Menu


Municipales : papy fait de la résistance !



Crédit photo : AFP
Crédit photo : AFP
On s’ennuyait ferme dans cette campagne soporifique pour les municipales 2020, puis Gaston Flosse nous a enfin sortis de notre léthargie. Gaston a fait du Flosse comme il est le seul à savoir le faire... pour le meilleur et pour le pire. Toujours avec son large sourire, ses bras qui s’agitent et son éloquence, le Vieux Lion n’a pas perdu de son mordant, du haut de ses 88 ans. Il n’a jamais fait dans la demi-mesure, surtout lorsqu’il s’agit, pour celui qui a été si longtemps au pouvoir – notamment aux plus hautes fonctions de l’exécutif –, de faire son baroud d’honneur après avoir été écarté de la vie politique. Nous pressentions, déjà dans notre éditorial du 23 août 2019 (lire TPM n° 414), la volonté de l’ancien président de la Polynésie de briguer la mairie de Papeete aux prochaines échéances électorales par un jeu d’alliance avec le Tavini. Ce n’est pas la première fois que le chef de file du Tahoera’a passe des accords “contre-nature”, avec des partis aux idéologies opposées. On pense bien sûr au fameux “7/7/7”, le pacte signé le 7 juillet 2007 entre Gaston Flosse et Oscar Temaru, le leader du parti indépendantiste. Sur le plan national, on se souvient également de son soutien surprenant au Front national de Marine Le Pen pour les présidentielles 2017. Aussi dur que cela puisse être à avaler, il faut pourtant accepter que ces “jeux” politiques fassent partie de la vie démocratique.

D’ailleurs, son acharnement à devenir le prochain maire de la capitale tahitienne a trouvé un écho auprès de l’actuel tāvana, qui n’a pas tardé à attaquer son ancien allié sur son défaut de résidence dans la commune, par une plainte pour faux visant son bail, et donc sa possible éligibilité. S’en est suivi un véritable feuilleton judiciaire au cours duquel même le haut-commissaire a refusé l’inscription de la liste de M. Flosse pour les municipales. “L’État français a décidé d’éliminer Gaston Flosse de toute vie politique !”, a rugi le président du Tahoera’a, qui a aussitôt saisi le tribunal administratif. Ce dernier a alors considéré que le haussaire ne peut se faire “juge à la place du juge, procureur à la place du procureur”, mais a tout de même rejeté sa demande. Parallèlement, le tribunal de première instance a de nouveau refusé sa requête, comme lors de la première procédure, ne lui laissant désormais qu’un ultime recours possible devant la Cour de cassation, mais uniquement pour devenir électeur à Papeete. Une impression de déjà-vu, comme l’ont rappelé nos confrères de Tahiti Infos, car si on se replonge en 2001, Gaston Flosse bataillait déjà pour son inscription il y a presque vingt ans dans la commune de Pirae, alors qu’il résidait à Arue. Grâce à l’appui de son ami proche Jacques Chirac, le président de la République française à l’époque, la Cour de cassation réunie en urgence lui avait permis de se présenter aux territoriales de 2001 et d’être réélu à la tête du Pays.

L’occasion de relire l’analyse réalisée par Alain Moyrand, intitulée “Point de vue « droit » et « politique » : à propos de l’affaire de la radiation des listes électorales du président Flosse”. Le juriste de renom et maître de conférences en droit public à l’Université de la Polynésie française commentait l’affaire en ces termes : “On sait bien qu’il n’existe pas de césure radicale entre le « Droit » et la « Politique » et à plus fortes raisons lorsque le Droit est mis aux services de fins politiques. (…) Certes, pourrait-on objecter, la « jurisprudence Flosse » favorise le dessein d’un justiciable qui n’est pas ordinaire et c’est bien un « puissant » qui bénéficie d’un privilège. Mais, justement, il n’y a là aucune coïncidence « troublante » : ce type de requête ne concerne que très rarement le commun des mortels mais plutôt (sinon exclusivement) les leaders politiques.” Aujourd’hui, la donne a changé et l’avocat de M. Flosse, Me Dominique Antz, accuse l’État au travers du haussaire d’être “partisan manifeste d’une ligne anti-Flosse”. Quoi qu’il en soit, papy fait encore et toujours de la résistance et rêve de revenir au pouvoir. Certes, cela peut prêter certains à sourire ou d’autres à regretter un parti qui n’est désormais que l’ombre de ce qu’il a pu être, mais on peut lui accorder d’exister sur la scène médiatique, à défaut de jouer sur l’échiquier politique.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt

Vendredi 6 Mars 2020 - écrit par Dominique Schmitt


Continuez la lecture
< >

Vendredi 20 Mars 2020 - 08:51 Coronavirus : n’est-il pas déjà trop tard ?

Jeudi 20 Février 2020 - 23:28 Comme un parfum de Macron…


Dominique Schmitt

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel





Coronavirus : n’est-il pas déjà trop tard ?

Coronavirus : n’est-il pas déjà trop tard ?
Depuis la confirmation du premier cas de coronavirus en Polynésie, le 11 mars dernier, un vent de panique générale souffle au fenua, poussant des centaines de familles à se précipiter dans les supermarchés pour y dévaliser les rayons… jusqu’à l’épuisement du papier hygiénique, comme si c’était la fin du monde ! Hasard du calendrier, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré le même jour que nous étions passés au stade de pandémie, mais a assuré que ce satané virus venu de Chine pouvait “être maîtrisé”. Depuis fin décembre, le Covid-19 s’est répandu dans 110 pays et territoires, et a contaminé plus de 120 000 personnes dans le monde, notamment en Europe et aux États-Unis. Nous assistons ainsi à une véritable hécatombe, avec au moins 4 351 décès recensés, selon un bilan établi par l’Agence France-Presse, à partir de sources officielles. Emmanuel Macron a même martelé dans son discours officiel : “Nous sommes en guerre”. Ici et ailleurs, les mêmes scènes se reproduisent et la psychose collective se propage… À l’heure où nous mettions sous presse, mercredi en fin d’après-midi, six cas étaient déclarés en Polynésie (cinq à Tahiti et un à Moorea). Pour vous protéger vous et les autres, on ne peut que rappeler la nécessité de veiller au respect strict des gestes barrières contre le virus et des recommandations sanitaires.

L’angoisse de la population illustre surtout le manque de confiance dans les mesures prises par le Pays et l’État. En effet, il aura quand même fallu attendre l’annonce d’un premier cas à Tahiti avant que le gouvernement ne se décide à interdire l’entrée des paquebots. On n’a pas compris, non plus, l’entêtement du Pays à vouloir garder ouverts les crèches, les garderies et les établissements scolaires, à l’heure où le président de la République française, évoquant “une crise sanitaire grave” (la Métropole est passée, le 14 mars, au stade 3, avec confinement obligatoire), fermait toutes les structures pour “freiner l’épidémie” et “protéger les plus faibles”. Le discours de la ministre locale de l’Éducation, Christelle Lehartel, demandant aux parents de faire confiance au Pays, et de continuer à emmener leurs enfants à l’école, car “toutes les mesures sanitaires sont prises pour protéger les enfants et le personnel enseignant”, a choqué nombre de parents d’élèves et les syndicats. Mais peut-être que l’on voulait guetter, là aussi, le premier cas dans les écoles pour réagir ? Jusqu’à ce que la décision de fermer les écoles, à compter de mercredi après-midi (18 mars), soit enfin prise, nos enfants sont donc restés entassés comme des sardines dans des classes à sureffectif, alors qu’une distance de sécurité d’au moins
1 mètre entre deux personnes est recommandée. Cherchez l’erreur…
Où est donc passé le sacro-saint principe de précaution ? Pourquoi avoir un coup de retard quand on pouvait avoir une longueur d’avance ? Le 18 mars, le Pays est passé à la vitesse supérieure en interdisant tous les voyageurs non-résidents à toucher le sol polynésien. Mais n’était-il pas déjà trop tard ? N’aurait-il pas fallu exiger d’emblée le confinement général, comme l’ont préconisé au gouvernement les organisations syndicales et patronales depuis lundi dernier, parmi les 15 mesures d’urgence de sauvegarde des entreprises et des sala-
riés ? Nos dirigeants réalisent-ils qu’au fenua, il y a uniquement
40 appareils respiratoires à notre disposition ? Pourquoi les magasins sont-ils encore ouverts et les jeunes se baladent dans la rue comme si de rien n’était ? Par contre, alors qu’aucun rassemblement n’est désormais autorisé jusqu’à nouvel ordre, le gouvernement central a maintenu, ici et en Métropole, le premier tour des élections municipales. Message reçu : les intérêts politiques avant tout !

On relèvera par ailleurs les bons conseils délivrés par le haut-commissariat sur sa page Facebook : “Pour voter, les bons gestes à adopter : privilégiez les heures de moindre affluence, entre 11h30 et 14h30” et, n’oubliez pas, “chacun son stylo”. Bons conseils qui n’ont pas empêché de voir de braves citoyens agglutinés dans les bureaux de vote. Anticipant un effondrement sans précédent de l’économie locale, le gouvernement planche sur un “plan de sauvetage” avec les partenaires sociaux afin de réfléchir à des plans de continuité d’activités en développant, par exemple, le télétravail (néanmoins, un vide juridique existerait en Polynésie et inciterait certaines entreprises à refuser cette option…). Il est nécessaire de se réorganiser, mais pensons avant tout à la santé des personnes âgées et des plus vulnérables. Dans ces moments-là, aujourd’hui plus que jamais, on a juste envie d’embarquer sa famille sur un voilier, larguer les amarres, prendre le large et se mettre à l’abri sur une île déserte ! Pour notre part, la rédaction de Tahiti Pacifique a dû s’adapter ; nous avons ainsi décidé d’espacer nos parutions toutes les trois semaines au lieu des quinze jours habituels. Nous vous donnons donc rendez-vous le 9 avril 2020 pour le prochain numéro. Bon courage à tous, fa’aitoito, restons responsables et solidaires.
À défaut des mains, il faut se serrer les coudes.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt