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Les unu détournés de Gaya


Vendredi 27 Juillet 2018 - écrit par Dominique Schmitt


À l'occasion du 170e anniversaire de la naissance de Paul Gauguin (1848-1903), célébré le mois dernier à Tahiti, l'artiste Gaya a réalisé une œuvre in situ
pour le moins insolite devant le marae Ta’ata, à Paea. À lecture multiple, ce "conceptual land art" dénonce notamment l'élitisme, les lieux tabu et les problèmes fonciers en Polynésie.



Gaya aime étonner et détonner, à l'image de son "Christ Bleu" réalisé en 2003. L'année dernière, pour fêter ses quinze ans de présence au fenua, l'artiste autodidacte et pluridisciplinaire a proposé une rétrospective de son œuvre au travers d'une cinquantaine de créations surprenantes. Cette fois, dans le cadre de la commémoration de la naissance de Paul Gauguin, il a réalisé une œuvre in situ dans un marae. Il explique sa démarche artistique qui peut surprendre : "Une barrière VIP (Very Important People) est, comme vous le savez, une barrière que l’on place devant l’entrée des « grands événements » réservés à une certaine élite et qui sert à stopper et filtrer les entrées qui sont sur invitations, et donc à éviter l’intrusion des gens non inscrits sur la liste de ces personnes dites, TRÈS importantes."
Et de poursuivre : "Ici « mon VIP » est transposé en « Very Important Polynesia »...

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Le Tavini, roi de la com’ ?

L’annonce, le lundi 8 octobre devant la 4e commission de l’Organisation des Nations unies à New York par le leader indépendantiste Oscar Temaru, a fait l’effet d’une bombe. Dans sa tribune, il a dénoncé le colonialisme nucléaire et a annoncé avoir déposé une plainte (réceptionnée le 2 octobre) auprès du Tribunal pénal international de La Haye contre la France et ses présidents pour crime contre l’humanité.
La presse nationale, mais aussi mondiale, en a fait ses choux gras, tant cette action a surpris par son énormité. Si, au final, cette plainte n’a que très peu de chances d’aboutir, en raison de procédures juridiques, il n’en demeure pas moins que le Tavini a fixé sur lui les projecteurs, alors même que sa démarche de décolonisation onusienne s’enlise depuis 2013. De quoi forcer la France à s’asseoir à la table des négociations ? Rien n’est moins sûr, cette dernière considérant toujours que la Polynésie française n’est pas un pays non autonome. Après l’entrée l’année dernière du numéro 2 du parti à l’Assemblée nationale dans une tenue traditionnelle qui lui avait valu l’attention des médias nationaux, autres que celui de France Ô, le Tavini prouve une fois encore qu’il sait jouer avec la presse pour se faire entendre.
Les réactions locales et nationales n’ont pas tardé à se faire entendre, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, déplorant la méthode, et le président Édouard Fritch de rappeler, sur une télévision locale : "On utilise des actions de ce type-là pour rappeler que l’on existe. Ce sont des coups médiatiques, car je crois que le président du Tavini lui-même sait très bien que la plainte qu’il a annoncée contre les chefs d’État n’aboutira jamais. J’ai vu que l’Église protestante maohi aussi redépose une autre plainte… Mais pour aboutir à quoi ? Surtout que les effets annoncés ne verront pas leur aboutissement."
Pour aboutir à quoi ? Tout simplement, rappeler aux yeux du monde qu’une minorité de Polynésiens ne souhaite plus faire partie du giron républicain. Le Tavini se débat avec ses moyens et pivilégie le poids des Unes à celui des urnes.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier