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Nouvel An et porte-bonheur



En Métropole encore aujourd’hui, au moment d’entrer dans la nouvelle année, l’on s’embrasse sous un bouquet de gui, jadis vénéré dans les cultes celtes druidiques pour se mutuellement porter bonheur. "i[Au gui l’an neuf !]i" Paganisme toujours célébré. Cela fait partie de ces traditions que deux mille ans de christianisme n’ont pas réussi à éradiquer. Crédit photo : DR
En Métropole encore aujourd’hui, au moment d’entrer dans la nouvelle année, l’on s’embrasse sous un bouquet de gui, jadis vénéré dans les cultes celtes druidiques pour se mutuellement porter bonheur. "i[Au gui l’an neuf !]i" Paganisme toujours célébré. Cela fait partie de ces traditions que deux mille ans de christianisme n’ont pas réussi à éradiquer. Crédit photo : DR
En Métropole, il m’est arrivé, en hiver, de participer à la récolte de bouquets de gui dans la campagne pour en suspendre au plafond d’un salon ou au-dessus d’une porte ou d’un porche d’entrée, selon l’importance de la maison. Et si le temps manque pour crapahuter dans les bois, chemins écartés et vergers, il est toujours possible de se rabattre chez les fleuristes qui en proposent à la vente. Ceci, afin qu’à minuit, au moment d’entrer dans la nouvelle année, l’on s’embrasse sous ce bouquet, jadis vénéré dans les cultes celtes druidiques pour se mutuellement porter bonheur. "Au gui l’an neuf !" Paganisme toujours célébré. Cela fait partie de ces traditions que deux mille ans de christianisme n’ont pas réussi à éradiquer. Calendrier grégorien ou pas, les rythmes des saisons et la flore sauvage en réveillent la mémoire. D’autant que Goscinny et Uderzo se sont mis à joyeusement faire aimer le druide Panoramix à la faucille d’or et détenteur de la recette de la potion magique.
Sous nos latitudes tropicales, les signes sont différents. Les Pléiades, Matari’i, furent choisies comme repères des cycles océaniens d’abondance et de pénurie saisonnières. Ce qui engendra un malentendu de taille avec les navigateurs de l’hémisphère Nord arrivés au moment du stockage des productions vivrières en prévision des inévitables restrictions de la saison sèche. Ayant vaincu par les armes les réticences des insulaires nullement enchantés de les voir venir taper dans leurs provisions, les vainqueurs pensèrent être au Paradis où nul ne manquait de rien et même pas du superflu. Aussi, n’eurent-ils aucun scrupule à exiger encore et encore ce qu’ils pensaient être des produits d’une nature plus que généreuse, alors qu’il s’agissait de produits du labeur et d’une gestion éclairée de leur environnement et de leurs ressources. Si tant de vivres il y eut ; c’est qu’il existait une culture intelligente ne vivant nullement au jour le jour, comme en furent et sont encore persuadés beaucoup. Et souvenons-nous, cela se déroula sur trois ans d’affilée, à partir de 1767. Comme des invasions répétées de sauterelles !

Les cérémonies ancestrales célébrant les cycles saisonniers insulaires furent décrétées primitives arriérées, voire diaboliques, par les premiers tenants de La Vérité… rêvant d’un royaume où, enfin, ils ne seraient plus des low middle class, mais où ils régneraient eux aussi. Les épidémies d’origine européenne leur furent un soutien inattendu et inespéré. Ils réussirent à régner. Et aujourd’hui, seules les références importées persistent.

Les Chinois amenés plus tard pour concrétiser de chimériques projets de plantation de coton, puis de canne à sucre, ou simplement parce qu’ils étaient désireux d’y vivre, ne furent pas inquiétés dans leurs croyances religieuses. Grâce à la laïcité des gouvernants de ces périodes-là, ils purent et continuent à célébrer le culte de leurs ancêtres en bénéficiant du respect de tous. Et ils accueillent des Tahitiens qui viennent y vénérer leurs non-ancêtres et s’approprier leurs porte-bonheurs. C’est dire l’importance de la dépossession de leur imaginaire dont furent l’objet les insulaires. Comment ne pas en être déstabilisé, appauvri et rendu vulnérable ? Aussi, l’admiration m’étreint quand j’observe la résilience de certains. L’angoisse me serre la gorge quand j’en vois d’autres sombrer dans l’indignité.
Comment appeler autrement ces traficotages de la langue tahitienne où, au lieu d’illustrer par des phrases de la vie de tous les jours, l’on est matraqué de versets bibliques où des mots d’origine grecque et/ou hébraïque au sens détourné sont glissés en contrebande pour se substituer aux mots du patrimoine ancestral insulaire interdit de transmission ? Et nul ne s’inquiète de cette dévitalisation programmée et publiquement financée de la pensée autochtone. J’en suis si agacée qu’il m’arrive de tempêter, vitupérer, dans le vide bien sûr. La force d’inertie des intouchables décrétés tels, sans mettre en place un système de contrôle, est d’une puissance phénoménale. Même des propos d’une délicate courtoisie me valent l’indifférent argument : "C’est une opinion !" D’honnêtes et performants chercheurs, se soumettant régulièrement à des contrôles réitérés de leurs travaux, sont déconsidérés. Par contre, là, nous finançons des gens qui ont toujours raison. Même en affirmant qu’une cavité corporelle est un membre ! Et si ce n’était que ça ! Désespérant !

Aussi, qu’il s’agisse de la nouvelle année grégorienne, chinoise ou celle des Pléiades, je nous souhaite à tous le courage de réagir à notre torpeur pernicieuse qui nous pousse à toujours trouver les coupables ailleurs, sans jamais réfléchir à notre responsabilité personnelle.

Je terminerai en parlant de ce troublant et fascinant spectacle mondialement offert dans les pays démocratiques, y compris au tribunal de Papeete, de prédateurs sexuels et leurs victimes. Ça doit exister aussi ailleurs, mais cela est censuré. Car malgré les cris d’orfraie de qui accuse la République française de dictature d’une manière tragiquement ridicule et irresponsable ; là où la démocratie est absente, on étouffe ces choses-là. Si les réactions coupables de policiers suite à la violence de manifestants aux comportements dignes de caractériels nous valent d’être qualifiés de société dictatoriale, quels mots laissons-nous aux autres ? Quels mots resteraient-ils alors aux Kurdes, aux journalistes turcs, aux questionneurs nord-coréens, dissidents syriens, aux Palestiniens chassés de leurs terres et maisons, aux Vénézuéliens et autres Maltais, pour dire ce qu’ils subissent ? Oser comparer ce que nous vivons à la véritable privation de liberté est ignoble. Ici, nous avons de la chance. Mais nos langues insulaires déclinent dangereusement dans une chute accélérée de béate autosatisfaction d’une sorte de racisme à rebours, aussi stupide que celui qui l’a fait naître. Nul besoin de l’ONU pour cela. Il suffit de faire les choses sérieusement et prendre enfin l’exigence de rigueur et de clarté comme ligne de conduite.

Pour en revenir à la troublante relation prédateur sexuel/victime, avez-vous observé comment les victimes finissent par passer coresponsables de leurs malheurs et même coupables ? Comme si d’avoir noué une quelconque relation avec un charmeur, mais inquiétant personnage, aliénait définitivement.
Un peu comme dans ces légendes de vampires des Carpates où, en même temps que la goule aspire le sang de sa victime, elle lui inocule un poison qui la rend dépendante de son prédateur, la dévitalise et la tuera symboliquement d’abord, puis pour de vrai ensuite. Une fois piégée, elle ne peut plus se défaire de son tortionnaire, dont elle devient le jouet. Le comble est que le vampire arrivera à se faire passer pour victime de sa proie devenue bourreau apparent si crédible qu’elle en mourra. D’une manière ou l’autre.
Vertigineux !

Jeudi 6 Février 2020 - écrit par Simone Grand


Simone Grand

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Comme un parfum de Macron…

Comme un parfum de Macron…
La décision du Conseil d’État, le 27 janvier dernier, de ne pas appliquer l’amendement à la loi Morin pour les demandes d’indemnisation des victimes des essais nucléaires déposées avant 2019 a surpris la Polynésie entière… mais agréablement pour une fois ! Cette institution publique, qui est chargée de conseiller le Gouvernement central et se veut la plus haute des juridictions de l’ordre administratif, met donc finalement à mal “l’amendement Tetuanui”, créé le 30 décembre 2018, qui réintégrait dans la loi, après la suppression de la notion de “risque négligeable”, un seuil minimal d’exposition aux rayonnements ionisants pour accéder aux indemnisations (une dose annuelle de 1 millisievert). Conséquence immédiate : deux victimes, dont les dossiers avaient pourtant été rejetés par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen), ont pu obtenir gain de cause. Ces décisions font ainsi jurisprudence pour 62 autres cas ayant reçu un avis défavorable parmi les 138 demandes d’indemnisation en attente.

Même le président du Pays n’a pas caché son grand étonnement. Sans chercher à “faire le travail du Civen”, Édouard Fritch a considéré, au micro de Radio 1, qu’il va manquer au comité “un critère qui permette de dire oui ou non”. Annick Girardin, la ministre des Outre-mer, a déclaré pour sa part, lors de sa courte visite au fenua : “Chacun prend acte de cette décision”, en ajoutant que ce sera au Civen d’en “examiner les conséquences”, en l’absence d’une estimation précise de l’impact financier sur l’État. Sans surprise cette fois, Auguste Uebe-Carlson, fondateur et président de l’association 193, a, lui, réagi positivement à cette grande annonce dans les colonnes de Tahiti Infos : “C’est vraiment un encouragement (…) pour toutes les familles à se manifester pour que cet amendement [“Tetuanui”] soit supprimé ou suspendu en attendant des études sérieuses de la part de l’État à propos de la réalité des maladies qui touchent notre pays.” Selon lui, “le nombre de dossiers a considérablement baissé” depuis l’entrée en vigueur de cet amendement, qui “a découragé beaucoup de familles polynésiennes à entamer une demande d’indemnisation”. Le père Auguste n’a d’ailleurs pas manqué d’affirmer : “Nous rappellerons au président Macron ces décisions du Conseil d’État.

En effet, malgré deux reports en 2019, le président de la République française nous fera enfin l’honneur d’un séjour en Polynésie du 16 au 18 avril 2020, des dates dont nous vous avions donné la primeur dans l’édition du 13 décembre dernier (lire TPM n° 422). On peut tout de même s’interroger sur cette décision tonitruante du Conseil d’État en faveur des Polynésiens. D’autant qu’elle s’est suivie, quelques jours après, du passage tout sourire de Mme Girardin sur nos terres, offrant par la même occasion un joli coup de pouce pour les municipales au Tapura Huiraatira, parti local majoritaire rallié à la liste La République en marche (LREM) d’Emmanuel Macron… Juste avant la ministre des Outre-mer, c’était Stanislas Cazelles, le conseiller Outre-mer de l’Élysée, qui se déplaçait à Tahiti pour préparer le voyage du chef de l’État. Alors, hasard du calendrier ou pas, le terrain semble parfaitement déblayé pour l’arrivée du Président ! Si beaucoup redoutent qu’on leur vende encore des salades, ce qui est sûr, c’est que victimes ou non des essais, bien des hommes et des femmes l’attendent de pied ferme et qu’au menu, ils lui proposeront, eux, des échanges et des débats de vive voix autour du sujet explosif du nucléaire.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt