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Mafia "un club privé"


Vendredi 10 Mars 2017 - écrit par Boris Alexandre Spasov


"Un principe intellectuel et moral fondamental veut que les puissants fassent la loi. C’est une règle essentielle de l’ordre mondial, de même que dans la mafia. Toute ressemblance n’est d’ailleurs pas fortuite", Noam Chomsky (philosophe et penseur politique)



"Une" de Tahiti Pacifique (n° 258 - décembre 2012)
"Une" de Tahiti Pacifique (n° 258 - décembre 2012)
Les "crises" que rencontrent "les Occidentaux" et le monde en règle générale engendrent de la misère et de la pauvreté. La mafia (ou maffia) trouve ses origines dans un climat de misère qui lui sert de terreau. La mafia est donc une organisation criminelle avec une hiérarchie établie dont les membres sont appelés mafiosi. Les noms de maffia et maffiosi apparaissent pour la première fois en 1860 en Sicile et avaient une double signification :
- La première désignait un comportement honorable et brave, avec des codes d’honneur,
- la seconde se résumait à une organisation criminelle dite aussi "l’industrie de la violence et du crime".
Pour faire un peu de vocabulaire, le mot "mafia" est ambigu dans la mesure où l’on peut lui attribuer plusieurs sens et significations ; il est donc polysémique du latin polysemus, "en fonction du contexte", et désigne dans son ensemble toutes les mafias : russe, chinoise, yougoslave, japonaise, française…
Selon le sociologue Umberto Santino, la mafia est issue de différentes couches sociales, et le tout forme une espèce de club privé. "Le système relationnel mafieux est composé de rapports de parenté, d’amitié, de complicité et d’intérêt. Ses ramifications (pieuvre aux multiples tentacules) s’affirment dans les économies légale et parallèle en un « système » légal et criminel dont le but et de conquérir le pouvoir et l’argent (cela ne vous rappelle rien ?). Les catégories sociales les plus pauvres (le parc humain) représentent le bassin de recrutement.
Dans certains cas de figures, les cadres de l’organisation mafieuse sont capables de sceller un « pacte » avec les plus hautes sphères du pouvoir politique et
économique de la « haute société ». Par nature donc, elle s’infiltre dans les associations politiques et les institutions, ce qui lui permet de faire le lien entre le monde légal et illégal.
"
La dimension légale de la mafia est inimaginable, avec de jeunes générations dont certaines ont étudié dans les meilleurs collèges, fréquenté les meilleures universités : Oxford, Ena, Cambridge, Columbia… Diplômés, certains ont choisi le côté "obscur de la force" et par leur expertise se positionnent dans toutes les sphères de la vie sociale. Ils sont : analystes financiers, avocats, médecins… Aujourd’hui, la mafia est surtout une mafia financière et des affaires, présente au cœur des politiques et de l’économie légale (voir Tahiti Pacifique n° 348 et 349).
La mafia est donc un phénomène humain, elle a un début de vie, une évolution et, comme tout phénomène humain, elle aura aussi une fin.
Alors, Tahiti est-elle devenue une île mafieuse (voir l’enquête d’Alex W. du Prel dans Tahiti Pacifique n° 258) ? La question reste posée, autant qu’ailleurs. Sur Tahiti, nous avons les mêmes bureaux d’études qui analysent la faisabilité des projets, des études bien coûteuses mais qui, au final, ne rassurent personne, sauf les commanditaires : projet de Makatea, îles flottantes, tourisme…
Tahiti, en matière de mafia, demeure une maternelle aux côtés des autres mafias de par son potentiel et sa capacité à rebondir vers une ouverture. À propos de rebondir, je vais vous citer les états d’âme du Dr Gérard Maudrux, président à l’époque de la Caisse autonome de retraite des médecins de France qui, dans sa circulaire de janvier 2010, s’interrogeait déjà sur le fonctionnement de nos institutions avec un titre évocateur : "État ou mafia".
Ce médecin rapporte qu’une de ses relations, qui était patron d’une petite PME, avait préféré se délocaliser en Estonie, car il disait préférer payer la mafia dans le pays où il avait délocalisé, plutôt que de payer des impôts et redevances à l’État français. Selon lui, l’État français taxe à outrance le travail des petites et moyennes entreprises sans aider l’entrepreneur, contrairement à la mafia estonienne qui taxe, mais contribue à faciliter sa tâche.
Dans tous les cas, la mafia reste et demeure une organisation de l’ombre et j’espère qu’au travers de cette trilogie, mes petites investigations vous ont aidés à construire votre réflexion sur le sujet.
Pour terminer sur une note d’humour un peu noir et après tout le bien que j’ai pu dire sur la politique, la finance et la mafia, sachez que si l’on me retrouve un jour mort sur un parcours de santé dans un jogging, c’est qu’on m’aura suicidé.

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2018 : sous le signe des Territoriales

Amateurs d’astrologie, plutôt que de vous plonger dans la lecture de votre signe zodiacal pour tenter d'y trouver des signes rassurants pour votre avenir, soyez plutôt à l’écoute de votre environnement social et professionnel, pour tenter d’influencer votre avenir et celui de vos proches quand, après analyse, vous serez appelés à voter le 22 avril prochain lors du premier tour des élections territoriales. Plutôt que d’essayer de vous rassurer par des écrits de liseurs d'étoiles, essayez plutôt de suivre la bonne. Certes, l’échéance est encore loin, mais mieux vaut prendre son temps en politique pour comprendre les tenants et les aboutissants de chaque élection. Il s’agira de donner la gestion du pays au groupe majoritaire à l’assemblée de Polynésie qui élira notre président.
Cette échéance est en tout cas dans les esprits de tous les hommes politiques du territoire qui ont élaboré leur stratégie depuis déjà quelques mois. Chacun est dans son rôle, la majorité souligne le redressement de l’économie, ses bonnes relations avec l’État, ne manque pas d’ouvrir les robinets d’aides et subventions, comme en atteste la lecture des derniers journaux officiels, et annonce vouloir revoir sa stratégie sociale, dont les effets tardent à être ressentis par les plus démunis ; pire, la fracture sociale ne fait que s’agrandir. L’augmentation des cotisations salariales, l’augmentation de l’abonnement téléphonique et des boîtes postales annoncée pour ce début d’année aura un impact négatif sur ceux qui connaissent des fins de mois difficiles.
Un gros trimestre pour créer de l’emploi, pour sortir quelques centaines de Polynésiens de la précarité, paraît bien court pour tenter de redorer cette mauvaise partie du bilan. L’opposition est bien sûr dans son rôle en dénonçant cette précarité, cette misère. Le Tahoeraa mise sur les vieilles recettes et les annonces pleines d’espoir que sont d’offrir un emploi, une maison et de ramener le bonheur dans les familles. Le Tavini n’innove guère plus en proposant de s’appuyer sur les forces économiques de ce pays pour s’en sortir, tout en faisant table rase de certaines pratiques politiciennes.
D’autres partis et candidats auront le temps de se faire connaître, comme vient de le faire Marcel Tuihani, actuel président de l’assemblée territoriale. Il va tenter de convaincre qu’une énième nouvelle voie est possible, surfant sur le ras-le-bol politique national.
Dans exactement 100 jours, les Polynésiens seront amenés à s’exprimer bulletin à la main pour se prononcer sur leur avenir ; notre vœu pour 2018 est qu’ils soient le plus nombreux possible à le faire.
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier