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Le mot “indépendance” est-il périmé ?

Le mot "indépendance" est-il "périmé", comme le dit Christian Karembeu dans une récente interview sur FranceTV info ? À le lire, nous comprenons qu’en effet, selon les époques et les lieux, les mots ont des sens différents et ne portent pas la même charge affective. C’est sans doute la raison pour laquelle il insiste tant sur la nécessité d’enseigner l’Histoire.



Le Calédonien Christian Karembeu insiste sur la nécessité d’enseigner l’Histoire. Crédit photo : DR
Le Calédonien Christian Karembeu insiste sur la nécessité d’enseigner l’Histoire. Crédit photo : DR
Sacrée Histoire ! Nous savons qu’elle diffère selon qu’elle est racontée de manière factuelle et neutre ou de manière militante par les vainqueurs ou les vaincus, voire les témoins de circonstance et autres acteurs plus ou moins involontaires des péripéties multiples qui jalonnent nos vies. Ceci, en sachant que même quelqu’un qui essaye d’être neutre apporte malgré lui, dans son regard, dans son récit, le biais de sa propre histoire intime et collective.
Alors que des plaies démangent et parfois suppurent encore dans le monde océanien, au même moment aux antipodes, le président de la République française rend hommage à Verdun, aux milliers de morts pour la Patrie, d’il y a cent ans. Me fascine chez cet homme jeune qui ne connut aucun des charniers de l’Hexagone et d’Europe ni aucun des combats de colonisation/décolonisation, la volonté de continuer à faire du pire ennemi d’hier le meilleur allié d’aujourd’hui contre les périls qui nous menacent, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières. Cela n’est sans doute possible que parce qu’il a appris l’Histoire et entendu des récits multiples sur les événements douloureux du passé.
Contrairement à la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie ne connut qu’une colonisation : la française. Celle-ci y déporta ses bagnards, puis y attira dans les mines de nickel, des ouvriers et employés issus de colonies lointaines comme l’Algérie et le Vietnam et aussi de plus proches comme Wallis-et-Futuna et les Établissements français de l’Océanie (devenus Polynésie française). Pour diriger et organiser la vie de tout ce monde-là, des cadres privés et des fonctionnaires métropolitains furent mandatés. Les autochtones latéralisés, dépossédés d’une partie de leurs terres, parfois déplacés et souvent déshumanisés, subirent la présence de tous ces venus d’ailleurs. Les révoltes furent réprimées de manière violente. Ils endurèrent une sorte d’apartheid. Un de mes oncles, de retour de la Seconde Guerre mondiale, y saccagea un débit de boissons qui refusait d’accueillir son compagnon d’armes Kanak. Il n’acceptait pas que son ami ait eu le droit de mourir pour la patrie et pas celui d’entrer dans un bar sur sa propre terre.
La bêtise de certains colons et de fonctionnaires obtus fut un terreau fertile en ressentiment durable de peuples opprimés. C’est dire le chemin à parcourir pour panser les blessures et réussir le "Vivre ensemble" proposé par Michel Rocard, Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur. S’inventer un "Destin commun" est un beau programme de société. Saluons la mémoire de ses défunts inventeurs. Qu’en feront leurs héritiers ? L’avenir nous le dira.
La Polynésie française fut d’abord colonisée par les missionnaires anglais de la London Missionary Society qui, en 1815, firent alliance avec Pōmare II pour abattre le système politico-religieux des Huiarii. Ils instaurèrent celui d’une Royauté à la mode anglo-protestante où des temples furent érigés sur des marae détruits, les références culturelles ancestrales diabolisées, la langue trafiquée en outil de propagande, les danses, le kava et le tatouage interdits. Cette conquête fut facilitée par l’introduction involontaire d’épidémies meurtrières et/ou invalidantes de tuberculose, syphilis, variole, rubéole, grippe, etc, et par la raréfaction programmée d’arbres à pain. En 1842, les Français établirent le Protectorat en respectant la royauté de Pomare IV, tout en supprimant la dîme et libérant les danses autochtones. De 1844 à 1847, la guerre fut franco-tahitienne car les Anglais qui la fomentèrent ne se présentèrent pas au rendez-vous. À Tahiti, Bruat restitua aux chefs vaincus mais appréciés et estimés leurs fiefs et prérogatives. De 1888 à 1897, aux Îles Sous-le-Vent, la guerre dura. Des leaders furent déportés aux Marquises. Longtemps, les habitants des Îles Sous-le-Vent ne furent que des sujets, et non des citoyens. Ce statut de sujétion explique en partie le début du mouvement lancé par Pouvana’a ’a O’opa persécuté pour raison d’État à la veille des expérimentations nucléaires. Cette persécution est une blessure ressentie dans les tréfonds de l’être. Blessure à laquelle s’ajoutent les maladies radio-induites ayant infligé des souffrances insupportables et incomprises. Les expérimentations américaines que nous regardions étonnés flamboyer le ciel d’orange vers l’ouest eurent-elles une influence ? Nul ne s’en soucie. Chez certains d’entre nous, à la juste colère semble se mêler une sorte de culpabilité ambiguë d’avoir profité des retombées économiques ouvrant au monde avec l’aéroport de Faa’a et d’y tenir comme à des droits acquis tout en vitupérant contre. L’on se réjouit et dit merci en même temps qu’on se sent avoir été trahi, instrumentalisé, manipulé. À l’insu de notre plein gré ? Rien n’est simple. Il nous appartient d’accepter notre complexité et faire avec nos ambiguïtés en toute lucidité.
Aujourd’hui est un autre temps. Il nous appartient de sortir de nos imbroglios fonciers car, ici, le gouvernement français a protégé l’essentiel de la terre indigène. C’est pour ça que nous avons ces problèmes familiaux. Et c’est maintenant qu’il faut les résoudre car ce n’est plus la colonisation externe qui menace, mais l’interne. En effet, il a été décrété que là où l’eau des rivières coule, ça devient domanial, après constat d’un agent de l’équipement nullement obligé de vous en informer ni de vous aider à clarifier votre compte hypothécaire, qui n’est d’ailleurs pas un compte, mais un listing relativement fiable. Qu’importe si ça augmente la confusion et le désordre. C’est un diktat, un ukase. Anormal en démocratie, mais qui passe pour normal dans la mesure où la décision est prise par une assemblée indigène et un gouvernement idem, tous deux se réclamant de la "Force publique". Ce que l’autorité coloniale n’avait pas osé faire, nos élus anticoloniaux le font.
Et il y a d’autres cadeaux de ce genre qui nous sont concoctés. Aussi au lieu de nous lamenter sur le passé, occupons-nous du présent lourd de menaces.i[

Vendredi 16 Novembre 2018 - écrit par Simone Grand


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Vendredi 14 Décembre 2018 - 09:17 Te tau re’are’a = "Le temps jaune"


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Opposition constructive

Le dictionnaire des synonymes vient de s’enrichir d’une nouvelle formule ! Le retournement de veste politique peut désormais être remplacé par de l’opposition constructive.
L’on doit cette nouveauté linguistique à Angelo Frebault, élu en mai dernier lors des élections territoriales sur la liste Tahoera’a, dont il fut exclu en septembre pour ne pas avoir suivi les consignes du parti lors du vote de la réforme des retraites, et qui vient de rejoindre les rangs du Tapura.
L’ancien secrétaire général de la CSTP-FO ne sera donc pas resté bien longtemps seul sur les bancs de l’assemblée puisqu’il a rejoint le parti au pouvoir. La question finalement n’est pas de savoir qui a approché l’autre, mais pourquoi le Tapura, avec sa très forte majorité, a recueilli celui que Gaston Flosse n’avait pas hésité à qualifier de "pomme pourrie" au moment de son éviction du Tahoera’a.
Le gouvernement a les mains libres pour faire passer tous ses textes à l’assemblée avec ses 39 voix, une 40e ne lui est donc pas d’une grande utilité. En seconde lecture, on peut croire qu’Édouard Fritch a fait sienne la devise du célèbre réalisateur Francis Ford Coppola : "Sois proche de tes amis et encore plus proche de tes ennemis."
En effet, les difficultés rencontrées par le gouvernement actuel en début d’année lors des annonces concernant la réforme du régime des retraites peuvent lui faire craindre d’autres mouvements d’ampleur de la rue à l’occasion des réformes à venir sur la Protection Sociale Généralisée, ou encore de la réforme du code du travail. Avoir en son sein l’un de ses anciens plus farouches opposants comme il l’a déjà fait avec un certain Pierre Frebault, ancien ministre de l’Économie d’Oscar Temaru, aujourd’hui directeur de la toute nouvelle Agence de régulation sanitaire et sociale (Arass) – chargée de piloter la politique de la santé et de la protection sociale en Polynésie – est un atout, doit-on penser. Reste à mesurer le réseau d’influence d’Angelo Frebault, renié par une grande partie du monde syndical lors de sa présence sur les listes électorales orange.
Le revers de la médaille est le risque d’apporter un peu plus de discrédit à notre classe politique, dont la cote de popularité est déjà très basse. Et les récentes gardes à vue qu’ont connues Oscar Temaru et Gaston Flosse, pour des raisons très différentes certes, ne viennent pas en redorer l’image.
Le Tapura a pris un risque, persuadé que le résultat des dernières élections le légitime en tout. En métropole, on voit comment le pouvoir s’use vite, des instituts de sondage prenne régulièrement la température ; on peut regretter qu’ici il n’y a pas de sonnette d’alarme.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier