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Pour éloigner le désastre…

À force de croire dur comme fer qu’il est au sommet de la Création, l’Homme a fini par se comporter en faisant fi des signaux des astres. Ce qui pourrait bien finir par nous conduire tous au désastre.



ll y a urgence à ré-apprivoiser les humains au silence. Crédit photo : DR
ll y a urgence à ré-apprivoiser les humains au silence. Crédit photo : DR
Toutefois, il semble possible d’en éloigner l’échéance en commençant par réaliser et apprécier toutes les chances qui nous sont offertes, tous les présents de la vie.
Souhaitons-nous donc plusieurs fois "bonne année" en savourant ces rituels festifs placés sous les signes astraux du Soleil et de la Lune, sans oublier ceux de la constellation des Pléiades ou Matari’i.
Nos ancêtres furent tous paysans à un moment ou l’autre dans nos arbres généalogiques. Ils étaient particulièrement attentifs aux messages astraux et à ceux des éléments pour décider à la fois : quand et quoi planter, quand pêcher tel ou tel poisson, récolter tel produit de la terre ou de la mer et le stocker ; quand partir sur l’océan pour un court ou long voyage. Observateurs attentifs, ils ont élaboré des cultes et cultures développant l’acuité sensorielle, dont celle de l’odorat, l’ouïe et la vue. Ils ont aussi amplifié des dons dits ultra-sensoriels exacerbant la sensibilité de l’être entier aux phénomènes proches et lointains. Cela pouvait aller de la perception de la moindre variation de densité de l’air, au vol soudain désordonné d’un ou plusieurs oiseaux, à une cassure du rythme de formation des vagues, etc. Il leur arrivait très souvent de s’abstraire de la réalité apparente.

En fait, ils méditaient avant que ce ne soit la mode. 
Mais même avant l’introduction des "boum boum" barbares, même avant la dictature agressive de ces polluants sonores, tous ne percevaient pas les signaux avertisseurs de danger pour la collectivité. Afin de diffuser l’alerte vitale peu perceptible au plus grand nombre, il importait d’impressionner les esprits par des cérémonies cultuelles adaptées.
Il est d’ailleurs amusant d’identifier les invariants de certaines références à travers les collectivités humaines, quelles que soient les longitudes et latitudes de leurs résidences. Les variantes ne sont parfois que costumières, traduisant ainsi les aptitudes des sols et des eaux à offrir des matériaux végétaux, animaux et minéraux que les humains s’approprient et utilisent, témoignant d’une extraordinaire créativité. Les religions premières étaient intimement liées à l’environnement dans lequel s’étaient installées les sociétés y pratiquant le culte d’ancêtres fondateurs.
Sans trop se tromper, l’on peut dire que l’identité de chacun et de chaque groupe était fabriquée par l’Histoire et la Géographie. Car se doter de repères dans l’espace et le temps participe au développement d’une pensée autonome, personnelle.

Aussi, dans les stratégies de conquête des âmes (conversion de type sectaire), l’étape première consiste en la désaffiliation par reniement, disqualification et diabolisation des ancêtres. Cette phase s’accompagne d’une sorte de déracinement sur place, avec la perte de repères spatiaux et environnementaux.
Après avoir prêché en vain durant vingt ans, John Orsmond abattit délibérément des arbres à pain pour attirer les insulaires affamés dans leurs magasins où, en échange de nourriture importée, ils devaient fournir de l’huile de coco et du porc salé pour l’activité anglaise de commerce et d’import-export.
En Amérique devenue latine, Claude Levi-Strauss raconte que les Jésuites ont modifié l’organisation spatiale de villages pour désorienter efficacement les habitants.
En outre, dans les prières, ce n’est pas le requin et le poisson perroquet qui personnifient les concepts de férocité et vulnérabilité, mais le lion et l’agneau, animaux familiers certes au Moyen-Orient, mais totalement étrangers en nos îles tropicales. Îles où les fleurs et fruits indigènes, mā’ohi, sont qualifiés d’exotiques, c’est-à-dire "étrangers" ! ! !
"Ce ne sont que des mots !", direz-vous. Certes, mais quand on connaît le pouvoir, le mana des mots, il est urgent d’adopter une politique de cohérence du langage. Car ça finit par donner mal à la tête, par dépayser au point de vivre en exilé chez soi et de soi, étranger à soi-même et à son environnement qu’on ne sait plus nommer et dont on ignore totalement les qualités nourricières. L’essentiel de ce qui est consommé est, hélas, désormais importé.
Sans doute est-ce parce qu’on ne sait plus trop comment nommer ce qui est mā’ohi qu’on s’en réclame autant. D’autant que cette revendication ne s’accompagne pas d’une exigence militante à prendre soin de notre environnement sans lequel la vie est impossible.

Ce que nous vivons ressemble à l’aboutissement d’un processus commencé il y a longtemps. Quand des citadins en rupture de filiation et de culture avec leurs origines paysannes snobées adoptèrent le monothéisme en péjorant le mot "paysan" en "païen" = heathen = ’etene. Ils inventèrent de nouveaux modes de vie où longtemps sur la planète, un certain équilibre fut maintenu entre les espaces urbanisés, les espaces cultivés et ceux laissés intacts. Aujourd’hui, cet équilibre est rompu. Mais nous pouvons le rétablir en commençant par faire silence pour écouter la musique non électrique du monde. Il y a urgence à ré-apprivoiser les humains au silence, hélas vécu comme une intolérable agression par certains, que seul le bruit rassure.
Ainsi, à la baie de Matavai ou pointe Vénus, j’ai emmené mes petites-filles un après-midi de vacances. Sous un filao centenaire à trois arbres de celui sous lequel je me suis abritée, une dizaine de jeunes gens imposait l’écoute de basses agressives. J’ai quand même pu me détendre en m’éloignant quelque peu. Au moment de rentrer, j’ai lu la pancarte d’information interdisant entre autres, les transistors et autres matériels émetteurs de sons. Alors que je me préparai à partir, une des jeunes femmes du groupe s’est dirigée vers moi. Elle m’a aimablement saluée. Je l’ai saluée idem et lui ai gentiment montré l’article. Elle l’a lu, puis m’a regardée d’un air outré : "Ce n’est pas fort. Nous ne gênons personne !" - "Si madame, ça me gêne et pourtant je suis à moitié sourde." - "Vous n’êtes pas toute seule sur la plage !" Et elle s’en fut en grommelant rejoindre son groupe cacophonique.
Sans être remboursées par la CPS, les cures de silence devraient être prescrites individuellement et collectivement. Cela pourrait améliorer la qualité de la pensée et de l’agir avec bon sens et aiderait ainsi, à éviter le désastre.

Vendredi 11 Janvier 2019 - écrit par Simone Grand


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Vendredi 28 Décembre 2018 - 09:18 Les respirations festives


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Des vœux mais pas de mea-culpa…

La fin de l’année 2018 a été marquée par la traditionnelle – et soporifique – cérémonie des vœux du président de la République française. Sans surprise, Emmanuel Macron reste davantage le chef de l’État du “qu’ils viennent me chercher” que celui du mea-culpa. Dans un discours long d’une quinzaine de minutes, presque auto-thérapeutique, Macron, debout et droit comme un “i” face à la caméra, ne se remet pas une seule fois en question. Si le jeune loup admet que “l’année 2018 ne nous a pas épargnés en émotions intenses de toute nature”, il considère que la colère des Français exprimée avec le mouvement des Gilets jaunes “venait de loin” et a éclaté en raison notamment d’un “système administratif devenu trop complexe et manquant de bienveillance”. Il évoque des “changements profonds qui interrogent notre société sur son identité et son sens”, sans porter à aucun moment la responsabilité des événements. Il n’hésite pas cependant à affirmer que “l’ordre républicain sera assuré sans complaisance”. Une attitude plutôt hautaine pour le leader de la cinquième puissance économique mondiale qui n’a pas su toucher le cœur du peuple. Alors que sa venue au fenua était programmée en février puis en mars prochain, avec pour objet principal un sommet France-Océanie, aucune date n’est arrêtée pour l’heure.
Aussi, sur le plan local, les vœux d’Édouard Fritch n’ont pas réussi à convaincre non plus. Succinct, son laïus a été axé sur la prévention sociale : “Nous sommes trop souvent les témoins de drames familiaux, de morts sur la route, en raison de la consommation d’alcool ou de drogue. Ce sont de véritables fléaux. Le surpoids, le diabète et ses graves conséquences sanitaires sont un autre fléau. Nous renforcerons nos campagnes de prévention.” Il était temps. A contrario, pas un mot sur les grands chantiers en cours, comme ceux du Village tahitien ou de la ferme aquacole de Hao, deux projets qui semblent aujourd’hui au point mort… Et puis, si M. Fritch a reconnu, le 15 novembre dernier, que les hommes politiques ont menti pendant trente ans à propos des essais nucléaires, rappelons tout de même que non seulement Gaston Flosse a poussé son ancien gendre à l’annoncer publiquement en le titillant ouvertement mais, surtout, le président de la Polynésie française avait déjà déclaré en mars 2017, lors des obsèques de Bruno Barrillot (cofondateur de l’Observatoire des armements), que sa prise de conscience sur les conséquences des essais nucléaires français avait été tardive et qu’il avait cru au discours sur la “bombe propre” jusqu’en 2009 et au début des travaux parlementaires sur la loi Morin… On ne peut pas franchement parler de mea-culpa au sens propre du terme, quand cela est servi à la population presque une décennie plus tard.
On retiendra tout de même l’un des trois vœux de Macron ; outre ceux de la dignité et de l’espoir, il souhaite que la vérité soit faite : “On ne bâtit rien sur des mensonges ou des ambiguïtés. (…) Il faut rétablir la confiance démocratique dans la vérité de l’information, reposant sur des règles de transparence et d’éthique. C’est au fond un vœu pour tous d’écoute, de dialogue et d’humilité.” Étonnant pour celui qui aime museler la presse, mais c’est le vœu également de la rédaction de Tahiti Pacifique, qui aspire pour 2019 à des échanges diaphanes avec les différentes institutions gouvernementales du Pays. L’année dernière, notre magazine avait été boycotté des vœux à la presse par l’entourage de M. Fritch. Ironie de l’histoire, le président avait insisté sur sa volonté de mettre fin aux fake news et de rendre aux journalistes leur liberté d’expression. Même si on ne croit plus au Père Noël, on attend cette fois notre carton d’invitation ! Très belle année à tous en compagnie de votre magazine qui fait peau neuve et, bien sûr, meilleurs vœux.

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt