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Papouasie : les émeutes antiracistes relancent les appels à l'indépendance


Vendredi 6 Septembre 2019 - écrit par Agence France-Presse




La région indonésienne de Papouasie est secouée, depuis le 19 août dernier, par des émeutes meurtrières déclenchées par des attaques racistes contre des étudiants papous, qui ont redonné de la vigueur aux appels à l'indépendance du territoire. "Ce qui a commencé comme des protestations contre des incidents racistes à l'est de Java a évolué ensuite vers le problème de l'indépendance", a observé Adriana Elizabeth, spécialiste de la Papouasie à l'Institut des sciences d'Indonésie. "Mais ils y a beaucoup de factions en Papouasie" qui ne sont pas d'accord entre elles, a-t-elle nuancé.
Ce sont des incidents survenus le 17 août à Surabaya, sur l'île de Java, qui ont mis le feu aux poudres. La police anti-émeutes a investi un dortoir pour arrêter 43 étudiants papous, accusés d'avoir détruit un drapeau indonésien le jour de la Fête de l'Indépendance de l'Indonésie, avant de les libérer. Parallèlement, des manifestants ont lancé des injures racistes aux étudiants papous, les traitant de "singes" ou de "chiens". Ces images ont déclenché la colère des Papous, qui se disent souvent traités comme des citoyens de seconde classe en Indonésie. Population autochtone mélanésienne majoritairement chrétienne, les Papous ont une culture tribale très différente du reste des Indonésiens, à 90 % musulmans. Facteur aggravant, les forces indonésiennes sont accusées par les Papous et les organisations de défense des droits de l'Homme de commettre des exactions depuis des années dans leur lutte contre les séparatistes. En décembre dernier, l'exécution d'au moins 16 ouvriers d'un chantier routier en Papouasie, revendiqué par des indépendantistes, a marqué une escalade des violences.
Benny Wenda, porte-parole du Mouvement uni pour la libération de la Papouasie occidentale, en exil à Londres, a appelé le monde à prêter attention à la Papouasie, sinon "les forces de sécurité pourraient se livrer à un bain de sang", a-t-il averti dans un communiqué. Il a aussi réclamé un référendum sur l'indépendance. Mais Jakarta, qui a pris par la force le contrôle de la Papouasie en 1963, ne veut pas en entendre parler. L'Indonésie considère qu'un référendum controversé en 1969 a définitivement réglé la question papoue. Un groupe d'un millier de Papous, dont certains ont rapporté avoir voté sous la menace, s'était alors prononcé pour rester au sein de l'Indonésie.
La situation est "le résultat de plusieurs années pendant lesquelles le gouvernement pensait que construire des routes et investir" dans la région "allait faire taire les plaintes des Papous", a souligné Sidney Jones, directrice de l'Institut d'analyse des conflits (IPAC), basé à Jakarta. Mais "toutes les autres questions, la violence gratuite, la rapacité des forces de sécurité, l'impunité des abus du passé (...) ont largement été ignorées", déplore-t-elle.

Source : Agence France-Presse

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Bienvenue en Macronésie !

Bienvenue en Macronésie !
Après une pause politique d’une année, 2020 ne manquera pas de piquant, avec les élections municipales en mars et, sur un autre plan, la venue du président de la République Emmanuel Macron, en avril.
La bataille des tāvana est engagée, elle s’annonce âpre, tant le gain des communes est un marchepied incontournable pour atteindre la Présidence. Ces élections se résumeront, comme toutes les précédentes, à une confrontation bipolaire. Certains partis et candidats ont déjà tenté l’aventure en proposant une troisième voie, mais elle n’a jamais trouvé ses électeurs. Gaston Flosse et ses Orange l’ont bien compris et savent qu’en face du Tapura et du Tavini, les chances de prendre et même de conserver les mairies sont vouées à l’échec. Le Vieux Lion a dû se résoudre à proposer une alliance au Tavini, qui ne l’accepte qu’au cas par cas, malgré les annonces d’un Gaston Flosse transformé, ces dernières semaines, en VRP. Voilà qui ressemble fortement à un dernier baroud d’honneur.
Fort de sa croissance économique et politique – les deux allant souvent de pair – le Tapura d’Édouard Fritch paraît inébranlable et peut se concentrer sur la venue présidentielle. Cette dernière, dans le contexte de crise actuelle, ne devrait pas ressembler à celle de François Mitterrand (en 1990), qu’a récemment décriée René Dosière, président de l’Observatoire de l’éthique publique : "Il avait fait un voyage en Polynésie avec 420 personnes,
deux Concorde et un autre avion... On avait refait la piste de Tahiti pour que le Concorde puisse atterrir."
"Bienvenue en Macronésie" pourrait être le message d'accueil adressé au président de la République, tant le gouvernement Fritch lui fait allégeance, au détriment de ses propres parlementaires.
À chaque visite présidentielle, son lot d’annonces et de demandes plus ou moins convenues. Le président Macron devrait revenir sur ses propos d’octobre dernier, tenus à la Réunion : "Les territoires d’Outre-mer français peuvent devenir de véritables hubs numériques. Hub numérique, c’est le souhait de la Polynésie française, que nous soutenons et encourageons." Il sera question de développement économique, de soutien de l’État, du "Centre de mémoire" sur le nucléaire et peut-être même d’une proposition d’inscription à l’ONU pour le ’ori tahiti… La nomination à confirmer du site de Teahupoo pour les compétitions de surf de Paris 2024 ne manquera pas d’être évoquée, alors même qu’elle a été accueillie avec une tiède acrimonie par des internautes métropolitains.
Le président Macron aime répéter à l’envi son "J’entends", les Polynésiens espèrent être entendus et, surtout, compris. Quand certains attendent des excuses pour les expérimentations nucléaires, de meilleures indemnisations, d’autres souhaitent des réponses à des questions tout aussi sensibles, dont nous dressons une liste non exhaustive, soufflées par l’historien Jean-Marc Regnault :
- Diriez-vous, M. le Président, que la France a une part d’Océanie en elle, comme vous aviez dit que la France a une part d’Afrique en elle ? (À cause du mythe des îles heureuses, à cause des guerres mondiales, à cause des essais qui ont permis à la France de devenir une puissance mondiale...)
- Quel est votre degré de reconnaissance du fait nucléaire ? Et, bien sûr, quel devrait être le degré de reconnaissance de la Nation ?
- Vous avez considéré que la colonisation était une faute. Pensez-vous que la France a suffisamment décolonisé la Polynésie ?
- Le président Fritch a dit, récemment, qu’il n’aimerait pas avoir à choisir bientôt entre l’Indo-Pacifique et les Routes de la soie. Ne croyez-vous pas que la géostratégie que vous proposez risque de remettre en cause l’autonomie qui, depuis quelques années, accordait de plus en plus de compétences en matière de relations extérieures ?
- À votre sens, la Polynésie française est-elle suffisamment intégrée dans son environnement océanien ? L’État ne devrait-il pas demander à ses collectivités d’Océanie d’accorder beaucoup plus d’importance à l’enseignement de l’histoire et de la géographie locales et régionales ? Et de récompenser cet enseignement par des diplômes qui intégreraient ces notions ? En la matière, actuellement, l’Inspection générale fait preuve d’un jacobinisme rétrograde...

Selon les réponses à ces questions, la visite permettra – ou pas – de refermer certaines blessures bien vivaces, même après
vingt-quatre ans d’abstinence nucléaire.

Ensemble, faisons bouger les lignes !
Bonne lecture, te aroha ia rahi.
La rédaction

Tahiti Pacifique