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Le sacré et le profane = Te tapu ’e te noa - Le religieux et le laïc = Te fa’aro’o ’e te fa’a ro’o ’ore ?

Le mot polynésien tapu, adopté par les langues occidentales sous la forme de “tabou”, signifie : interdit, sacré, consacré. Son contraire est noa = profane, libre d’interdit, autorisé, commun.



De toute évidence, le formatage des cerveaux, tel qu’ambitionné et concocté par les traducteurs de la i[Bible, ]idont Pomare II, est une totale réussite. Crédit photo : DR
De toute évidence, le formatage des cerveaux, tel qu’ambitionné et concocté par les traducteurs de la i[Bible, ]idont Pomare II, est une totale réussite. Crédit photo : DR
La “religion” est un “ensemble déterminé de croyances et dogmes définissant le rapport de l’homme avec le sacré”. Elle relie des humains entre eux. (Larousse) Les mots relient aussi les locuteurs entre eux et les rattachent à une Histoire commune d’adaptation aux situations issues de leur société ou venues de l’extérieur. Chez les catholiques, un laïc c’est quelqu’un qui œuvre pour et dans l’Église sans appartenir au clergé. La laïcité française est un produit de l’Histoire de la France, qui fut la “fille aînée de l’Église” catholique. La France connut de sauvages et sanglantes guerres internes de religions chrétiennes (catholiques/protestants). La Révolution de 1789 abolit la royauté de droit divin. L’Empire lui succéda, suivie par la République entrecoupée d’épisodes royaux et impérial. Au retour de la République, une laïcité singulière fut établie séparant le religieux et l’État, avec l’école publique et laïque obligatoire pour tous. La religion est cantonnée à la sphère privée, libérant la sphère publique de toute influence religieuse tout en permettant à toutes les croyances d’exister : chrétiennes, juives, musulmanes, agnostiques, athées ou autres. Toutes les opinions sont également protégées, y compris les idées dites insolentes ou blasphématoires considérées juridiquement aussi sacrées que les religieuses. Toutefois, l’incitation à la haine est interdite. La nuance peut être perçue comme mince par des peuples et communautés prisonniers de langues qui les empêchent de jongler avec des mots libérateurs de carcans idéologiques. Quand les langues piègent le locuteur dans un enchaînement automatique de concepts aliénants, il peut en effet se sentir victime de la divergence d’opinion… tout en trouvant anormal qu’autrui soit blessé par ses signes ostentatoires religieux. Car pour eux, leur croyance est La Vérité, seule et unique. Le totalitarisme est toujours menaçant. Il est essentiel de rester vigilant en permanence.

Qu’en est-il ici en Polynésie française ?

L’habitude est de dire : “Le peuple polynésien est profondément religieux”, même si nul n’a cherché ni donc trouvé de gène particulier de la religiosité polynésienne. Forts de cette “vérité” prétendument aussi vraie que le soleil se lève à l’est, l’on impose et accepte trop souvent que toute réunion de quelque nature que ce soit : politique, professionnelle, familiale, d’information, un repas, etc., commence et/ou se termine par une prière.
Feu Jean-Claude Teriierooitera’i m’avait parlé de l’existence de deux langues tahitiennes anciennes : une sacrée et une profane. Nous n’avons pas eu l’occasion d’approfondir ce sujet. Constatons ensemble, qu’aujourd’hui, il ne reste plus qu’une langue déracinée sur laquelle sont méticuleusement ou n’importe comment, greffées des racines hébraïques, grecques ou anglaises qui la plombent. Les mots ne sont plus des outils permettant l’élaboration d’une pensée impertinente profane, ni même d’un récit léger sur des événements de la vie. C’est une langue sacrée, véhicule de concepts préétablis liés les uns aux autres comme dans un enchaînement inéluctable. Les phrases prennent rapidement le ton incantatoire et sermonneur truffé d’expressions obligées tirées de versets bibliques revenant en litanie, avec des slogans prétendus traditionnels, bien qu’étant de fraîche date. Comme, par exemple, nuna’a mā’ohi, vocables jamais émis ni par ma grand-mère, ni par aucun de ses contemporains nés au XIXe siècle, mais qui sont parfois les seules paroles de certaines chansons. Y compris celles que l’on pourrait appeler “de variétés”… qui sont désormais d’une désespérante insipidité, tant l’inventivité langagière caractérisant une langue savourée et dégustée comme une précieuse friandise y est absente. Quant à la traduction des mots français modernes et même plus courants, c’est la répétition déformée de sons européens en onomatopées dignes de décérébrés, de merles ou perroquets qui est privilégiée. Des sons sans sens émis d’un ton docte sont entrelardés de morceaux de versets bibliques. Comme si l’abêtissement général était l’objectif poursuivi.
Aussi, voyons comment sont traduits les concepts de “religion” et de “laïcité” dans cette novlangue initiée par les missionnaires de la London Missionary Society et religieusement poursuivie par nos zélées structures gouvernementales que nous finançons collectivement.
Le mot religion est traduit par Fa’aro’o = obéir, entendre.
Fa’aro’o ’ore (ore = sans) est traduit par : désobéissant, incroyant. (sic)
En optant pour une traduction aussi orientée, il semble n’y avoir pas de place pour le croyant ouvert à l’existence d’agnostiques et d’athées respectables. Cela dévoile les intentions des pionniers de la traduction de la langue tahitienne en anglais, puis en français. Ils ont cherché à faire de la langue tahitienne une langue sacrée à l’usage exclusif de leur projet de propagande. Cette réalité est soulignée par Mgr Michel Coppenrath, en 1987, dans sa préface au dictionnaire de Tepano Jaussen. De toute évidence, le formatage des cerveaux, tel qu’ambitionné et concocté par les traducteurs de la Bible, dont Pomare II, est une totale réussite.
Ouvrir un débat intelligent sur le religieux et la laïcité est impossible en Polynésie française avec les mots prônés et sacralisés par nos autorités politiques et culturelles.
L’interpellation publique de nos responsables sur les vocables éminemment stupides et exigeant de nécessaires corrections, n’est pas entendue. Les sons biscornus continuent à être utilisés comme s’il s’agissait de précieux trésors. Ceci en continuant à dénoncer l’instruction française et à nier les manipulations délétères de la période coloniale anglaise, fondatrice d’une identité nouvelle née durant la période totalitaire de l’alliance politico-religieuse du règne de Pomare II. La reine Pomare IV, qui régna cinquante ans, ne persécuta pas les dissidents religieux que furent les Mamaïa. Elle les protégea même contre les zélateurs inspirés des missionnaires protestants qui la poussèrent à expulser les prêtres catholiques. Elle céda. Cet acte conduisit au protectorat français et à la situation que nous vivons aujourd’hui.
Aujourd’hui, où continuent à être transmises à nos jeunes des histoires totalement erronées sur une prétendue sauvagerie exclusive, stupide et monstrueuse de leurs ancêtres insulaires. J’ignore qui a inoculé ces âneries dans les têtes de moniteurs locaux faisant visiter à de jeunes Polynésiens des plateformes d’archers et des marae à la presqu’île de Tai’arapu. Ainsi, un adolescent attentif restituait tristement au journaliste qui l’interrogeait le récit suivant : “Si la flèche d’un archer n’atteignait pas l’objectif fixé, l’archer était sacrifié sur le marae là-bas.” Il y a quelques années, à d’autres adolescents visitant le marae de Paea, des moniteurs avaient raconté que l’infanticide était un rituel banal où se déployait une rare cruauté. L’ado en était chagriné et terrorisé. Si l’objectif de ces moniteurs autochtones était de conforter le mépris de soi inoculé lors de la conversion de 1818, ils ont atteint leur objectif.
Tant que sera niée la nature traumatique de cette conversion et des premiers temps du christianisme ici, la langue et les gestes garderont ces traces de soumission avilissante. Tant que ne seront pas dénoncés les récits mensongers sur une soi-disant nature polynésienne cruelle et arriérée, tout en étant “profondément religieuse” (sic), l’échec scolaire prospérera. Tant que ne sera pas rappelée la commune humanité des Polynésiens avec les autres humains de la Terre, la honte de soi rongera les âmes. Tant que sera servie pour authentique une prétendue culture polynésienne s’exprimant en hébreu, grec et anglais dévoyés, la violence auto-infligée ou portée à autrui, soutenue ou non par l’alcool et la drogue, continuera à s’imposer… Tant est désespérée l’idée même d’estime de soi.
Pour ma part, née catholique, puis baptisée adventiste, ayant pratiqué le yoga et testé le bouddhisme, étudié le communisme, le socialisme et d’autres théories, ma religion aujourd’hui est la laïcité. J’espère que nos experts en langue ne traduiront pas ce mot par ra’itite, qui ne veut rien dire, mais qu’ils chercheront et trouveront une expression qui en restitue le sens. Après tout, ils sont payés pour ça.

Vendredi 6 Novembre 2020 - écrit par Simone Grand


Simone Grand

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Bataille de matahiapo dans le bac à sable

Enfin ! Nous connaissons désormais les dates auxquelles pourrait se tenir la fameuse Table ronde de “haut niveau” sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, promise par le président de la République Emmanuel Macron : la réunion devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochains, à Paris. Ce rendez-vous est une “chance” à “ne pas gâcher” selon Édouard Fritch. Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille que “Doudou”, loin s’en faut ! La majorité des associations de victimes ont déjà annoncé qu’elles n’y participeront pas et les associations religieuses semblent suivre le pas. Dans le camp des opposants, on retrouve bien sûr le leader du Tavini, “Oscar One”, qui voit en cette décision de “Manu 1er” un refus “d’assumer le problème nucléaire en face à face avec le peuple polynésien” et estime qu’il “délocalise le problème à Paris, à 20 000 km de Papeete, pour mieux en contrôler l’agenda, les participants et les conclusions”. Et de scander : “Ni Maohi Nui ni Kanaky ne sont à vendre !”

Une personnalité politique regrette cependant de ne pas avoir été invitée : Gaston Flosse. L’ancien président autonomiste vient d’annoncer la création de son nouveau parti politique, Amuitahira’a o te Nuna’a Maohi, qui remplacera officiellement le Taohera’a Huiraatira en juillet prochain. Il y avait un moment que l’on n’avait plus vu le bout de la queue du “Vieux lion”. Mais le voilà qu’il surgit avec son projet d’État souverain associé à la France. Et rugit sa colère envers “Oscar One” qui a osé considérer, devant la presse, ce statut comme “de la merde”. Dans une lettre ouverte, il fustige son meilleur ennemi : “Après avoir exercé tant de hautes fonctions, et après 44 ans de discours, de gesticulations, de manifestations, de blocage et tant encore, où en es-tu de tes promesses d’indépendance aux Polynésiens ? (…) En vérité, tu as échoué.” Après avoir basculé, sans transition, du orange au bleu (clair), voilà donc que le patron du futur “Amuitahira’a”, ce nouveau parti censé regrouper toutes les sensibilités politiques, commence par attaquer le chef de file de l’indépendance… Tandis que nos étudiants passent l’épreuve inédite du grand oral du bac “nouvelle formule” – un examen sous haute bienveillance –, nos drôles de matahiapo se livrent, eux, à une énième bataille dans le bac à sable ! Au point que certains internautes se sont même amusés à les comparer aux marionnettes du célèbre Muppet Show !

Plus sérieusement, on peut s’inquiéter du contenu de cette Table ronde sur le nucléaire, qui risque fort de ressembler à “une coquille vide”, selon les termes du député Moetai Brotherson. D’autant plus agacé que sa proposition de loi “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” a été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée nationale par la majorité présidentielle. La République en marche a estimé en effet que c’est la Table ronde du 1er et 2 juillet qui “doit permettre de mettre à plat tout cela”. Alors que peut-on espérer de cette réunion de “haut niveau” ? Nous avons posé la question à Jean-Marc Regnault, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’UPF. Pour ce spécialiste, contributeur régulier de TPM : “C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes” (lire pages 8-9). Affaire à suivre…  

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT