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Les copains d’abord



Si le groupe de presse repris par M. Dominique Auroy en 2014 n’est pas encore Le Radeau de La Méduse, les tempêtes financières n’ont pas épargné ce qui fut le fleuron médiatique de la Polynésie française pendant des décennies. Fermeture du titre Les Nouvelles de Tahiti, puis de La Dépêche Dimanche, liquidation de l’imprimerie, la gestion d’un groupe, qui n’a cessé de se morceler en diverses sociétés et sous différents gérants ou directeurs de publication, a conduit à réduire la voilure. Au point que le navire amiral La Dépêche de Tahiti, comme avaient l’habitude de l’appeler les anciens propriétaires, se trouve désormais en cale sèche ; son avenir étant assujetti à la mansuétude du tribunal qui lui a généreusement accordé un sursis, via un plan de redressement jusqu’au 29 avril auquel même les salariés ne croient plus.
Mais Dominique Auroy, qui n’est pas sans amis fidèles, confrérie oblige, a de la ressource. Après une tentative avortée de vente de son titre à TNTV (pour la modique somme de 250 millions de Fcfp), voilà que Jean-Christophe Bouissou, fondateur de Taui FM, apparemment las d’attendre que la télévision du Pays ne reprenne sa radio, a décidé de l’intégrer au groupe PAC FM de Dominique Auroy, taclant au passage la directrice de TNTV, Mateata Maamaatuaiahutapu.

Une décision pour le moins surprenante, quand Dominique Auroy n’a de cesse de faire du porte-à-porte pour se débarrasser de ses actifs dans la presse. Et, bien entendu, dans un discours bien rodé et maintes fois entendu dans la bouche de l'homme d'affaires, cette intégration va s’accompagner d’une amélioration… Libéré de la charge de son imprimerie, La Dépêche ne devait-elle pas s’améliorer, se développer par un plus fort maillage de correspondants… ? Demandez à ces correspondants – bien souvent historiques – en attente de paiement, ce qu’ils en pensent.

Mais cette intégration ne serait-elle pas la graine qui cache la forêt ? Jean-Christophe Bouissou dit ne plus croire au papier, c’est son droit. Après avoir soutenu Dominique Auroy dans ses projets d’Écoparc à la Maroto, de Maison de la Polynésie en Russie, l’ancien ministre du Tourisme, dans des propos sibyllins, laisse transparaître la venue "d’une nouvelle entité qui se positionnerait sur les mêmes orientations que certains organismes publics, il se posera alors un grand problème, notamment sur les questions de financement (…)" Autrement dit, une télé sur le Web va voir le jour et le gouvernement devra y participer financièrement. La somme de 70 millions de Fcfp est déjà avancée, à moins que ce projet ne connaisse le même sort que celui de la plate-forme numérique "South Pacific Online" (un projet de Dominique Auroy tombé à l’eau), qui avait perçu des fonds de Google.
Ces millions seront-ils ponctionnés sur le milliard de subvention que touche approximativement TNTV chaque année pour son budget de fonctionnement et d’investissement ? Voilà qui va faire grincer quelques dents. On peut s’attendre à quelques explications bien senties entre ministres concernés. En attendant une télévision numérique, nous allons vivre quelques feuilletons dignes des meilleures telenovelas.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Vendredi 22 Février 2019 - écrit par Luc Ollivier


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Luc Ollivier

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"Tahiti paradis"

Des premiers explorateurs à aujourd’hui, le mythe du "Tahiti paradis" n’a pas beaucoup vieilli, il a plutôt changé de sens. De la beauté des îles, des lagons, des populations qui ont fait la réputation mondiale de la destination depuis plus de deux siècles – et qui en sont encore le principal moteur économique interne –, on est passé à un Eldorado d’une toute autre nature : celui des margoulins de tout poil et de tout horizon. Petit "pays", qui fait figure de riche dans un bassin géographique qui n’a pas encore livré toutes ses richesses, la Polynésie française a souvent été la cible d’hommes et de projets plus que douteux. À croire qu’elle n’a déjà pas assez affaire avec ceux qui y vivent…

Les vendeurs de couvertures chauffantes ont fait place à d’autres vendeurs, bien plus avisés et plus ambitieux. Je me souviens de ce projet d’une course internationale de voiliers – qui n’attirerait que des grands noms (!) – qui a fait flop, à la fin des années 1980. Mais ceci n’est rien en comparaison de ceux qui sont à deux doigts de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. À l’instar des promoteurs des "Îles flottantes", qui ont bien failli réussir leur coup (coût ?). Le gouvernement avait mordu à l’hameçon, avant de le recracher sous la pression populaire. À notre connaissance, et depuis ce désistement, les "Îles flottantes" n’ont toujours pas trouvé un lieu d’amarrage… Surprenant, pour un projet si novateur, non… ? Il faut croire qu’ailleurs dans le monde, on est un peu plus regardant.

Entre ce projet de milliardaires américains, et celui du financement du "Village tahitien" (version Flosse) par un milliardaire arabe, repoussé par le vote de la population, il faut déduire que c’est elle qui détient le bon sens. C’est peut-être pour cette raison qu’elle se montre sceptique quant aux projets plus ou moins avancés que sont le projet aquacole de Hao, dont les rendez-vous avec les investisseurs chinois ne cessent d’être repoussés, ou celui du "Village tahitien" version Fritch, dont la date des 200 jours pour la signature du protocole vient d’être dépassée. Les investisseurs néo-zélandais et samoans ne seraient-ils plus les hommes de la situation ? On n’ose croire que le maintien de Samoa sur la liste noire de l’Union européenne des paradis fiscaux y soit pour quelque chose... Il semble que les garanties financières ne soient pas au rendez-vous. On aurait certainement dû et pu se montrer plus regardant sur cet aspect lors de la candidature.

Mais à Tahiti, au paradis, on a tendance à faire un peu trop confiance et, parfois même, à n’importe qui. Vous ne me croyez pas ? Je vous invite à lire le sujet édifiant (voir page 6) sur une société condamnée en 2017 et pour laquelle le Pays offre son soutien !

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier

Luc Ollivier