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Pêche étrangère : que rapporte l'activité de transbordement au Pays ?


Vendredi 19 Octobre 2018 - écrit par Dominique Schmitt


Depuis le début du mois, les réseaux sociaux s'affolent et crient au pillage de nos eaux par des pêcheurs étrangers, qui profitent du port de Papeete pour expédier leurs poissons hors de notre territoire. Pas de raccourci hâtif, cette activité ne date pas d'aujourd'hui : deux agences maritimes sont chargées localement du transbordement international, dont on nous assure le contrôle strict. Qu'en est-il vraiment et que rapporte cette filière au Pays ?



Depuis de nombreuses années, des bateaux de pêche étrangers profitent du port de Papeete pour exporter leurs poissons dans différents pays, selon la demande du marché. Crédit photo : DR
Depuis de nombreuses années, des bateaux de pêche étrangers profitent du port de Papeete pour exporter leurs poissons dans différents pays, selon la demande du marché. Crédit photo : DR
L'info ou plutôt "l'infox" tourne en boucle sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours… Des internautes sont scandalisés par la présence de bateaux de pêche chinois à Motu Uta, qui sortent de leurs cales quantité de poissons, et notamment des thons. Des photos et des vidéos ont circulé, montrant les pélagiques congelés être débarqués sur le quai, avant d'être acheminés à l'extérieur du fenua. Des commentaires déplacés ont même fait sortir le vice-président Teva Rohfritsch de sa réserve, qui a assuré qu'"il n'y a aucun accord de pêche et il n'y aura aucun accord de pêche dans nos eaux avec les Chinois ni avec aucun autre État. Notre ZEE (Zone économique exclusive, ndlr) est exclusivement réservée aux pêcheurs polynésiens à la pêche à la palangre".
Localement, des accords de pêche ont bien été signés avec les Japonais et les Coréens pendant trois ou quatre ans, mais ils sont devenus caduques en 2000. Il est vrai aussi que certains pays attirent les flottes de pêche étrangères en leur vendant des licences. C'est le cas, par exemple, de Kiribati (3,4 millions de km2 de ZEE), dont la pêche aux thonidés représente la seule opportunité de développement économique...

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"Tahiti paradis"

Des premiers explorateurs à aujourd’hui, le mythe du "Tahiti paradis" n’a pas beaucoup vieilli, il a plutôt changé de sens. De la beauté des îles, des lagons, des populations qui ont fait la réputation mondiale de la destination depuis plus de deux siècles – et qui en sont encore le principal moteur économique interne –, on est passé à un Eldorado d’une toute autre nature : celui des margoulins de tout poil et de tout horizon. Petit "pays", qui fait figure de riche dans un bassin géographique qui n’a pas encore livré toutes ses richesses, la Polynésie française a souvent été la cible d’hommes et de projets plus que douteux. À croire qu’elle n’a déjà pas assez affaire avec ceux qui y vivent…

Les vendeurs de couvertures chauffantes ont fait place à d’autres vendeurs, bien plus avisés et plus ambitieux. Je me souviens de ce projet d’une course internationale de voiliers – qui n’attirerait que des grands noms (!) – qui a fait flop, à la fin des années 1980. Mais ceci n’est rien en comparaison de ceux qui sont à deux doigts de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. À l’instar des promoteurs des "Îles flottantes", qui ont bien failli réussir leur coup (coût ?). Le gouvernement avait mordu à l’hameçon, avant de le recracher sous la pression populaire. À notre connaissance, et depuis ce désistement, les "Îles flottantes" n’ont toujours pas trouvé un lieu d’amarrage… Surprenant, pour un projet si novateur, non… ? Il faut croire qu’ailleurs dans le monde, on est un peu plus regardant.

Entre ce projet de milliardaires américains, et celui du financement du "Village tahitien" (version Flosse) par un milliardaire arabe, repoussé par le vote de la population, il faut déduire que c’est elle qui détient le bon sens. C’est peut-être pour cette raison qu’elle se montre sceptique quant aux projets plus ou moins avancés que sont le projet aquacole de Hao, dont les rendez-vous avec les investisseurs chinois ne cessent d’être repoussés, ou celui du "Village tahitien" version Fritch, dont la date des 200 jours pour la signature du protocole vient d’être dépassée. Les investisseurs néo-zélandais et samoans ne seraient-ils plus les hommes de la situation ? On n’ose croire que le maintien de Samoa sur la liste noire de l’Union européenne des paradis fiscaux y soit pour quelque chose... Il semble que les garanties financières ne soient pas au rendez-vous. On aurait certainement dû et pu se montrer plus regardant sur cet aspect lors de la candidature.

Mais à Tahiti, au paradis, on a tendance à faire un peu trop confiance et, parfois même, à n’importe qui. Vous ne me croyez pas ? Je vous invite à lire le sujet édifiant (voir page 6) sur une société condamnée en 2017 et pour laquelle le Pays offre son soutien !

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier

Luc Ollivier