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Moorea en guerre contre les grands projets


Vendredi 26 Juin 2020 - écrit par Toatane Rurua


Ces dernières années, plusieurs grands projets (hôtels, résidence, marina…) ont été rejetés par une bonne partie de la population de Moorea. Alors que les promoteurs garantissent, à chaque fois, de contribuer au développement économique de l’île et d’offrir des emplois, les contestataires sont préoccupés, eux, par les impacts négatifs sur le long terme de ces opérations. Lassés par les promesses non tenues, les opposants ne veulent plus payer les pots cassés. L’image des promoteurs s’est même considérablement dégradée au vu de leur "entêtement", si bien qu’ils sont désormais considérés comme des "ona (investisseurs) qui viennent uniquement se remplir les poches, quitte à détruire les beaux paysages de l’île". Le projet de lotissement Paetou à Teavaro, rejeté en bloc par un collectif de riverains, en est la parfaite illustration…



Les riverains de Teavaro ont manifesté contre l’extension des bungalows sur pilotis de l’hôtel Kia Ora (actuel Sofitel). Ils ne compren-nent pas comment la direction de l’hôtel a obtenu une autorisation (illégale ?), alors que la réglementation du PGEM ne lui permettait pas de créer de nouveaux bungalows sur la mer.  Crédit photo : Dom Leoture
Les riverains de Teavaro ont manifesté contre l’extension des bungalows sur pilotis de l’hôtel Kia Ora (actuel Sofitel). Ils ne compren-nent pas comment la direction de l’hôtel a obtenu une autorisation (illégale ?), alors que la réglementation du PGEM ne lui permettait pas de créer de nouveaux bungalows sur la mer. Crédit photo : Dom Leoture
Alors que les mouvements de protestation sont fréquents, chaque réunion publique est devenue un lieu de bataille d’arguments entre les promoteurs et les associations contestataires qui se montent. Les premiers défendent l’intérêt de leur projet pour l’île Sœur et mettent en avant les mesures prises pour limiter les impacts négatifs sur le milieu environnant. Les seconds n’hésitent plus à argumenter, point par point, le contraire en se basant souvent sur les expériences du passé.

Bref historique des luttes contre les grands projets

Au mois de mai dernier, le rebondissement de l’affaire Paetou, dans lequel sont confrontés le promoteur du projet du lotissement et le collectif Paetou, nous rappelle encore une fois combien il est désormais difficile pour tout promoteur de lancer un projet d’envergure sur l’île Sœur, sans en avoir averti la population au préalable. La liste des projets contestés récemment, à l’instar de celui de Paetou, est en effet très longue : l’hôtel du golf de Temae, l’installation d’un fast-food McDonald’s, un magasin Carrefour à Maharepa, une marina à Opunohu, le projet d’extension de la marina de Vaiare, le projet d’hydravion à Teavaro, etc. Mais en s’intéressant à l’histoire de l’île, on se rend compte que la population de Moorea a toujours manifesté contre les projets importants...

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Comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ?

Après avoir reçu une gifle par un jeune habitant de la Drôme au cri d’un slogan royaliste “Montjoie ! Saint-Denis !” et “À bas la Macronie”, comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ? Que lui réservent les Polynésiens lors de sa venue probable du 25 au 28 juillet : un collier de fleurs ou le balai nī’au ? Toutes les associations de défense des victimes des essais nucléaires (hormis l’association Tamarii Moruroa), ainsi que l’Église protestante mā’ohi ont refusé de participer à la Table ronde organisée les 1er et 2 juillet, à Paris. En outre, des manifestations d’envergure sont prévues à Tahiti, les 2 et 17 juillet, respectivement aux dates anniversaires des tirs atomiques en 1966 et 1974. Le récent passage de “Sébaston”, ministre des “colonies françaises” (euh… des Outre-mer), censé préparer le terrain pour le Président, n’aura pas vraiment réussi à calmer les esprits. Aussi, il se murmure dans les couloirs de Radio cocotier que “Manu 1er” aurait demandé à notre champion Henri Burns de l’initier à la boxe…

À l’heure où nous mettions sous presse, nous ne connaissions pas encore les conclusions de cette Table ronde de “haut niveau”. Nous espérons tous que les discussions ne tourneront pas en rond et que la délégation polynésienne emmenée par “Doudou” saura aller droit au but. Éprise de “vérité et justice”, Moruroa e tatou a regretté que la proposition de loi du député Moetai Brotherson “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” ait été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée par la majorité présidentielle. “Vous vous rendez compte, seuls 80 députés présents sur 577 que compte l’Assemblée nationale ont voté. C’est une insulte à ce pays. C’est une insulte à ce peuple qui a souffert, à ceux qui nous ont précédés et à ceux qui vont nous succéder”, a considéré Hirohiti Tefaarere, le président de l’association. Tout cela n’est pas de très bon augure, mais rien n’est encore fait, et le séjour du chef de l’État pourrait réserver son lot de surprises et d’annonces.

Macron sera le sixième président de la République française en visite en Polynésie (voir notre rétrospective pages 16 à 27). Lorsque François Hollande était venu en 2016, notre rédaction l’avait interpellé sur notre titre de couverture : “Elles sont où vos promesses, M. Hollande ?”. S’il avait fait part de sa “reconnaissance” et s’était engagé à des “réparations”, force est de constater que très peu de Polynésiens ont obtenu des indemnisations. Aujourd’hui, c’est un grand Pardon de Peretiteni qu’attend la population et, bien sûr, des actes concrets plutôt que des paroles en l’air. Si l’illustre poète polynésien Henri Hiro était encore parmi nous, il n’aurait pas manqué de l’interpeller avec ces mots : “Si tu étais venu chez nous, nous t’aurions accueilli à bras ouverts. Mais tu es venu ici chez toi, et on ne sait comment t’accueillir chez toi”… Alors, “Manu 1er” saura-t-il redescendre de son trône et écouter les Polynésiens pour mieux les comprendre, et enfin les entendre ? Nous l’espérons tous de tout cœur. En attendant, Tahiti Pacifique profite du mois de juillet pour faire sa trêve annuelle : rendez-vous donc en août !

Dominique SCHMITT