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Projet d'élevage porcin : temps de cochon à Taravao


Vendredi 21 Septembre 2018 - écrit par Luc Ollivier


Tout ne serait-il pas bon dans le cochon ? Si la consommation de porc ne pose pas de soucis aux Polynésiens, celui de son élevage et de son cortège de nuisances sont bien plus problématiques, comme partout ailleurs où un élevage est proche de lieux de résidences. Ainsi, un collectif de riverains s’est créé à Taravao, où un projet est en cours au domaine Hi Upe. Aux arguments économiques s’opposent principalement des arguments écologiques.



Les premiers riverains de Taiarapu-Est ont commencé à se mobiliser contre le projet de la SCEA Polycultures d’un élevage porcin de 1 844 bêtes, dont les travaux de construction doivent débuter avant la fin de l'année. Crédit photo : DR
Les premiers riverains de Taiarapu-Est ont commencé à se mobiliser contre le projet de la SCEA Polycultures d’un élevage porcin de 1 844 bêtes, dont les travaux de construction doivent débuter avant la fin de l'année. Crédit photo : DR
Si l’enquête de commodo et incommodo lancée le 19 juin de cette année est passée inaperçue les premiers jours, une semaine plus tard, les premiers riverains de Taiarapu-Est ont commencé à se mobiliser contre le projet de la SCEA Polycultures d’un élevage porcin de 1 844 bêtes, dont une centaine de truies. Ils se sont rapidement mobilisés dès qu’ils ont eu connaissance du cheminement du promoteur qui tablait sur le calendrier suivant :
- 2e trimestre 2018 : dépôt du permis de terrassement
- 3e trimestre 2018 : obtention du permis et réalisation des travaux de terrassement (avant la saison des pluies)
- 4e trimestre 2018 : obtention du permis de construire et début des travaux des bâtiments d'élevage.
L’enquête terminée le 19 juillet, le maire de Taiarapu-Est a demandé à ce qu’elle soit étendue sur Taiarapu-Ouest, après que l’on s'est aperçu que la zone concernée d’un rayon d’un kilomètre impactait aussi cette commune. À ce jour, cette extension d’enquête, pilotée par la Direction de l’environnement (DIREN), n’a pas encore rendu ses conclusions, des compléments d’informations ayant été demandés au promoteur (qui vient de le faire au début de ce mois)...

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Nucléaire : souriez… vous êtes irradié !

Nucléaire : souriez… vous êtes irradié !
S’il est un sujet qui défraye la chronique en ce début de mois de juin, c’est bien la question explosive des refus d’indemnisations des victimes des essais nucléaires suite à l’amendement dit “Tetuanui”, tant décrié. Si la suppression du “risque négligeable” en 2017 avait été saluée par tous, la réintégration d’un “seuil minimum” ne passe pas… En effet, la modification de la loi Morin réalisée discrètement pendant les fêtes de fin d’année, le 28 décembre dernier, par un amendement inséré au projet de loi de finances 2019 reste en travers de beaucoup de gorges. Concrètement, cette recommandation de la commission “Égalité réelle outre-mer” (Erom), présidée par la sénatrice Lana Tetuanui, qui a été retenue par le gouvernement central puis validée par le Parlement, empêche désormais l’indemnisation des victimes ayant séjourné en Polynésie entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998, dès lors que le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) a établi que la dose annuelle de rayonnements ionisants reçue est inférieure à un milliSievert (mSv). 
Les conséquences sont tombées comme un couperet le 4 juin, lorsque le tribunal administratif a rendu douze jugements concernant des demandes d’indemnisation rejetées. Face à un contexte très tendu, le président du tribunal s’est même fendu d’un communiqué pour expliquer les décisions prises : deux requérants ont obtenu l’annulation de leurs affaires et un droit à l’indemnisation (la veuve d’un ancien employé du CEP décédé d’un cancer du poumon et un ancien militaire atteint d’un cancer de la vessie), mais les dix autres requêtes ont été balayées par la juridiction en raison du “seuil désormais fixé par la loi”.
Eliane Tevahitua, représentante Tavini Huira’atira à l’assemblée de la Polynésie française, n’a pas tardé à charger Lana Tetuanui en qualifiant l’amendement porté par l’élue du Tapura de “scélérat” . Elle a fustigé aussi le gouvernement : “Le Civen se fonde exclusivement sur le tableau dosimétrique de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial, ndlr) placé sous la tutelle du ministre de la Défense, qui, comme par hasard, ne trouve en Polynésie que des niveaux de radioactivité en deçà de 1 mSv après 1974. Monsieur le président, croyez-vous sincèrement qu’un pays comme le nôtre qui a reçu l’équivalent de 800 fois la bombe d’Hiroshima, puisse présenter des niveaux dosimétriques similaires à ceux d’un pays préservé de toute expérimentation nucléaire tel que la France ?”, posant ainsi une question orale au sein de l’hémicycle. S’en est suivi alors un crêpage de chignons, place Tarahoi, lorsque le porte-parole du président, Jean-Christophe Bouissou, a contre-attaqué sans répondre directement en demandant à la représentante souverainiste si elle ne se sentait pas elle-même “coupable de mensonge par omission en oubliant de dire aux Polynésiens que le député Moetai Brotherson (…) était lui aussi membre de la commission Erom”. Et de conclure : “Arrêtez vos niaiseries nuisibles. (…) Les victimes méritent mieux que vos propos nauséabonds.
Au-delà de ces énièmes enfantillages qui ne servent pas la cause, il y a une phrase qui restera dans les mémoires et qui est déjà tristement culte, celle de la même Lana Tetuanui qui affirme : “Quand on connaît les méfaits du tabac, et les risques de cancer que l’on peut développer, il n’appartenait pas à l’État de venir indemniser tous les fumeurs abusifs et ayant contracté le cancer en Polynésie ou à la suite de leur séjour en Polynésie.” Une comparaison pour le moins fumeuse, car la différence majeure, faut-il le préciser, c’est que l’on choisit de fumer, tout comme l’on choisit de consommer du sucre ou boire de l’alcool… mais pas d’être irradié ! La page du nucléaire au fenua est loin d’être tournée.

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique Schmitt