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Marae de Taputapuātea : on attend quoi ?



Le 9 juillet 2017, la Polynésie accueillait avec grand enthousiasme la reconnaissance tant attendue : l'inscription du marae de Taputapuātea au patrimoine mondial de l'humanité. Ce haut lieu sacré, situé sur l'île de Raiatea, devenait alors le premier site culturel d'Outre-mer labellisé par l'Unesco. Classé par l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, ce temple à ciel ouvert, dédié au dieu de la guerre 'Oro, était le centre du pouvoir politique et religieux de la société tahitienne précoloniale. Mesurant une soixantaine de mètres de long pour 45 mètres de large, cet espace est protégé et classé au titre des Monuments historiques et naturels français depuis 1952. Pour obtenir le Graal, c'est un véritable parcours du combattant dans lequel se sont engagés les acteurs institutionnels et culturels polynésiens depuis de nombreuses années.
Alors que l'euphorie était à son paroxysme lorsque la population a appris cette avancée historique, comment expliquer que le soufflé soit retombé aussitôt ? Quelles sont les raisons valables qui justifient qu'aucun aménagement du site n'ait été entrepris, un an après ? Malgré les promesses d'aménagements à l'entrée du marae, pour répondre aux normes internationales et à l'afflux des touristes du monde entier, rien n'a commencé, ou presque. Les seules constructions réalisées sont des plateformes d'observation et des points d'accès situés côté montagne… Idem en ce qui concerne la création d'un jardin botanique, d'un sentier de randonnée et d'un belvédère à Faaroa, prévus également pour former un circuit attractif. Il est déroutant de constater un engourdissement généralisé dès lors qu'un beau projet sort de terre… Le Pays serait-il victime de "réunionite aigüe" ? Les réunions s'enchaînent sans véritable prise de décisions. Rien n'est prêt, pas même un guide, alors que les premiers voyageurs estampillés Taputapuātea ont déjà débarqué !
Pourtant, la Polynésie peut s'enorgueillir d'avoir réussi le pari de compter le paysage de Taputapuātea parmi les 39 biens culturels français et les 1 073 sites dans le monde classés pour leur "valeur universelle exceptionnelle". Un trésor à préserver de toute urgence pour nos enfants. Cette transmission du patrimoine aux nouvelles générations était aussi le leitmotiv de Patrick Amaru, pilier de la culture polynésienne. D'ailleurs, Tahiti Pacifique avait brossé son portrait (lire notre édition du 21 août 2015, TPM
n° 288), avant qu'il nous quitte, malheureusement, le 18 juin dernier. Plume de haut vol et poète engagé, il souhaitait avant tout que "les jeunes soient acteurs de leur culture". Alors, on attend quoi pour passer à l'action ?

Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Jeudi 28 Juin 2018 - écrit par Dominique Schmitt


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Vendredi 14 Décembre 2018 - 08:34 Opposition constructive

Jeudi 29 Novembre 2018 - 20:28 Sortie de route


Dominique Schmitt

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Opposition constructive

Le dictionnaire des synonymes vient de s’enrichir d’une nouvelle formule ! Le retournement de veste politique peut désormais être remplacé par de l’opposition constructive.
L’on doit cette nouveauté linguistique à Angelo Frebault, élu en mai dernier lors des élections territoriales sur la liste Tahoera’a, dont il fut exclu en septembre pour ne pas avoir suivi les consignes du parti lors du vote de la réforme des retraites, et qui vient de rejoindre les rangs du Tapura.
L’ancien secrétaire général de la CSTP-FO ne sera donc pas resté bien longtemps seul sur les bancs de l’assemblée puisqu’il a rejoint le parti au pouvoir. La question finalement n’est pas de savoir qui a approché l’autre, mais pourquoi le Tapura, avec sa très forte majorité, a recueilli celui que Gaston Flosse n’avait pas hésité à qualifier de "pomme pourrie" au moment de son éviction du Tahoera’a.
Le gouvernement a les mains libres pour faire passer tous ses textes à l’assemblée avec ses 39 voix, une 40e ne lui est donc pas d’une grande utilité. En seconde lecture, on peut croire qu’Édouard Fritch a fait sienne la devise du célèbre réalisateur Francis Ford Coppola : "Sois proche de tes amis et encore plus proche de tes ennemis."
En effet, les difficultés rencontrées par le gouvernement actuel en début d’année lors des annonces concernant la réforme du régime des retraites peuvent lui faire craindre d’autres mouvements d’ampleur de la rue à l’occasion des réformes à venir sur la Protection Sociale Généralisée, ou encore de la réforme du code du travail. Avoir en son sein l’un de ses anciens plus farouches opposants comme il l’a déjà fait avec un certain Pierre Frebault, ancien ministre de l’Économie d’Oscar Temaru, aujourd’hui directeur de la toute nouvelle Agence de régulation sanitaire et sociale (Arass) – chargée de piloter la politique de la santé et de la protection sociale en Polynésie – est un atout, doit-on penser. Reste à mesurer le réseau d’influence d’Angelo Frebault, renié par une grande partie du monde syndical lors de sa présence sur les listes électorales orange.
Le revers de la médaille est le risque d’apporter un peu plus de discrédit à notre classe politique, dont la cote de popularité est déjà très basse. Et les récentes gardes à vue qu’ont connues Oscar Temaru et Gaston Flosse, pour des raisons très différentes certes, ne viennent pas en redorer l’image.
Le Tapura a pris un risque, persuadé que le résultat des dernières élections le légitime en tout. En métropole, on voit comment le pouvoir s’use vite, des instituts de sondage prenne régulièrement la température ; on peut regretter qu’ici il n’y a pas de sonnette d’alarme.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier