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Matarii i raro



Les Pléiades étaient en phase descendante quand débarquèrent les premiers navigateurs. "Vue de la Pointe Vénus et de la baie de Matavai", tableau de William Hodges, août 1773
Les Pléiades étaient en phase descendante quand débarquèrent les premiers navigateurs. "Vue de la Pointe Vénus et de la baie de Matavai", tableau de William Hodges, août 1773
Les Pléiades, constellation référence des rythmes saisonniers dans bien des cultures rurales l’est aussi dans la nôtre. Pourtant, elle n’a longtemps été évoquée que dans des cercles restreints de connaisseurs. Depuis quelques années, la voici appelée à notre attention par plus d’un commentateur de notre société, jusqu’à faire la Une d’un quotidien : "Matarii i raro, début de la saison sèche." Ainsi, le calendrier de nos festivités jusqu’alors totalement suiviste de celui des saisons de l’hémisphère nord européen avec Noël, Pâques…, après s’être ouvert à celui de la Chine, accueille enfin celui des ancêtres insulaires. C’est comme si l’on commençait à désormais reconnaître une valeur à la culture polynésienne d’avant la conversion et à en inclure des bribes dans notre quotidien multiculturel autrement qu’en vestiges délavés et appauvris. Il y a de la réconciliation dans l’air avec des origines jusqu’ici diabolisées auxquelles on commencerait à reconnaître enfin une part d’humanité singulière, originale et intelligente. Un tel constat est réjouissant,car annonciateur d’une pensée libérée de fardeaux contraignants et pesants. Puissions aussi écourter le temps de la diabolisation à l’envers et réduire l’étape du racisme à rebours. Tant il est classique et habituel de voir le rejet de l’autre s’exacerber après une réconciliation incomplète avec soi-même. Car l’agressivité envers autrui est d’autant plus grande que nous fermons les yeux sur notre part de responsabilité dans la situation vécue. La lucidité sur soi n’exclut pas la bienveillance envers soi-même. Et ça n’a rien à voir avec la complaisance. La bienveillance étend de proche en proche une sérénité vigilante, y compris face à l’humeur bonne ou mauvaise d’autrui.
Les Pléiades étaient donc en phase descendante quand débarquèrent les premiers navigateurs, dont les propos continuent à participer à la définition de notre identité. Wallis est arrivé en juin 1767. Les provisions venaient d’être faites par les Tahitiens prêts à affronter la pénurie. Les pommiers Cythère, vi Tahiti, et les arbres à pain donnaient leurs derniers fruits avant l’endormissement de leur sève. Les habitants ne souhaitaient nullement partager leurs productions avec les étrangers débarquant sans être invités. Les effets des effrayants fusils et canons destructeurs à distance les acculèrent à une hospitalité contrainte qui les fit se défaire d’une grande partie de leurs produits en échange de babioles non nourrissantes. À l’insu de tous, des maladies dévastatrices furent introduites, grevant la santé, la vie politique, l’économie et la vie religieuse sur plus de deux cents ans. En avril de l’année suivante, au début de Matarii i raro, Bougainville fut reçu avec de telles manifestations de bienvenue qu’il crut être arrivé au Paradis. Comme son devancier, il s’approvisionna en bois de chauffe tout près des villages sans réaliser qu’il participait à un appauvrissement à long terme de ses hôtes rendus craintifs. Il exacerba la pénurie en coupant arbres à pain et pommiers Cythère. Et l’on s’étonnera des guerres qui s’ensuivirent avec leurs voisins peu partageux. Car quoi qu’en aient dit de doctes sentencieux, vivre au jour le jour ne faisait pas partie de la mentalité de ces populations qui, comme partout ailleurs, avaient besoin de prévoir pour survivre au milieu d’une nature riante, certes, mais parfois bien plus hostile qu’il n’y paraît. Cook au bout de son quatrième voyage sembla prendre conscience de la vulnérabilité de la vie insulaire.
Penser au lendemain fait partie des obligations de nos dirigeants. D’autant plus qu’au niveau des transferts métropolitains, nous sommes au temps symbolique de Matarii i raro d’une autre nature. La corne d’abondance des largesses du temps nucléaire est tarie depuis quelques décennies désormais. Il nous faut faire preuve de créativité et d’audace.
L’audace n’étant point témérité, il importe d’apporter un temps de stabilité suffisamment long pour que des détenteurs de capitaux et d’imagination misent leur argent chez nous et nous embarquent dans leurs rêves. Rêves sur lesquels il nous appartient de veiller pour qu’ils ne se transforment pas en cauchemar pour la future génération. Tant il est vrai que certains comportements ne font sentir leurs effets que dix à quinze ans plus tard, voire davantage.
Ce gouvernement arrive symboliquement en période de relative sécheresse en irrigation monétaire à partir de l’extérieur. S’il nous rassure par sa répugnance à prendre des décisions hasardeuses, il nous inquiète par un certain conformisme caractéristique de ce début de millénaire. Un peu d’audace éclairée serait bienvenue. Souhaitons la fin du démantèlement des structures publiques inventives à, au contraire, encourager dans la voie de l’exigence de clarté et de performance qui les caractérise. Souhaitons aussi que d’autres structures connaissent à leur tour les audits, sinon tatillons, au moins éclairés et exigeants. Il suffit parfois d’un maillon faible, offrant des situations de rente où des privilèges indus, qui permettent à certains de se moquer des efforts de plus méritants, pour torpiller tout un ensemble complexe de réseau potentiellement prospère.
Pour qui le décide, il est toujours possible d’apprendre et de savoir. Le chemin de la connaissance ne peut s’ouvrir qu’avec cette formule quasi magique : "Je ne sais pas." L’humilité est le prélude incontournable à l’accès aux sources de joies infinies.
Souhaitons-nous un gouvernement apte à gérer la pénurie avec discernement et réussissant à transformer d’apparents handicaps en atouts maîtres.
Le foncier a toujours été le problème majeur de nos îles. Les anciens y avaient apporté leurs réponses souvent pertinentes qui méritent d’être décodées autrement qu’elles le furent jusqu’ici. Certes, l’expérience des anciens éclaire rarement les générations qui suivent immédiatement, mais il vient toujours un moment où une ou deux générations plus tard, des descendants tentent de comprendre le pourquoi d’aujourd’hui pour mieux préparer des lendemains sinon chantants, au moins viables.
Depuis 2004, une délibération autorise à dépouiller indûment des propriétaires d’une partie de leurs terres dès qu’une rivière l’effleure. Cette captation foncière, véritable spoliation, est anticonstitutionnelle et contraire à la Déclaration universelle des droits de l’homme. Elle est commise par nos élus que nous avons pourtant mandatés pour nous protéger. C’est un chantier qu’il nous faudra déblayer. Souhaitons-nous du courage.

Vendredi 1 Juin 2018 - écrit par Simone Grand


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Vendredi 11 Janvier 2019 - 08:28 Pour éloigner le désastre…


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Des vœux mais pas de mea-culpa…

La fin de l’année 2018 a été marquée par la traditionnelle – et soporifique – cérémonie des vœux du président de la République française. Sans surprise, Emmanuel Macron reste davantage le chef de l’État du “qu’ils viennent me chercher” que celui du mea-culpa. Dans un discours long d’une quinzaine de minutes, presque auto-thérapeutique, Macron, debout et droit comme un “i” face à la caméra, ne se remet pas une seule fois en question. Si le jeune loup admet que “l’année 2018 ne nous a pas épargnés en émotions intenses de toute nature”, il considère que la colère des Français exprimée avec le mouvement des Gilets jaunes “venait de loin” et a éclaté en raison notamment d’un “système administratif devenu trop complexe et manquant de bienveillance”. Il évoque des “changements profonds qui interrogent notre société sur son identité et son sens”, sans porter à aucun moment la responsabilité des événements. Il n’hésite pas cependant à affirmer que “l’ordre républicain sera assuré sans complaisance”. Une attitude plutôt hautaine pour le leader de la cinquième puissance économique mondiale qui n’a pas su toucher le cœur du peuple. Alors que sa venue au fenua était programmée en février puis en mars prochain, avec pour objet principal un sommet France-Océanie, aucune date n’est arrêtée pour l’heure.
Aussi, sur le plan local, les vœux d’Édouard Fritch n’ont pas réussi à convaincre non plus. Succinct, son laïus a été axé sur la prévention sociale : “Nous sommes trop souvent les témoins de drames familiaux, de morts sur la route, en raison de la consommation d’alcool ou de drogue. Ce sont de véritables fléaux. Le surpoids, le diabète et ses graves conséquences sanitaires sont un autre fléau. Nous renforcerons nos campagnes de prévention.” Il était temps. A contrario, pas un mot sur les grands chantiers en cours, comme ceux du Village tahitien ou de la ferme aquacole de Hao, deux projets qui semblent aujourd’hui au point mort… Et puis, si M. Fritch a reconnu, le 15 novembre dernier, que les hommes politiques ont menti pendant trente ans à propos des essais nucléaires, rappelons tout de même que non seulement Gaston Flosse a poussé son ancien gendre à l’annoncer publiquement en le titillant ouvertement mais, surtout, le président de la Polynésie française avait déjà déclaré en mars 2017, lors des obsèques de Bruno Barrillot (cofondateur de l’Observatoire des armements), que sa prise de conscience sur les conséquences des essais nucléaires français avait été tardive et qu’il avait cru au discours sur la “bombe propre” jusqu’en 2009 et au début des travaux parlementaires sur la loi Morin… On ne peut pas franchement parler de mea-culpa au sens propre du terme, quand cela est servi à la population presque une décennie plus tard.
On retiendra tout de même l’un des trois vœux de Macron ; outre ceux de la dignité et de l’espoir, il souhaite que la vérité soit faite : “On ne bâtit rien sur des mensonges ou des ambiguïtés. (…) Il faut rétablir la confiance démocratique dans la vérité de l’information, reposant sur des règles de transparence et d’éthique. C’est au fond un vœu pour tous d’écoute, de dialogue et d’humilité.” Étonnant pour celui qui aime museler la presse, mais c’est le vœu également de la rédaction de Tahiti Pacifique, qui aspire pour 2019 à des échanges diaphanes avec les différentes institutions gouvernementales du Pays. L’année dernière, notre magazine avait été boycotté des vœux à la presse par l’entourage de M. Fritch. Ironie de l’histoire, le président avait insisté sur sa volonté de mettre fin aux fake news et de rendre aux journalistes leur liberté d’expression. Même si on ne croit plus au Père Noël, on attend cette fois notre carton d’invitation ! Très belle année à tous en compagnie de votre magazine qui fait peau neuve et, bien sûr, meilleurs vœux.

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt