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Meilleurs vœux de bonne santé



Vahine ana te pape ha'ari Jean Shelsher, Moorea, 2000.
Vahine ana te pape ha'ari Jean Shelsher, Moorea, 2000.
C'est la saison des vœux où nous nous souhaitons le meilleur de la vie et surtout la santé. Car sans la santé, même un super riche est misérable.
Dans la théorie polynésienne, la maladie est une entité étrangère hostile contre laquelle il importe de se prémunir en renforçant le mana de son être entier. Une vie active et paisible est recommandée, associée à une nourriture frugale. Avant et après les bombances festives, il est essentiel de suivre un régime allégé en même temps qu'une cure de potions nettoyant le sang et les humeurs en terminant par une purge et un jour de jeûne. Contrairement à la biomédecine, il n'existe pas de prise quotidienne à durée indéterminée d'un quelconque produit médicinal.
Quand la maladie pénètre un humain, toute la stratégie de soins vise à consolider son mana et à expulser le mal commençant à investir le corps et à le "posséder". Une totale possession fait disparaître l'être au profit de la seule maladie, ma'i, qu'il incombe d'inhumer.
Durant mon étude sur les soins traditionnels, les médecins interrogés déploraient l'usage des médications souvent toxiques selon leurs observations consternées.
Ma pharmacie personnelle est très succincte. Je ne suis pas une adepte de médicaments. Il y a une dizaine d'années, des malaises m'ont conduite chez mon médecin qui, après examens sanguins et explorations d'artères, m'a prescrit des statines quotidiennes pour faire baisser mon taux de cholestérol… Je me suis alors progressivement trouvée sujette à des crampes douloureuses de plus en plus fréquentes et violentes suivies de fatigues intenses et d'insomnies entraînant une grande irritabilité et de soudaines palpitations cardiaques anxiogènes.
Récemment, consultant pour renouveler mon ordonnance, j'ai signalé ces douleurs. Le médecin remplaçant a supprimé toute statine durant un mois avant de passer à un autre produit dont je me demande d'ailleurs s'il me faut le prendre ou le laisser. Crampes et douleurs se sont estompées, le sommeil est redevenu paisible. L'irritabilité a diminué. Les gestes compulsifs de compensation alimentaire intempestive aussi. Mon cœur bat sans à-coups. Je me suis remise à m'activer, à souvent marcher au moins une heure d'affilée et, sans le vouloir, je me suis allégée de quelques kilos. Ce qui n'est pas une perte mais un gain en légèreté et en mobilité joyeuse… Un sentiment de délivrance m'habite dorénavant associée toutefois à la colère d'avoir été empoisonnée, sciemment par les laboratoires, innocemment par mon médecin traitant, avec incompétence par le ministère de la Santé et le conseil d'administration de la CPS. Tout ce système coûteux se révèle avoir organisé une machine contraignante visant mon appauvrissement par un autofinancement de ma maltraitance ! Les faits sont là ! Têtus ! Incontournables ! Telle n'était sans doute pas l'intention de la majorité des acteurs. Mais leur manque de vigilance et/ou leur incompétence, en font les exécutants d'un racket organisé de mauvais traitements déguisés en soins.
Vertigineux constat révoltant conforté par une émission télé sur Arte dénonçant le bluff du cholestérol fondé sur des approximations scientifiques.
Je n'ai pas fait le compte des dépenses directes générées dans mon budget par cet empoisonnement quotidien sur une dizaine d'années. S'y ajoutent les dépenses indirectes dues à la perte de créativité, aux compensations boulimiques, au déficit de joie et de bonne humeur… autant d'éléments fondamentaux jamais pris en compte par nos experts à vision rabougrie de nos vies. En multipliant par le nombre de patients, cela fait des sommes non négligeables. Il y a fort à parier que cet aspect ne soit pas pris en compte par nos autorités à responsabilité limitée. De toute évidence, il y a une urgence au dégagisme dans notre système de santé où la démarche scientifique est hélas considérée avec suspicion. Il y a urgence à faire intervenir des questionneurs dérangeants et des questionneuses casse-pieds pour dynamiter les rentes de situation de mandarins autoproclamés et cooptés confortant nos malheurs.

À propos de malheurs. Le dimanche matin, en se rendant au marché de Papeete, il est fréquent d'observer de grands gaillards de belle allure et piètre attitude tendant la main pour une aumône improbable. D'autres, plus malingres s'entourent de chiens et transforment par des liquides divers, le trottoir en patinoire où glisse dangereusement et se ramasse plus d'un paisible piéton. Dans la semaine, ce sont aussi des femmes qui agressivement exigent la pièce autour de la cathédrale. Comme si j'avais un arbre à pièces dans mon jardin !
Tel est donc un des résultats de 30 ans d'autonomie interne : la perte de dignité et de confiance en soi d'une frange de la population jeune.
Dans mon enfance, Mathieu était notre seul errant à qui on avait envie de donner quelque chose alors qu'il ne mendiait pas. Lucien le fa'o, nasillard, le rejoignait parfois. Ils étaient des gentils simplets que tout le monde aimait même quand ils se mettaient en colère après des garnements qui trouvaient rigolo de les agacer.
Des marginaux ont de tout temps existé. Avant l'arrivée des Européens, ils étaient appelés : 'aiha, 'aihamu, kaihamu = mangeurs de restes. N'étant pas en mesure de rentrer dans le cercle du don et du contre-don, ils n'avaient droit qu'aux restes des vaillants, organisés et structurés. Le don contre-don, 'aitauira'a, n'était pas un banal troc comme beaucoup le pensent mais un échange d'objets et de services fondé sur des valeurs partagées.
Longtemps après, il n'y a pas si longtemps, nul besoin de posséder un compte en banque car l'accès au rivage était ouvert et chacun avait appris à pêcher dans le lagon non encore pollué ou détruit par les extractions ou les remblais. Chacun avait appris à fabriquer un bien apprécié dans le circuit d'échanges. Les fē'i, bananes de montagne, appartenaient aux courageux, tout comme nombre de produits de la vallée et des rivières, permettant à tout un chacun même dénué de salle de bains de se rafraîchir et se présenter propre aux yeux d'autrui.
Trente ans d'autonomie ont privatisé les rivages et saccagé les rivières devenues marigots secs ou dépotoirs. Il n'y a pas de quoi pavoiser vraiment. Nous n'avons pas su préserver les conditions permettant de vivre à la mā'ohi. C'est sans doute la raison pour laquelle on s'en réclame de manière si ombrageuse. Parce qu'on ne sait pas de quoi on parle.
Les savoir-faire pour vivre sa fière mā'ohitude n'ont pas été transmis en trente ans d'arrogants ministres de l'Éducation locaux grassement rémunérés. Ainsi l'a montré, un couple de jeunes gens réfugié sous une petite bâche en plastique après les intempéries d'il y a un an. Ils ignorent le tressage de palmes de cocotiers devenus rares et remplacés, presque partout, par des palmiers stériles à la mode.
Comme quoi, il ne suffit pas de s'asseoir sur les sièges de décideurs pour faire juste, il faut savoir dire : "je ne sais pas" et s'entourer de non-courtisans pour décider intelligemment.
Car voici que sont annoncées des îles flottantes en nos lagons au corail moribond sans que ne soient identifiées les sources de matériaux nécessaires ni leurs quantités. S'entêter à détruire la beauté, produit de millénaires de phénomènes cosmologiques et géologiques, pour en construire de pâles répliques semble fasciner certains. Décidément, nous n'avons besoin de personne pour détruire notre univers. Pour cela, nous nous suffisons à nous-mêmes.

Vendredi 12 Janvier 2018 - écrit par Simone Grand


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Un peu de mansuétude

Alors que le mercato bat son plein dans les listes électorales au moment du sprint final, prouvant s’il en était encore besoin toute la versatilité de nos hommes politiques, les plus beaux parleurs de chacune des six listes se démultiplient entre interviews pour la presse écrite et audiovisuelle, sans oublier les radios. Depuis la dernière quinzaine, le rythme s’est emballé car les meetings dans chaque archipel, île, ville et quartier se succèdent avec une certaine frénésie.
Toutes les annonces de ralliement sont bonnes à médiatiser, car elles tendent à prouver l’esprit d’ouverture de chaque liste ; c’est oublier un peu vite les rai- sons premières de ces désistements : la colère ou au mieux la déception. On ne recrute pas dans le camp d’en face par une subite « illumination » de l’intéres- sé(e) mais bien parce qu’il ou elle n’a
pas eu la reconnaissance espérée. Le transfert d’un historique de l’UPLD au Tahoera’a, Myron Mataoa, bien qu’il se défende d’avoir quitté ce parti d’union depuis longtemps, en est l’une des der- nières et plus parfaites illustrations. Le parti orange ne s’est pas privé d’en faire ses choux gras, comme d’autres partis ont pu le faire dans des circonstances similaires. Tous est bon donc pour montrer que l’on est ouvert et surtout à l’écoute de chacun.
Des associations l’ont bien compris, n’hésitant à interpeller publiquement les listes leur demandant de se positionner sur les causes qu’elles défendent. Ainsi, ces derniers jours, Te Ora Hau pour le bruit, Te Ora Naho pour l’environne- ment, l’ARPAP pour la protection ani- male, Te Vai Ara pour le classement des terrains en zone rouge ou bien encore, à titre plus personnel, Marama Vahirua, sur sa page Facebook, pour le sport, ont
tenté d’apporter un éclairage sur des questions de société. Il faut croire que les passages télé, les reportages, les pro- fessions de foi, les spots de campagne, la communication sur les réseaux sociaux ne suffisent plus.
Mais à ce train-là, on va les user nos futurs représentants, d’autant que d’ici peu, au soir du premier tour, ceux qui seront toujours en course devront redou- bler d’efforts jusqu’au 6 mai.
Alors, s’il vous plaît, un peu de mansuétude, laissez-les souffler un peu, à moins que vous ne vouliez les trouver complètement asphyxiés sur les bancs de l’assemblée. Ils n’auront que cinq ans, si tout va bien, pour se remettre de leurs émotions ; les nôtres viendront plus tard. Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier