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Le label d’origine est-il un critère d’excellence suffisant ?

La vie m’a appris que, quelles que soient la couleur de la peau et les origines, les qualités et tares humaines sont les mêmes. La différence ne réside souvent que dans la manière de s’exprimer et s’habiller. Et encore, cela est de moins en moins vrai. Une novlangue, un sabir à connotation anglophone dominante, semble avoir colonisé bien des esprits de notre planète, tout comme un style de vêtement semble être adopté par de plus en plus de Terriens.



Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Ici, devant la quasi-impossibilité de régler certains problèmes dus à un usage erroné des mots du vocabulaire français, nous sommes quelques-uns à tenter de trouver un chemin vers des neurones en bon fonctionnement et, si possible, non contaminés par la vanité du pouvoir.

Ah ! Cette vanité ! Quel fichu dispositif de freinage intempestif qui peut rendre soit agressif soit figé dans une indifférence méprisante de la situation inconfortable dans laquelle d’aucuns vous ont plongés en toute bonne conscience. Or rien qu’en sachant lire un dictionnaire, l’on peut très bien comprendre qu’une cour de récréation comprend le terrain où l’on se récrée ; un court de tennis, celui sur lequel les balles sont échangées, mais qu’un cours d’eau est une masse liquide qui se déplace. Relevant du domaine public, cette masse évolue parfois sur des propriétés privées qui demeurent telles tant que l’expropriation en bonne et due forme n’a pas été opérée. C’est pourtant simple à comprendre. Eh bien, non ! Et depuis le statut d’autonomie, tout dialogue sur le sujet est impossible. Souligner ce qui dans une rédaction de 3e de collège serait qualifié d’ânerie équivaut à un crime de lèse-majesté dans notre société. Et nous subissons les réactions de majestés outragées…
Dans d’autres secteurs, c’est pareil, sinon pire. La capacité de résilience des citoyens est mise à rude épreuve face à l’absurde. C’est comme si notre société avait enfanté des fabricants de textes se pensant et comportant en parfaits étrangers à la réalité insulaire et humaine de nos archipels. Il faudrait un Milan Kundera local pour décrire par le menu les innombrables tracasseries kafkaïennes auxquelles le simple citoyen et les entreprises petites et grosses se heur-tent en tentant de survivre sous un tel carcan. Certaines dynamiques parfois en trépassent. Hélas ! Comme s’il y avait une puissante volonté politique de punir toute activité non administrative, non juridique et non comptable.

Conquérir une dignité indépendante des distributions de "sucettes" préélectorales et/ou de sujétion à quelque cacique de connivence, s’inventer entrepreneur est une galère. Car alors interviennent une armée de persécuteurs et persécutrices concoctant des contraintes qu’ils et elles savent parfaitement inapplicables parfois. Mais elles leur offrent ainsi la joie perverse de fabriquer des coupables étonnés de l’être et de jouir du plaisir sadique de sévir grâce à leurs textes foireux. Dommage que certains de nos juristes n’aient pas pu se faire limer les dents crochues et neutraliser le venin ailleurs durant un certain temps avant de nous revenir quelque peu humanisés. Et enfin conscients du fait qu’ils sont au service de la population et non la population au service de leurs caprices d’enfants gâtés trop vite et parfois promus indûment.

Toutefois, ces technocrates n’ont que le pouvoir que nos élus leur donnent. Car avant d’être adoptés, leurs textes effectuent en principe tout un périple de vérifications avant d’être adoptés en conseil des ministres, qui transmet à l’assemblée qui les vote ! ! ! Les lisent-ils seulement ? On peut en douter parfois. Interrogeant un élu de l’assemblée sur un problème posé par un service administratif, l’élu me répond : "OK ! Prenons rendez-vous avec tel dir’ cab’." Comme celui-ci m’avait répondu "si vous n’êtes pas contente, allez au tribunal", j’ai renoncé. Quant au président sollicité, il oriente vers ses services qui justement nous posent problème. À croire qu’ils ont abandonné leur capacité de réflexion aux administratifs du Pays.

Or, s’il est vrai que la bêtise locale ne peut devenir valeur par rapport à une vraie compétence importée, l’importation à grands frais d’incompétents notoires n’améliore en rien notre qualité de vie… Avec un avantage toutefois, les importés ne font que passer. Enfin, en principe.

Pour avoir souvent entendu certains enseignants natifs parler de leurs élèves "les Tahitiens sont comme ci ou comme ça…", il m’est arrivé de penser qu’une ou deux périodes de trois ans chacune, d’enseignement en Métropole et/ou dans un autre département ou territoire d’Outre-mer leur apprendraient que les Tahitiens d’aujourd’hui sont les enfants de leur temps et non des spécimens particuliers d’humanité à "spécificités spécifiques", comme le disait sans rire un discoureur fort écouté. Ras-le-bol des poncifs aussi faux qu’éculés. Tenus en Métropole, ils seraient passibles de poursuites pour
racisme… en toute candeur. Comme s’il s’agissait d’une réalité scientifique ! Et comment ne pas penser à cette institutrice d’origine métropolitaine, épouse d’un Tahitien pure souche, expliquant à David Marae, à la télé : "Les Tahitiens sont des fainéants mais avec un peu de sang chinois, ils deviennent travailleurs." Et personne n’a jamais trouvé à redire à cette monstruosité !
Par ailleurs, une autre institutrice osa souligner dans le carnet de notes d’un de ses élèves issu d’un quartier difficile l’existence d’une exceptionnelle intelligence chez cet enfant. Elle vit arriver des parents en colère : "Nous sommes des Tahitiens pauvres et bêtes comme nos ancêtres païens arriérés. Tu n’as pas le droit de faire croire le contraire à notre fils !" L’impasse ! Comment lutter contre cette falsification de l’Histoire devenue croyance ?

Il m’est arrivé de m’étonner d’entendre des syndicalistes fonctionnaires d’État et indépendantistes se battre bec et ongles pour ne jamais être gérés par les instances locales dans la gestion de leurs budgets salaires et retraites. Surtout pas la CPS, où les instances locales sont souveraines ! Et ce, tout en se drapant dans le pāreu de l’anticolonialisme !

En Métropole, les avocats ont jetées leurs robes professionnelles aux pieds de la ministre de la Justice pour protester contre la réforme des retraites. Ils n’ont pas balancé le Code civil ou pénal qu’ils respectent. Ici, ce sont les manuels scolaires que nos enseignants syndicalistes FO et FSU ont jetés par terre. Que s’est-il donc passé dans les têtes de ces enseignants-là ? Alors que j’exprimais mon indignation, une instit à la retraite m’a paisiblement expliqué que, de toute manière, les ministères métropolitains leur font régulièrement changer et jeter les manuels, aussi coûteux soient-ils. Hum ! Il y a une souffrance quelque part à ce niveau-là.

À la veille des élections municipales annonciatrices d’autres, il serait bon d’interpeller les candidats au pouvoir politique et leur dire que si nous les installons, ce n’est pas pour que des petits persécuteurs non élus nous empoisonnent la vie.
L’ennui est que les candidats semblent tous sortis du même moule. À quand des paroles neuves suivies d’actes de vie ?

Jeudi 20 Février 2020 - écrit par Simone Grand


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Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !
La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT