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Le Cahier de l'Économie : entretien avec Teva Rohfritsch


Vendredi 11 Août 2017 - écrit par Christian Montet




Teva Rohfritsch, Vice-Président de la Polynésie française, ministre de la Relance économique, de l'Économie bleue, de la Politique numérique, chargé de la Promotion des investissements. crédit photo : Service de Presse de la Présidence
Teva Rohfritsch, Vice-Président de la Polynésie française, ministre de la Relance économique, de l'Économie bleue, de la Politique numérique, chargé de la Promotion des investissements. crédit photo : Service de Presse de la Présidence
Tahiti Pacifique : L’ISPF et l’IEOM observent depuis le début de l’année un redressement de l’activité économique. En tant que ministre de l’Économie, cela doit vous réjouir. Mais êtes-vous aussi confiant sur les chances de confirmation de cette tendance dans les mois à venir ?

Teva Rohfritsch : Oui, je suis satisfait de constater cette confirmation de la reprise. En 2015, nous avions déjà des chiffres qui allaient dans le bon sens, on parlait déjà de rebond économique. En 2016, le rebond a été confirmé et le début de 2017 nous conforte dans ce constat. Je pense qu’aujourd’hui, on peut véritablement parler de reprise économique. Pour donner une seule illustration, en 2016, le chiffre d’affaires des entreprises s’est accru de 3,5%, hors commerce de produits pétroliers, banques et assurances.
Concernant l’emploi, on observe pour la deuxième année consécutive un solde positif de créations d’emplois salariés. Comme le confirme l’ISPF, nous avons un solde net de 800 emplois en 2016. Évidemment, on n’ignore pas non plus qu’on sort de douze ans de difficultés économiques, et ce n’est pas en deux exercices qu’on va rétablir une situation satisfaisante en matière d’emploi. On a un nombre très important de demandeurs d’emploi, en particulier chez les jeunes et plus encore les jeunes non diplômés. Néanmoins, les chiffres sont clairement positifs, il s’agit d’une inversion de tendance qui était inespérée il y a trois ans.

Tahiti Pacifique : Comment caractériseriez-vous l’action menée par le gouvernement et en quoi est-elle favorable à la croissance ?

T.R. : Nous pensons en effet avoir mis en œuvre une politique active et efficace et le gouvernement est bien déterminé à la poursuivre. L’objectif est à la fois de...


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Délinquance : peut-on se réjouir de chiffres qui sont “dans la moyenne nationale” ?

Délinquance : peut-on se réjouir de chiffres qui sont “dans la moyenne nationale” ?
À l’heure du bilan à mi-parcours du Plan de prévention de la délinquance 2018-2020, on ne vous cache pas notre étonnement en prenant connaissance des résultats donnés par l’État et le Pays, même si, en cette période préélectorale, plus grand-chose ne nous surprend. Et puis, on le sait, il est facile de “faire parler” les chiffres. Concrètement, la cinquième réunion plénière du Conseil territorial de la prévention de la délinquance annonce une diminution des faits constatés dans quasiment tous les secteurs. Ainsi, les atteintes volontaires à l’intégrité physique resteraient stables entre 2018 et 2019 ; idem pour les atteintes aux biens ; le nombre d’accidents et de blessés sur les routes aurait également baissé, etc. Mais si l’on analyse ces données de plus près, on s’aperçoit en réalité qu’elles sont floues, puisque l’on compare parfois les
douze mois de l’année 2018 avec la période de janvier à septembre (neuf mois) pour l’année 2019. Par exemple, il est indiqué que
3 femmes et 1 homme ont été tués à la suite de violences conjugales en 2018” contre “2 femmes depuis le début de l’année 2019”. Ou encore : “Au 31 octobre 2019, on recense 29 tués contre 30 tués à la même période en 2018, soit une baisse de -3,3 %”. Personne ne sait comment vont évoluer ces statistiques d’ici la fin de l’année…

D’une part, ces méthodes de calcul ne semblent pas permettre de tirer des conclusions précises et, d’autre part, on ne peut pas se réjouir de ces mauvais chiffres. Toutefois, le haut-commissaire a résumé (relativisé ?) la situation en ces termes : “Sur les atteintes aux biens, nous sommes plutôt en dessous de la moyenne nationale, sur les violences aux personnes, nous sommes dans la moyenne nationale et en-dessous de certains territoires ultramarins.” Cette démarche, consistant à se baser sur le ratio national, est-elle appropriée ? Nous en doutons fortement. Cela nous fait amèrement penser à l’anecdote cocasse que nous avons vécue en 2018 alors que nous menions des investigations sur l’augmentation des nuisances sonores et la montée de la violence chez les jeunes au fenua. Bien que le commissaire divisionnaire de la Direction de la sécurité publique était d’accord pour échanger sur ces thèmes épineux, l’ancien responsable de la communication du haussariat – qui a été débarqué entre-temps, car mis en examen pour complicité de trafic d’influence active, aux côtés de Bill Ravel – nous avait fait comprendre, en “off”, qu’il n’y avait “pas de sujet”… Nous lui avons prouvé le contraire en publiant deux dossiers de fond sur ces problématiques irréfutables (lire TPM n° 389 du 7 septembre 2018 et TPM n° 391 du 5 octobre 2018), qui nous ont valus de très bons retours.

Dominique Sorain a cependant jugé “préoccupante” l’augmentation des trafics de drogue et notamment d’ice. Et pour cause, il y a urgence lorsque l’on voit le nombre effarant de saisies effectuées par les douanes locales ! M. Édouard Fritch, lui, a proposé “la création très prochaine d’une Délégation à la promotion de la jeunesse et à la prévention de la délinquance”, qui sera dirigé par l’homme à la chemise mauve (Teiva Manutahi), mais aussi “une intensification des moyens de lutte contre le trafic de plus en plus inquiétant de l’ice”. Sauf qu’il n’y a toujours pas de centre de désintoxication à Tahiti, malgré la mise en place d’un Plan de santé mentale 2019-2021 qui s’avère de plus en plus nécessaire (lire notre dossier de Une en page 16)… En l’absence donc d’un pôle de santé mentale, un projet de postcure devrait être enfin examiné lors du prochain collectif budgétaire. Les quatre priorités identifiées dans le cadre du plan biennal (la lutte contre les addictions, la prévention de la délinquance des mineurs, la réduction des violences intrafamiliales et la lutte contre l’insécurité routière) doivent être poursuivies sans relâche. Il suffit de sortir de chez soi, d’observer et de constater que tous ces sujets sont malheureusement de plus en plus d’actualité dans une société marquée par des inégalités sociales croissantes. Quant aux addictions aux drogues dures, ne sont-elles pas le reflet d’une jeunesse en manque de repères et d’accompagnement, prête à exploser à la figure de ses aînés telle une cocotte-minute ? Il est grand temps d’agir avant que la gangrène ne poursuive son œuvre !

Ensemble, faisons bouger les lignes !
Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt