits constatés dans quasiment tous les secteurs. Ainsi, les atteintes volontaires à l’intégrité physique resteraient stables entre 2018 et 2019 ; idem pour les atteintes aux biens ; le nombre d’accidents et de blessés sur les routes aurait également baissé, etc. Mais si l’on analyse ces données de plus près, on s’aperçoit en réalité qu’elles sont floues, puisque l’on compare parfois les
douze mois de l’année 2018 avec la période de janvier à septembre (neuf mois) pour l’année 2019. Par exemple, il est indiqué que
3 femmes et 1 homme ont été tués à la suite de violences conjugales en 2018” contre “2 femmes depuis le début de l’année 2019”. Ou encore : “Au 31 octobre 2019, on recense 29 tués contre 30 tués à la même période en 2018, soit une baisse de -3,3 %”. Personne ne sait comment vont évoluer ces statistiques d’ici la fin de l’année…

D’une part, ces méthodes de calcul ne semblent pas permettre de tirer des conclusions précises et, d’autre part, on ne peut pas se réjouir de ces mauvais chiffres. Toutefois, le haut-commissaire a résumé (relativisé ?) la situation en ces termes : “Sur les atteintes aux biens, nous sommes plutôt en dessous de la moyenne nationale, sur les violences aux personnes, nous sommes dans la moyenne nationale et en-dessous de certains territoires ultramarins.” Cette démarche, consistant à se baser sur le ratio national, est-elle appropriée ? Nous en doutons fortement. Cela nous fait amèrement penser à l’anecdote cocasse que nous avons vécue en 2018 alors que nous menions des investigations sur l’augmentation des nuisances sonores et la montée de la violence chez les jeunes au fenua. Bien que le commissaire divisionnaire de la Direction de la sécurité publique était d’accord pour échanger sur ces thèmes épineux, l’ancien responsable de la communication du haussariat – qui a été débarqué entre-temps, car mis en examen pour complicité de trafic d’influence active, aux côtés de Bill Ravel – nous avait fait comprendre, en “off”, qu’il n’y avait “pas de sujet”… Nous lui avons prouvé le contraire en publiant deux dossiers de fond sur ces problématiques irréfutables (lire TPM n° 389 du 7 septembre 2018 et TPM n° 391 du 5 octobre 2018), qui nous ont valus de très bons retours.

Dominique Sorain a cependant jugé “préoccupante” l’augmentation des trafics de drogue et notamment d’ice. Et pour cause, il y a urgence lorsque l’on voit le nombre effarant de saisies effectuées par les douanes locales ! M. Édouard Fritch, lui, a proposé “la création très prochaine d’une Délégation à la promotion de la jeunesse et à la prévention de la délinquance”, qui sera dirigé par l’homme à la chemise mauve (Teiva Manutahi), mais aussi “une intensification des moyens de lutte contre le trafic de plus en plus inquiétant de l’ice”. Sauf qu’il n’y a toujours pas de centre de désintoxication à Tahiti, malgré la mise en place d’un Plan de santé mentale 2019-2021 qui s’avère de plus en plus nécessaire (lire notre dossier de Une en page 16)… En l’absence donc d’un pôle de santé mentale, un projet de postcure devrait être enfin examiné lors du prochain collectif budgétaire. Les quatre priorités identifiées dans le cadre du plan biennal (la lutte contre les addictions, la prévention de la délinquance des mineurs, la réduction des violences intrafamiliales et la lutte contre l’insécurité routière) doivent être poursuivies sans relâche. Il suffit de sortir de chez soi, d’observer et de constater que tous ces sujets sont malheureusement de plus en plus d’actualité dans une société marquée par des inégalités sociales croissantes. Quant aux addictions aux drogues dures, ne sont-elles pas le reflet d’une jeunesse en manque de repères et d’accompagnement, prête à exploser à la figure de ses aînés telle une cocotte-minute ? Il est grand temps d’agir avant que la gangrène ne poursuive son œuvre !

Ensemble, faisons bouger les lignes !
Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt