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Le business des permis de conduire : sorties de route ou dérapages contrôlés ?


Jeudi 27 Juin 2019 - écrit par Dominique Schmitt


Plus de 70 % des candidats polynésiens échouent à l'examen…



Crédit photo : Dominique Schmitt
Crédit photo : Dominique Schmitt
b[Ça roule bien pour les auto-écoles du fenua, moins pour les candidats aux permis de conduire… Coût onéreux de la formation, conditions d'examen déplorables, résultats contestables, manque d'accompagnement personnalisé, équipement à acheter pour les motards, sans oublier les problèmes de l'éloignement des îles, il faut être armé d'un budget conséquent et d'une motivation à toute épreuve pour obtenir le graal. Surtout quand le taux de réussite moyen est inférieur à 30 % en Polynésie, avec plus de 70 % des candidats qui échouent à l'examen !]b

Il existe de plus en plus d'auto-écoles en Polynésie, dix-neuf exactement, preuve qu'il y a un vrai marché. Cette demande forte s'explique par la jeunesse de la population locale. Garante du passage des épreuves du Code la route et du permis de conduire, la Direction des transports terrestres supervise en moyenne chaque année 14 000 examens en Polynésie. Cependant, force est de constater que le permis de conduire n'est pas à la portée de tous, tant s'en faut. Non pas pour des raisons de compétence, bien évidemment, mais surtout à cause du coût financier que cela représente. Pour un permis de conduire voiture, il faut compter, au minimum, un budget d'environ 100 000 Fcfp, dont 15 000 Fcfp pour le Code de la route. Il est cependant possible de passer le Code en candidat libre, en s'acquittant simplement d'un timbre fiscal de 3 000 Fcfp. Le permis moto est, quant à lui, moins cher (le premier forfait de 8 heures démarre à environ 75 000 Fcfp), mais les candidats doivent acheter leur propre équipement (un casque, des gants et des chaussures fermées), ce qui fait un investissement conséquent, sans être assuré, au final, d'avoir le document officiel.

Surtout, ce qui coince, c'est le très faible taux de réussite au permis de conduire. Si la Direction des transports terrestres affirmait ne pas avoir de chiffres officiels lorsque nous l'avons interrogée, le Conseil économique, social et culturel (CESC) a jeté un pavé dans la mare en demandant aux autorités publiques, en mars dernier, "les véritables facteurs de réussites et d'échecs" des Polynésiens. En effet, "le taux de réussite à l'examen du Code serait de 26,5 % et de 30 % pour l'examen de la conduite, concernant le permis B en 2016". Noelline Parker, présidente de l'Union polynésienne de la jeunesse (UPJ), a aussitôt réagi au vœu du CESC : "Force est de constater que l'obtention du permis de conduire, et donc la réussite aux examens, n'est pas à la portée de tous les Polynésiens. Ces résultats seraient bien en deçà de ceux constatés en Métropole, avec en 2017 un taux de réussite moyen de 66,14 % aux épreuves théoriques générales et à plus de 60 % pour les épreuves pratiques."

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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt