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Le coronavirus tue, la psychose frappe…



Crédit photo : DR
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L’information tourne en boucle à la télé, sur la Toile et dans les bureaux : venu de Chine, le Coronavirus 2019-nCoV aurait déjà fait, à l’heure où nous mettions sous presse, mercredi, 500 morts et infecté près de 25 000 personnes dans le monde. À l’épicentre de l’épidémie : la vente illégale d’animaux vivants, tels que des rats, des louveteaux, des salamandres géantes… sur les étals d’un marché aux poissons à Wuhan, le Huanan South China Seafood Market. Depuis les années 1980, plusieurs épidémies ont été corrélées à des sources animales comme le Sida, transmis par un singe, le virus Ebola, transmis par une chauve-souris, et le Syndrome respiratoire aigu sévère (Sras), transmis par une civette. Selon les scientifiques du projet Global Virome, la faune sauvage abriterait 1,7 million de virus encore inconnus et la moitié d’entre eux pourrait être dangereux pour l’Homme. Face à cette propagation du virus à l’échelle planétaire, la psychose collective est, elle aussi, effrayante, illustrant encore une fois nos sociétés contaminées par l’individualisme, l’égocentrisme et la peur de l’Autre.

Le Courrier Picard a, par exemple, suscité un grand malaise en titrant en couverture “Alerte jaune”, et en rédigeant un éditorial intitulé “Un nouveau péril jaune ?”. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus est même né pour dénoncer les clichés racistes véhiculés par l’apparition de l’épidémie. Le fenua n’a malheureusement pas été épargné par cette contagion du racisme ; certains internautes ont dérapé en réagissant de manière très virulente à l’arrivée des 300 touristes chinois qui, pourtant, bénéficient d’un suivi sanitaire particulier. Le consul de Chine est d’ailleurs sorti du bois pour demander de ne pas céder à la panique et dénoncer toute forme d’incitation raciale. Les autorités sanitaires ont beau expliquer que les masques servent essentiellement à protéger les personnes malades, rien à faire… La population s’est ruée sur les pharmacies de la place, où près de 3 000 masques chirurgicaux ont été achetés en quelques jours.

Il faut dire que le gouvernement n’a pas réussi à rassurer, en prenant simplement des “mesurettes” pour “éviter l’entrée du coronavirus en Polynésie” : mise en place d’une caméra thermique (à l’utilité contestée), port de masques en zone aéroportuaire (à l’efficacité non démontrée), contrôles médicaux obligatoires, et suspension des permis de travail et de séjour chinois, au risque de faire un peu tousser le tourisme. Les autorisations de voyage scolaire à l’international ont été également suspendues. Cependant, beaucoup demandent plus, et notamment la “fermeture des frontières”, à l’instar de nombreux pays. Rassurons-nous, les scientifiques du monde entier sont sur le pied de guerre, et l’Institut Pasteur espère un vaccin d’ici 2021. En attendant, cette catastrophe sanitaire internationale soulève la question récurrente de la défiance de l’Homme vis-à-vis des vaccins (lire notre dossier de Une, en pages 16-25). Alors que le vaccin contre la grippe ne soulève pas les foules, tous se jetteraient demain sur celui contre le coronavirus. En outre, cette urgence planétaire nous rappelle tristement que les lignes bougent uniquement lorsque chacun d’entre nous se sent menacé. Pour le coronavirus, tous s’affolent ; pour la faim dans le monde (11 % de la population), tous s’en lavent les mains ! Mais la faim, elle, n’est pas contagieuse, n’est-ce pas ?… n


Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Jeudi 6 Février 2020 - écrit par Dominique Schmitt


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Jeudi 20 Février 2020 - 23:28 Comme un parfum de Macron…

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Dominique Schmitt

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Comme un parfum de Macron…

Comme un parfum de Macron…
La décision du Conseil d’État, le 27 janvier dernier, de ne pas appliquer l’amendement à la loi Morin pour les demandes d’indemnisation des victimes des essais nucléaires déposées avant 2019 a surpris la Polynésie entière… mais agréablement pour une fois ! Cette institution publique, qui est chargée de conseiller le Gouvernement central et se veut la plus haute des juridictions de l’ordre administratif, met donc finalement à mal “l’amendement Tetuanui”, créé le 30 décembre 2018, qui réintégrait dans la loi, après la suppression de la notion de “risque négligeable”, un seuil minimal d’exposition aux rayonnements ionisants pour accéder aux indemnisations (une dose annuelle de 1 millisievert). Conséquence immédiate : deux victimes, dont les dossiers avaient pourtant été rejetés par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen), ont pu obtenir gain de cause. Ces décisions font ainsi jurisprudence pour 62 autres cas ayant reçu un avis défavorable parmi les 138 demandes d’indemnisation en attente.

Même le président du Pays n’a pas caché son grand étonnement. Sans chercher à “faire le travail du Civen”, Édouard Fritch a considéré, au micro de Radio 1, qu’il va manquer au comité “un critère qui permette de dire oui ou non”. Annick Girardin, la ministre des Outre-mer, a déclaré pour sa part, lors de sa courte visite au fenua : “Chacun prend acte de cette décision”, en ajoutant que ce sera au Civen d’en “examiner les conséquences”, en l’absence d’une estimation précise de l’impact financier sur l’État. Sans surprise cette fois, Auguste Uebe-Carlson, fondateur et président de l’association 193, a, lui, réagi positivement à cette grande annonce dans les colonnes de Tahiti Infos : “C’est vraiment un encouragement (…) pour toutes les familles à se manifester pour que cet amendement [“Tetuanui”] soit supprimé ou suspendu en attendant des études sérieuses de la part de l’État à propos de la réalité des maladies qui touchent notre pays.” Selon lui, “le nombre de dossiers a considérablement baissé” depuis l’entrée en vigueur de cet amendement, qui “a découragé beaucoup de familles polynésiennes à entamer une demande d’indemnisation”. Le père Auguste n’a d’ailleurs pas manqué d’affirmer : “Nous rappellerons au président Macron ces décisions du Conseil d’État.

En effet, malgré deux reports en 2019, le président de la République française nous fera enfin l’honneur d’un séjour en Polynésie du 16 au 18 avril 2020, des dates dont nous vous avions donné la primeur dans l’édition du 13 décembre dernier (lire TPM n° 422). On peut tout de même s’interroger sur cette décision tonitruante du Conseil d’État en faveur des Polynésiens. D’autant qu’elle s’est suivie, quelques jours après, du passage tout sourire de Mme Girardin sur nos terres, offrant par la même occasion un joli coup de pouce pour les municipales au Tapura Huiraatira, parti local majoritaire rallié à la liste La République en marche (LREM) d’Emmanuel Macron… Juste avant la ministre des Outre-mer, c’était Stanislas Cazelles, le conseiller Outre-mer de l’Élysée, qui se déplaçait à Tahiti pour préparer le voyage du chef de l’État. Alors, hasard du calendrier ou pas, le terrain semble parfaitement déblayé pour l’arrivée du Président ! Si beaucoup redoutent qu’on leur vende encore des salades, ce qui est sûr, c’est que victimes ou non des essais, bien des hommes et des femmes l’attendent de pied ferme et qu’au menu, ils lui proposeront, eux, des échanges et des débats de vive voix autour du sujet explosif du nucléaire.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt