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"Ne venez pas chez moi, mais j’ai le droit de m’installer chez vous…"



Révélateurs furent les propos de manifestants anti-pêche hauturière par des Tahitiens aux îles Marquises qui contribuèrent à fièrement paralyser la circulation routière et empoisonner de précieuses heures de la vie de milliers de citoyens en ce samedi matin 28 octobre à Papeete.
Est apparu aussi que l’innovation des grands-parents devient la tradition des enfants et petits-enfants. Car pour ces manifestants qui ne se renseignent pas outre-mesure et/ou n’informent pas leurs militants et réagissent à l’affectif fébrile, est "traditionnel" le poti'auhopu = bonitier, embarcation de pêche côtière à moteur in board inventé dans les années 1950 et amélioré au cours du temps. Plus récent, le poti mārara, invention de Léonard Deane dit Pepe Aro, en 1962, permet à un homme seul de partir en mer. Leurs dimensions les confinent à une distance de 5 milles nautiques pour l’un et 30 pour l’autre.
Dans les années 1985-90, une équipe de chercheurs, ingénieurs, techniciens de l’ORSTOM, IFREMER, Commission du Pacifique Sud, EVAAM, Service de la Mer et de pêcheurs se mit à élaborer un programme de développement de la pêche hauturière. C’est-à-dire visant au-delà des 30 nautiques. Ce qui exige des bateaux équipés de moyens de conservation et offrant des conditions de travail et repos corrects à l’équipage devant rester plusieurs jours, voire des semaines en mer. Cette contrainte déchaînait des quolibets de gens bien de chez nous : "Les Polynésiens sont incapables de rester plus de trois jours en mer ! Ils sont incapables de lire les appareils qu’on y mettra..." La liste des incapacités congénitales supposées des Tahitiens était longue et aurait pu nous décourager. Mais nous étions convaincus des aptitudes de nos hommes. Et nous avions raison. Il y a 25 ans, les captures optimales sans risque pour le stock étaient estimées par les experts à 20 000 tonnes/an dans la ZEE et sa frange.
Il ne fut jamais question de grands bateaux industriels, mais d’unités de 25 mètres tout au plus que nous avons nommées "thoniers semi-industriels" pratiquant la pêche à la palangre ciblant les thons adultes de profondeur.
Ce projet intégrait tous les volets de l’activité : l’accès à la ressource, l’exploitation éclairée, la gestion de l’activité. Une fois le type de bateau conçu, les deux premiers prototypes furent construits aux chantiers Piriou à Concarneau. Il y eut formation des pêcheurs et des constructeurs en vue de l’ouverture du chantier naval local chargé de progressivement constituer la flottille. Nous savions que de passer de la théorie à la pratique, mettrait en évidence des lacunes de conception. Il fallait tenir compte du retour d’expérience et progresser avec patience et rigueur. Une formation à chaque niveau et dans les différents métiers liés à la pêche
hauturière à la palangre devait être assurée, de la navigation à la pêche, de la construction réparation navale à la maintenance des appareils de navigation, de pêche et de froid, la gestion économique de l’activité et la gestion des stocks exploités, etc. C’était avec Alexandre puis Boris Léontieff que de tâtonnements en réalisations, se concrétisa peu à peu le rêve d’offrir à notre belle jeunesse un espace à conquérir (l’Océan), des aventures à vivre sur ce sol mouvant, tahua paruparu, le dépassement de soi avec au bout, la prospérité économique dans la dignité.
Hélas, revint au pouvoir un sinistre papa Noël qui confia à un chantier naval chinois le soin de construire à la hâte une cinquantaine de bateaux dont le suivi devait être assuré par un de ses hommes liges… et le reste par ses fidèles sabotant le projet ambitieux transformé en affaire politico forcément judiciaire pour cause de fuites financières par ci par là. L’aventure s’affola puis hoqueta. Le port rêvé animé et prospère devint cimetière à bateaux squattés par des SDF en mal de projet de vie et en manque d’estime de soi.
Voici que l’on entend à nouveau parler de pêche hauturière ambitieuse avec des mots vecteurs d’autant plus d’angoisse qu’ils ne sont pas précisément définis. Car, en cette période d’anxiété diffuse à force d’entendre parler d’épuisement des ressources, le vocable "pêche industrielle" devient maléfique. Et, par un étrange renversement de croyances, les pêcheurs tahitiens jadis qualifiés d’incompétents notoires sont aujourd’hui dénoncés comme étant de redoutables prédateurs efficaces. Le porte-parole du mouvement protestataire s’est même permis de vouer à la vindicte publique Monsieur Eugène Degage accusé d’être un voleur. Car pour lui, un non-Marquisien prélevant un poisson dans et hors de la ZEE autour des Marquises est un voleur ! Il fut relayé par un homme des Australes invitant à se protéger des Tahitiens qui pourraient les envahir. Cet accusateur invite d’ailleurs les archipels à se méfier des Tahitiens. Mon père et ma mère disaient de se méfier des gueulards car les boîtes vides font plus de bruit que les boîtes pleines. Mais une remontrance judiciaire lui remettrait sans doute les idées en place.
Atteinte de surdité partielle, je me demande parfois s’il ne vaudrait pas mieux être complètement sourde pour ne pas entendre pareilles énormités. Car, sapristi, souhaitent-ils que les Tahitiens se mettent à leur tour à les rejeter vers leurs îles pour libérer des emplois dans l’administration et le privé ainsi que dans les logements sociaux qui leur sont attribués sans discrimination ? Souhaitent-ils que l’on demande un certificat d’origine à chaque pêcheur du dimanche ou professionnel pour réserver ces droits aux seuls Tahitiens ? Ce serait d’une idiotie sans nom, mais c’est ce qu’ils veulent nous imposer dans leurs îles d’origine !
Et ça glorifie un mode de vie étriqué où l’on ferme les yeux sur la détresse actuelle d’une majorité de la population pour préserver un avenir frileux à sa progéniture abreuvée d’insultes envers qui ose penser et agir autrement. Désolant !
Souhaitons-nous un peu d’intelligence

Vendredi 1 Décembre 2017 - écrit par Simone Grand


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Simone Grand

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Tous ensemble

"Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots”, a déclaré Martin Luther King dans un discours il y a 50 ans. Si en Polynésie, comme d’ailleurs sur l’ensemble de la planète, les humains ont du mal à faire leur cette citation, il n’en demeure pas moins qu’en de rares occasions, les hommes ont la capacité de surmonter leurs différences. Quand il s’agit de politique, par exemple, on n’hésite pas à parler d’unité nationale dès lors que la patrie est en danger ou dans une moindre mesure quand la cause touche tout un peuple.
Vendredi dernier, toute la classe politique locale a salué comme un seul homme la décision de la chambre criminelle de la Cour de cassation qui s’est prononcée via l’avocate générale pour l’annulation de la condamnation de Pouvana’a a Oopa en 1958. Le Metua, dont se revendiquent aujourd’hui tous les grands dirigeants politiques du fenua, devrait être réhabilité lors de la décision qui sera prise le 25 octobre prochain. À Tahiti, chacun s’est félicité de cette avancée qui rapproche un peu plus la collectivité de la Métropole, même si pour cela il aura fallu 60 ans.
L’unité affichée n’aura valu que le temps d’une décision, car voilà que se profilent des dossiers qui ne manqueront pas de raviver les dissensions. La réforme de la PSG mais aussi du Code de travail ne manqueront pas de faire des mécontents. Si la rue l’avait emporté à la veille des élections territoriales, la majorité compte bien sur sa base électorale pour passer ses réformes, en force si besoin. Persuadée sans doute que chacun de ses électeurs s’est prononcé en faveur de chacune des propositions annoncées durant la campagne.
Les réseaux sociaux et la presse hexagonale se sont mobilisés comme rarement derrière une jeune étudiante polynésienne, Ranitea Gobrait, qui malgré un résultat exceptionnel de 20,32/20 au bac s’émouvait de n’avoir pu trouver le moindre débouché universitaire. Les Polynésiens et les médias ont donc soutenu à leur manière l’étudiante au point d’en faire une affaire nationale qui après certaines vérifications ont permis de constater que la bachelière avait refusé cinq propositions…
De l’unité, de la vraie, il faudra quand même en avoir, de façon un peu plus légère, ce dimanche pour soutenir l’équipe de France de football qui jouera sa troisième finale de Coupe du monde. Le temps d’un match, la Polynésie sera derrière les Bleus… ou pas. Elle le sera plus, sûrement, derrière ses rameurs pour les Championnats du monde de va’a qui débutent jeudi prochain.

Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier