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Lecornu se tire une balle dans le pied !


Vendredi 21 Mai 2021 - écrit par Thierry Stampfler


Le ministre des Outre-mer avait semblé briser bien des espoirs de reprise touristique immédiate, en liant le retour des visiteurs français et européens à des taux très élevés de vaccinations en Polynésie. À peine rentré à Paris, il a dû avaler son chapeau. Vous avez dit cafouillage ?



Crédit photo : DR
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Comment se faire hara-kiri et voir sa crédibilité réduite en charpie après un voyage pourtant jugé comme réussi par ses interlocuteurs polynésiens ! En fixant, dès sa première prise de parole au pied de l’avion, l’objectif de 75 à 80% de vaccinés polynésiens, avant tout retour des touristes français et européens, Sébastien Lecornu avait renversé la table, et la sortie du marasme économique semblait s’éloigner inexorablement. Car l’objectif fixé semblait irréaliste. Israël qui vaccine à tour de bras depuis six mois, affiche 62% de citoyens ayant reçu leurs deux doses, les États-Unis sont à 46 %. Pour ne parler que des plus performants, car la France, elle, plafonne à 30%. À la mi-mai la Polynésie ne comptait que 35 000 personnes complètement vaccinés (53 000 ayant reçu au moins une dose). En cours de séjour le discours ministériel s’était légèrement adouci, on évoquait 70% des habitants de plus 16 ans, avec une vigilance plus particulière pour Tahiti, Moorea et Bora Bora. Mais tout cela est désormais obsolète, les touristes européens vaccinés seront de retour dès le 9 juin !

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Bataille de matahiapo dans le bac à sable

Enfin ! Nous connaissons désormais les dates auxquelles pourrait se tenir la fameuse Table ronde de “haut niveau” sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, promise par le président de la République Emmanuel Macron : la réunion devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochains, à Paris. Ce rendez-vous est une “chance” à “ne pas gâcher” selon Édouard Fritch. Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille que “Doudou”, loin s’en faut ! La majorité des associations de victimes ont déjà annoncé qu’elles n’y participeront pas et les associations religieuses semblent suivre le pas. Dans le camp des opposants, on retrouve bien sûr le leader du Tavini, “Oscar One”, qui voit en cette décision de “Manu 1er” un refus “d’assumer le problème nucléaire en face à face avec le peuple polynésien” et estime qu’il “délocalise le problème à Paris, à 20 000 km de Papeete, pour mieux en contrôler l’agenda, les participants et les conclusions”. Et de scander : “Ni Maohi Nui ni Kanaky ne sont à vendre !”

Une personnalité politique regrette cependant de ne pas avoir été invitée : Gaston Flosse. L’ancien président autonomiste vient d’annoncer la création de son nouveau parti politique, Amuitahira’a o te Nuna’a Maohi, qui remplacera officiellement le Taohera’a Huiraatira en juillet prochain. Il y avait un moment que l’on n’avait plus vu le bout de la queue du “Vieux lion”. Mais le voilà qu’il surgit avec son projet d’État souverain associé à la France. Et rugit sa colère envers “Oscar One” qui a osé considérer, devant la presse, ce statut comme “de la merde”. Dans une lettre ouverte, il fustige son meilleur ennemi : “Après avoir exercé tant de hautes fonctions, et après 44 ans de discours, de gesticulations, de manifestations, de blocage et tant encore, où en es-tu de tes promesses d’indépendance aux Polynésiens ? (…) En vérité, tu as échoué.” Après avoir basculé, sans transition, du orange au bleu (clair), voilà donc que le patron du futur “Amuitahira’a”, ce nouveau parti censé regrouper toutes les sensibilités politiques, commence par attaquer le chef de file de l’indépendance… Tandis que nos étudiants passent l’épreuve inédite du grand oral du bac “nouvelle formule” – un examen sous haute bienveillance –, nos drôles de matahiapo se livrent, eux, à une énième bataille dans le bac à sable ! Au point que certains internautes se sont même amusés à les comparer aux marionnettes du célèbre Muppet Show !

Plus sérieusement, on peut s’inquiéter du contenu de cette Table ronde sur le nucléaire, qui risque fort de ressembler à “une coquille vide”, selon les termes du député Moetai Brotherson. D’autant plus agacé que sa proposition de loi “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” a été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée nationale par la majorité présidentielle. La République en marche a estimé en effet que c’est la Table ronde du 1er et 2 juillet qui “doit permettre de mettre à plat tout cela”. Alors que peut-on espérer de cette réunion de “haut niveau” ? Nous avons posé la question à Jean-Marc Regnault, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’UPF. Pour ce spécialiste, contributeur régulier de TPM : “C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes” (lire pages 8-9). Affaire à suivre…  

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT