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Musée de Tahiti et des îles : des collections à la dérive ?


Vendredi 15 Juin 2018 - écrit par W.W.


Alors que le Musée de Tahiti et des îles (MTI) entamera bientôt ses grands travaux de rénovation, est-on certain de ne pas oublier l'essentiel ? Les dispositions prises en matière de conservation du patrimoine sont-elles véritablement adaptées au chantier des collections du MTI ? Sur le papier, tout semble avoir été pensé, mais qu'en est-il réellement ?



Crédit photos : DR
Crédit photos : DR
Le 29 mars 2018, le conseil des ministres annonçait l'attribution d’une subvention au Musée de Tahiti et des îles, pour la gestion et l’enrichissement de ses collections :
"Le conseil des ministres a acté l’octroi d’une aide financière du Pays d’un montant de 2 000 000 de Fcfp au Musée de Tahiti et des îles pour la gestion et l’enrichissement des collections de l’établissement. Après la rénovation, et dès l’ouverture de la nouvelle salle d’exposition, le Musée de Tahiti et des îles souhaite en effet proposer aux visiteurs une scénographie-muséographie et une médiation culturelle en adéquation avec les nouvelles technologies, et ainsi le rendre plus attractif. Pour cela, en plus de ses propres collections, il doit disposer de l’inventaire des collections d’objets polynésiens qui sont conservées dans les musées français pour des demandes de prêt afin de les présenter au public polynésien."
En 2016, le Musée de Tahiti et des îles (MTI) a lancé un projet d’inventaire des collections polynésiennes dans les musées et les collections privées du monde. Compte tenu de l’ampleur de la tâche à accomplir, il a été décidé de commencer par l’inventaire des collections des cinq archipels de Polynésie française conservées et/ou exposées par les musées en France métropolitaine.

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"Tahiti paradis"

Des premiers explorateurs à aujourd’hui, le mythe du "Tahiti paradis" n’a pas beaucoup vieilli, il a plutôt changé de sens. De la beauté des îles, des lagons, des populations qui ont fait la réputation mondiale de la destination depuis plus de deux siècles – et qui en sont encore le principal moteur économique interne –, on est passé à un Eldorado d’une toute autre nature : celui des margoulins de tout poil et de tout horizon. Petit "pays", qui fait figure de riche dans un bassin géographique qui n’a pas encore livré toutes ses richesses, la Polynésie française a souvent été la cible d’hommes et de projets plus que douteux. À croire qu’elle n’a déjà pas assez affaire avec ceux qui y vivent…

Les vendeurs de couvertures chauffantes ont fait place à d’autres vendeurs, bien plus avisés et plus ambitieux. Je me souviens de ce projet d’une course internationale de voiliers – qui n’attirerait que des grands noms (!) – qui a fait flop, à la fin des années 1980. Mais ceci n’est rien en comparaison de ceux qui sont à deux doigts de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. À l’instar des promoteurs des "Îles flottantes", qui ont bien failli réussir leur coup (coût ?). Le gouvernement avait mordu à l’hameçon, avant de le recracher sous la pression populaire. À notre connaissance, et depuis ce désistement, les "Îles flottantes" n’ont toujours pas trouvé un lieu d’amarrage… Surprenant, pour un projet si novateur, non… ? Il faut croire qu’ailleurs dans le monde, on est un peu plus regardant.

Entre ce projet de milliardaires américains, et celui du financement du "Village tahitien" (version Flosse) par un milliardaire arabe, repoussé par le vote de la population, il faut déduire que c’est elle qui détient le bon sens. C’est peut-être pour cette raison qu’elle se montre sceptique quant aux projets plus ou moins avancés que sont le projet aquacole de Hao, dont les rendez-vous avec les investisseurs chinois ne cessent d’être repoussés, ou celui du "Village tahitien" version Fritch, dont la date des 200 jours pour la signature du protocole vient d’être dépassée. Les investisseurs néo-zélandais et samoans ne seraient-ils plus les hommes de la situation ? On n’ose croire que le maintien de Samoa sur la liste noire de l’Union européenne des paradis fiscaux y soit pour quelque chose... Il semble que les garanties financières ne soient pas au rendez-vous. On aurait certainement dû et pu se montrer plus regardant sur cet aspect lors de la candidature.

Mais à Tahiti, au paradis, on a tendance à faire un peu trop confiance et, parfois même, à n’importe qui. Vous ne me croyez pas ? Je vous invite à lire le sujet édifiant (voir page 6) sur une société condamnée en 2017 et pour laquelle le Pays offre son soutien !

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier

Luc Ollivier