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Politique du mépris


Samedi 11 Février 2017 - écrit par Boris Alexandre Spasov


"La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi. Ici nous avons réuni théorie et pratique : rien ne fonctionne… et personne ne sait pourquoi !"
Albert Einstein



crédit photo : Tahiti Infos
crédit photo : Tahiti Infos
Traditionnellement, j’aime précéder mes écrits d’une citation. Cela permet de poser un générique agréable et un référent. J’ai longuement hésité ! Et finalement j’ai opté pour la citation d’Albert Einstein au détriment de celle d’une personne dont je préfère taire le nom, et que je méprise profondément pour le rôle qu’il a joué pendant le second conflit, mais dont le sens, me semble plus juste et d’actualité : "Plus le mensonge est gros, plus il passe." Le sacerdoce de nos politiques du XXIe siècle.
Au vu de l’histoire de l’humanité et de notre actualité, avant aborder les événements graves et qui fâchent (!), je vous livre une légende sur la première responsabilité politique humaine et une étude scientifique récemment menée en Afrique. Un peu de dérision et humour sont nécessaires pour aborder les événements politiques d’une façon globale.
Une légende aborigène raconte qu’à l’aube de la création, la vie terrestre se scindait en trois branches : la vie minérale, la vie végétale, la vie animale. Dans le règne animal, certains auraient "choisi" de devenir des hommes. La vie les aurait alors dotés d’une conscience et d’un esprit pour être reliés à l’axe universel, leur faisant ainsi franchir le pas de la pensée. C’est le premier acte politique qui a été confié à l’homme dans la mesure où il a été nommé gardien de toute vie sur terre.
Plus récemment, une observation a été menée par des scientifiques dans la jungle. Ils ont étudié pendant 30 ans nos "cousins" : une population de grands singes. Un des groupes étudiés vivait sous la domination d’un mâle qui chassait les jeunes en âge de le concurrencer, qui mangeait à satiété pendant que les femelles et les petits se contentaient de restes pas toujours suffisants, et qui faisait régner sur son "groupe" une sorte de terreur à tout propos et hors de propos. Tous les groupes vivaient sur le même modèle et nos savants constataient ce fait détestable sans imaginer qu’il puisse en être autrement.
Récemment, lors d’une énième expédition, ils ont retrouvé leur groupe transformé. Le mâle dominant a disparu, comme d’ailleurs plusieurs autres, sans explication apparente. Le mode de vie s’est transformé, sur un modèle plus démocratique, les femelles et les jeunes s’organisant de manière plus équitable et le groupe prospère maintenant d’année en année sur ce nouveau style de vie.
Un apprentissage et une pratique différente, des règles de vie étaient devenus possibles. Les savants découvrent alors que la voracité des mâles dominants les avaient condamnés. Ils avaient pillé les poubelles contaminées d’un hôpital tout en interdisant l’accès aux autres membres du "groupe".
À la suite de cette observation, on se prend à rêver pour application aux sociétés humaines. Bon ! Nous sommes humains ! C’est-à-dire que nous sommes un peu plus retors que les grands singes… Il est certain que depuis le premier "acte politique" que nous a confié la nature et si on considère cette récente étude, nous n’avons pas su capitaliser les leçons de nos expériences.

Au service des citoyens ?

Différentes civilisations se sont succédé. L’humanité a certes progressé sur différents plans, mais pas sur celui de faire de la politique d’une façon équitable. C’est même le contraire qui se passe. Certains politiques en sont un contre-exemple : ils ont tout simplement oublié qu’ils étaient au service des citoyens. Alors pour se donner bonne conscience, ils ont fait appel à de nouvelles sciences : sociale, économique et politique…
Les sciences politiques aboutissent à un constat récurrent : de tout temps, "la fraude politique" a été légiférée. Quand on réunit tous les facteurs et leurs combinaisons possibles, nous sommes face à un défi existentiel : "l’ennemi" des citoyens n’est plus le pays voisin, mais les institutions gérées par les politiciens. L’ennemi vient donc de l’intérieur! En effet, pour citer un exemple, parmi tant d’autres, une crise qui persiste depuis plus de 20 ans n’est plus une crise mais un système mis en place. Ainsi, la majorité des lois votées au parlement et au sénat sont élaborées par des cabinets d’avocats au service des lobbies bancaires et des
multinationales qui semble bien éloignées des préoccupations du peuple. On comprend ainsi que les valeurs morales ont été sacrifiées au nom de la mondialisation, dont le politique est porteur, celle-ci ayant réussi à faire l’unanimité contre elle. Alors que faire…

"Tout changer d’une façon radicale ou disparaître" ?

Les certitudes politiques, malgré les apparences, n’ont jamais fait partie de la vie humaine. Elles sont de même nature que les prévisions météorologiques. Selon Ilya Prigogine, c’est pour cette raison même que les sciences politiques sont battues en brèche, car les résultats obtenus dépendent de nos comportements et attitudes qui sont, semble-t-il, assez loin de l’esprit rationnel. Pour vous donner un exemple d’actualité, on enseigne dans les grandes écoles que la dissuasion nucléaire est une doctrine trop sérieuse pour être confiée à des militaires. Avec le recul, nous nous apercevons que la dissuasion nucléaire devient préoccupante quand elle est confiée aux politiques.
Nous avons dépassé le stade du folklore et du carnaval largement diffusés en 16/9e. L’image véhiculée du politique, parfois à juste titre, est synonyme de "mafia institutionnelle" et la société civile s’est mise en marche pour opérer des bouleversements sans précédent. Il est à craindre que l’État perde la maîtrise de la violence puisque, apparemment, le changement ne peut s’effectuer pacifiquement, surtout lorsqu'il a été inscrit dès le départ dans un rapport de force et de rivalité.
Les affaires sont dévoilées au grand jour et prennent des dimensions bibliques, affirmant ainsi une réalité que l’on ne voulait plus ou ne pas voir. Une partie de la presse est devenue le miroir des réalités. Des lanceurs d’alerte sont déjà en première ligne et Internet, espace de liberté qu’on veut légiférer vit une révolution. Des intellectuels, conférenciers, associations, officiers… n’hésitent plus à bousculer "l’ordre établi".
La Polynésie française n’est pas en retard dans le domaine "des affaires" l’onde de choc que va générer les affaires en France sera répercutée sur nos îles et les affaires rendues publiques. Quand on prend connaissance de l’excellent article de ma consœur Simone Grand sur la spéculation foncière en Polynésie, (Tahiti Pacifique du 27 janvier 2017) on ne peut que s’interroger et être inquiet sur le système mis en place, les investisseurs ont intérêt à la plus grande prudence avant d’investir sur notre île, de plus cela ne concerne qu’une partie du problème.

Pour conclure et si je peux exprimer mon opinion, je tiens à saluer le réalisme du colonel Caudrelier pour avoir soulevé le paradoxe du monde des affaires et de la politique qui ronge la Polynésie. Certes, le travail d’investigation est colossal mais gratifiant quand la liberté, l’égalité, et la fraternité peuvent être préservées. C’est un problème de conscience moral qui se pose lorsque les lois sont uniquement favorables à la même caste. Dès lors, quand les premiers signes de défaillance apparaissent au niveau politique et dans le monde des affaires, le citoyen ne peut que s’abriter paradoxalement derrière le dernier rempart de la justice, les forces de l’ordre, gendarmerie et police qui sont acteurs et garants de la démocratie.


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Des chaises vides aux Assises

Depuis quelques semaines, la population polynésienne est invitée à s’exprimer lors des Assises des Outre-mer. Le gouvernement central a délégué un référent qui tente de recueillir les attentes des populations, qu’elles soient à Tahiti, à Moorea ou aux Australes, en attendant d’autres archipels. Après la loi sur l'Égalité réelle des Outre-mer, l’État fait un pas de plus vers ses petits bouts de France qui participent, sous diverses formes, à sa grandeur. La première phase de cette consultation, entamée début octobre, s’est terminée la semaine dernière et force est de constater qu’elle n’a pas recueilli un franc succès. Un manque de communication ? Un désintérêt de la population sur des questions pourtant centrales ? Une méfiance envers l’État et des interlocuteurs inconnus ? Un fiu de tout ce qui touche au politique ? Certainement un mixte de ces suggestions.
Pour ceux qui ont pris la peine de se déplacer ou de faire part de leurs desiderata via un site Internet dédié (www.assisesdesoutremer.fr. ), soit environ 1 000 personnes, les thèmes abordés ont tourné autour de la santé, de la sécurité et de l’éducation, nous apprend un communiqué du haut-commissariat. Et si Jacques Wadrawane, le référent des Assises des Outre-mer pour les collectivités françaises du Pacifique, s’est dit satisfait du déroulé de cette première phase en affirmant que "les participants ont fait part de problèmes concrets, de comment améliorer les conditions de vie au quotidien", il n’a pas manqué de noter que la population avait du mal à faire le distinguo entre les compétences de l’État et celles du Pays. Et l’on reparle de manque de culture politique des Polynésiens, que nos politologues ne manquent pas de rappeler avant chaque élection, entretenu par beaucoup, et qui empêche ce peuple de penser par lui-même, de s’élever.
Si ce manque de culture politique, surtout envers celle menée depuis Paris, peut être reproché aux Polynésiens, il est juste de rappeler que les élus de l’Hexagone se montrent tout aussi incultes envers les Outre-mer. C’est pourquoi la ministre de tutelle, Annick Girardin, essaye d’insuffler un "réflexe d’outre-mer" dans les décisions de ses collègues du gouvernement.
Quant au résultat de ces Assises, "les priorités vont maintenant être déterminées, sur la base de cette première consultation. Des projets seront ensuite soumis à l’avis de la population, de mi-janvier à fin février. Puis, les propositions feront l’objet d’un Livre Bleu. Jacques Wadrawane assure que ces idées déboucheront sur des réalisations concrètes, contrairement à ce qu’on a vu dans le passé, avec les États généraux de l’Outre-mer en 2009, notamment", peut-on lire en fin de communiqué. Il manque de préciser que, pour le moment, il n’y a pas de budget réservé aux décisions qui sortiront des Assises qui, elles-mêmes, n’ont bénéficié que d’un budget très limité (72 millions de Fcfp) pour l’ensemble des territoires et collectivités.
Un recueil de doléances, mais par d’argent pour les appliquer, du moins dans un proche avenir. On verra bien si ce sont les chaises vides qui avaient raison.
Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier