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#PAROLE D'ÉTUDIANT : la vie d'étudiant, entre incertitudes et pressions…


Jeudi 25 Juillet 2019 - écrit par Heitiare Ganahoa


Études, diplômes, travail, argent : des mots qui tournent sans cesse dans l'esprit des étudiants. Aujourd'hui, le système éducatif les conditionne à poursuivre aussi loin que possible, avoir de meilleures qualifications et donc plus de chance de trouver un bon emploi. Face à cela, les jeunes se sentent oppressés, entre la difficulté de trouver du travail, gagner de l'argent et subvenir à leurs besoins. Mais ce qui les alarme le plus est le fait de ne toujours pas savoir ce qu'ils veulent réellement faire de leur vie, dans un monde où les opportunités ne se bousculent pas.



Crédit photo : Mahana Maiterai
Crédit photo : Mahana Maiterai
À la fin du lycée, les jeunes deviennent des étudiants. Dans ce nouvel environnement, ils sont rapidement happés par un mode de fonctionnement différent de ce qu'ils avaient connu jusque-là, qui engendre du stress dû à une difficulté d'adaptation. Étudiante en Licence de commerce à l'École de commerce de Tahiti (ECT), Herenui assure qu'elle se sent "hyper stressée, parce que ça demande beaucoup d'organisation, sachant que l'école nous fait faire plein de projets, en plus des cours". Pourtant, ce qui ressemble à un supplice pour les étudiants s'avère bénéfique pour le monde du travail. Au final, Herenui reconnaît que cette pression nouvelle les aide beaucoup car ils sont ainsi préparés à la vie active. Ses stages étaient similaires à ce qu'elle apprenait en formation. En effet, l'Université de la Polynésie française (UPF) et l'Institut supérieur de l'enseignement privé de Polynésie (ISEPP) préparent au mieux les étudiants à leur avenir professionnel. Grâce aux brochures d'information ou au soutien des intervenants professionnels, ils se sentent encadrés et prêts à faire face au monde du travail.
Par contre, ce qui les inquiète le plus, à l'image de Herenui, est leur avenir. Beaucoup ne savent pas ce qu'ils désirent faire de leur vie. Ils se lancent tout de même dans des études supérieures car on leur a appris "qu'il fallait bien travailler à l'école et faire de longues études pour avoir un bon travail, beaucoup d'argent et une maison". Les étudiants savent pertinemment que ce n'est pas facile. Et parfois, longues études ne signifient pas nécessairement meilleur salaire. De nos jours, vous pouvez obtenir un Master et gagner le même salaire qu'une personne titulaire d'un Brevet de technicien supérieur (BTS). Une question demeure par dessus tout : qu'est-ce que je vais faire plus tard ?

Le coût important des études

Poursuivre ses études a un coût. C'est une vraie contrainte pour les étudiants ; chaque année, leurs frais d'inscription augmentent. Un étudiant de l'UPF, en Licence de langues, littératures et civilisations étrangères et régionales (LLCER), souligne ce problème : "Je trouve que chaque année, le tarif d'inscription est de plus en plus cher." En effet, les frais de l'UPF ont augmenté de 17 600 Fcfp en l'espace de deux ans (41 600 Fcfp par an en 2019, contre 24 000 Fcfp en 2017). Même si l'UPF propose le coût de formation le plus bas, cela reste difficile à payer, surtout pour les non-boursiers. Concernant l'ECT, les élèves sont conscients du prix élevé de cette formation : 550 000 Fcfp par an, avec un stage d'expatriation d'un mois, en première année, à la charge des étudiants. L'ISEPP ne fait pas exception, il est en deuxième position sur le podium des coûts d'études les plus élevés et a même augmenté ses frais. Prenons l’exemple de la Licence d'information et communication qui est la formation au coût le plus faible en 2019, avec des frais d'inscription qui s'élèvent à 491 039 Fcfp, soit 16 119 Fcfp de plus (474 920 Fcfp en 2018).
Par la force des choses, les étudiants tentent de trouver des petits boulots afin d'aider leur famille à payer leurs études. Parfois, certains arrêtent leur formation en pensant qu'ils la reprendront après, ce qui peut conduire quelques-uns au relâchement scolaire. Le problème reste encore la difficulté à trouver un travail. Tokelani, étudiante à l'ISEPP, cherche depuis deux ans du travail, sans succès. Les raisons qu'on lui donne sont toujours les mêmes : "On ne recrute pas, tu n'as pas d'expérience, tu n'as pas de permis, tu n'es pas motorisée." Avec ces déceptions, les étudiants sont découragés et en quête de réponses sur leur avenir professionnel. Mais une chose est sûre : ils ont le temps de faire toutes les expériences qui se présentent, avant de se projeter dans l'avenir. Et il n’y a qu’en essayant différents métiers que nous pouvons découvrir ce que nous voulons vraiment faire de notre vie.

Heitiare Ganahoa, stagiaire à Tahiti Pacifique, en 2e année de Licence d'information et communication à l'ISEPP


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Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !
La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT