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Quand la passion de la Vérité cultive et promeut le mensonge

Même une écoute distraite du journal télévisé fait sursauter en captant des âneries déguisées en informations quand viennent les cérémonies de commémoration de l’arrivée officielle de l’Évangile à Tahiti. Et ce qu’il y a d’encore plus choquant, c’est la soumission de notre gouvernement aux contre-vérités historiques. Il existe une complicité évidente entre pouvoir religieux et pouvoir politique agissant de concert, en promoteurs de la confusion psychique et du clivage mental.



La religion est une arme dangereuse aux effets pouvant être aussi destructeurs de saine pensée que la radioactivité peut l’être de cellules saines (Temple de Papetoai, Lucien Gauthier, 1910) Crédit photo : Lucien Gauthier
La religion est une arme dangereuse aux effets pouvant être aussi destructeurs de saine pensée que la radioactivité peut l’être de cellules saines (Temple de Papetoai, Lucien Gauthier, 1910) Crédit photo : Lucien Gauthier
Qu’a-t-on besoin de nier que les premiers évangélistes arrivés à Tahiti furent des catholiques, en 1774 ? Pourquoi s’entêter à fêter le 5 mars alors que les missionnaires protestants débarquèrent du Duff le 4 mars 1797 en pensant que c’était le 5 ? Pourquoi la journaliste de Polynésie la 1ère s’est-elle crue obligée de dire avec des trémolos dans la voix, qu’ils furent "accueillis comme des dieux" alors que sur les 16 000 habitants de l’île, seuls une centaine s’était ruée vers le bateau en quête de bonne fortune ? Pourquoi occulter le fait que le principe de royauté est d’origine anglaise et nullement insulaire ? Pourquoi escamoter l’origine étrangère de Tu, que les Anglais définissent à tort roi de Tahiti ? Adopté par le ari’i de Taunoa suite au décès de son fils mort de maladie importée, c’était un conquérant pa’umotu, habituellement défini : inu tai, kai fenua = buveur d’océan, mangeur de terre. Certes, il avait militairement conquis des chefferies grâce, entre autres, à l’aide de déserteurs voire de Cook lui-même. Mais il ne pouvait se prévaloir de ce qui faisait la légitimité politico-religieuse au sein de la société d’alors. Son fils Tu II, marié à une arii, prit le nom de Pō mare = Tousse la nuit en souvenir de sa fille morte en toussant la nuit (de tuberculose sans doute).
Durant vingt ans, la population fut indifférente aux prêches des missionnaires jusque-là petits protégés de Pomare, jusqu’au jour où ils firent alliance pour instaurer un nouveau système politico-religieux où ils seraient les maîtres absolus. C’est ainsi que le ari’i nui ne fut plus investi sur le marae sacralisant la terre, mais au temple protestant, libérant ainsi la terre des interdits traditionnels de cession. Savez-vous que le Code Pomare menaçait de punir de mort toute personne exprimant une nostalgie des temps où elle vivait sa propre culture ? Lisez-le, c’est terriblement édifiant. Quant à la traduction de la Bible… un aumônier juif venu installer des stores à la maison, m’a dit son étonnement devant la proximité entre la langue tahitienne et la langue hébraïque. En fait, selon une stratégie sectaire classique, la langue fut modifiée afin de disqualifier les véritables érudits de la langue et régner plus sûrement sur les esprits par une novlangue de leur fabrication. C’est ainsi que le premier verbe de la Bible est poiete, du grec poiesis = créer ; qui se dit rahu en tahitien.
J’avais été interviewée à la télévision sur la langue et j’ai signalé cette manipulation perverse. Quelques jours plus tard, une amie fréquentant assidûment le temple m’interrogea : Donc si j’ai bien compris, poiete est un mot grec, mais Iehova est bien le dieu tahitien ?
Elle fut si ébranlée d’apprendre que c’était un dieu popa’a importé qui a pris la place de Ta’aroa le dieu tahitien que je lui offris mon livre Le Jour vient de la Nuit où j’ai réuni 22 mythes polynésiens des origines. Ces mythes comme ceux de la Genèse installent et apprivoisent une société dans une région géographique où elle doit s’adapter pour y vivre et survivre. Les récits polynésiens évoquent l’arbre à pain, uru, et ceux des Juifs l’olivier, etc.
Mais en première page de La Dépêche le 6 mars 2019, une croyante déclare : "La Bible, nos origines et nos bourgeons." De toute évidence, le n’importe quoi est à la mode chez nous. C’est ainsi que j’ai appris aussi qu’un théologien mā’ohi, celui à qui nous devons l’utilisation orientée tendancieuse de ce vocable, enseigna que le premier peuple à recevoir la Bible et l’Évangile fut le peuple polynésien qui serait la 13e tribu d’Israël… Selon lui, cette prééminence d’élus de Dieu fut retirée aux Tahitiens quand ils érigèrent des marae pour y adorer des idoles et faire des sacrifices humains… Mais dans sa grande bonté, Dieu leur ramena l’Évangile en 1797 ! Eh bien oui ! Cette ahurissante théorie a ses adeptes.
L’on peut alors comprendre pourquoi, pour désigner le sexe, l’Académie tahitienne privilégie le mot hébreu : eben = pierre, prononcé ’āpeni !!! Comme si d’utiliser le mot tahitien d’origine, était sale, vulgaire. Des psy chargés d’étudier et soigner les désordres sexuels de notre société seraient sans doute intéressés par cette tartufferie bien-pensante touchant aux pulsions de vie trop souvent dévoyées en pulsions de mort.
Décidément, la religion est une arme dangereuse aux effets pouvant être aussi destructeurs de saine pensée que la radioactivité peut l’être de cellules saines.
Mais il existe des remèdes à ces dégâts de l’âme et de la pensée fabriquant des faux-selfs, des fausses personnalités se contredisant doctement d’une phrase à l’autre et brandissant l’exclusion racialo-religieuse comme condition nécessaire et suffisante pour occuper des postes hautement rémunérés, se faire absoudre de déviances caractérisées et s’absoudre d’une confusion mentale évidente. Le premier remède est d’accepter qui l’on est dans ses origines plus ou moins glorieuses ou modestes et y compris coupables. Nous ne sommes pas responsables de nos ancêtres, mais les connaître nous permet de nous libérer d’éventuelles tendances perverses. Il est urgent de cesser la maltraitance psychique de discours incohérents.
Comment ne pas penser au scandale des bonbonnes de produits toxiques qui n’auraient jamais dû se trouver dans le bateau Kua Ora quand il fut coulé ? Je connais les responsables désignés, dont j’ai pu apprécier l’honnêteté et le dévouement.
Il appartient aux hommes et femmes politiques, chargés de gouverner, de prendre la mesure des dangers de certains produits et de veiller à ce que les agents puissent accomplir correctement leur travail. Une formation et un contrôle continus des connaissances devraient être dispensés aux personnels en contact momentané ou régulier avec ces produits. Un inventaire et une évaluation des risques devraient être menés tout aussi régulièrement là où des produits dangereux sont manipulés et stockés. Une politique de traitement, neutralisation et élimination devrait exister. Autrement, ce serait trop facile de tomber à bras raccourcis sur des lampistes compensant comme ils peuvent les défaillances politiciennes.

Vendredi 22 Mars 2019 - écrit par Simone Grand


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De l’art de se compliquer la vie

De l’art de se compliquer la vie
L’art de se créer des problèmes quand les champs politique et économique sont dégagés est-il l’apanage de nos élus ? Certainement pas, mais quand même. Il faut leur reconnaître une propension à se crêper le chignon à la moindre occasion, à la moindre contrariété, un peu comme des enfants gâtés. Et l’actualité de ces derniers jours ne viendra pas démentir nos écrits. Les chiffres de l’économie tombent et chaque trimestre apporte un peu plus de crédit à la reprise. Pour les plus sceptiques, pas de "Moody’s Blues", car l’agence internationale y va de son "A3 avec perspective positive", une note que n’a jamais atteinte le Pays. Il a commencé à redistribuer, majoritairement envers les communes, pas moins de 5 milliards de Fcfp. Tout va donc pour le mieux en Polynésie française ? Eh bien, non ! Une crise chasse l’autre, et la politique remplace l’économique.

Dire que des tensions ont vu le jour au sein du Tapura est un doux euphémisme. Et si la maison ne brûle pas encore, Édouard Fritch va devoir jouer les pompiers de service. Des flammèches sont apparues, tout d’abord avec les parlementaires polynésiens à Paris. Ils ont peu goûté – et l’ont fait savoir – de n’avoir pas été consultés lors du soutien du Tapura à La République en Marche (LRM) pour les élections européennes de mai. On imagine leurs explications embarrassées sur les bancs de l’Assemblée ou du Sénat avec leurs pairs centristes. Comme un retour de flamme, l’initiative de la députée Maina Sage : elle a obtenu de l’Assemblée nationale un changement du texte initial sur la reconnaissance du fait nucléaire par l’État, modifiant le terme "contribution" par celui de "mise à contribution". "Le débat nucléaire devrait nous rassembler, il ne devrait pas y avoir de débat sémantique", a déclaré en retour le président Fritch, qui assure avoir laissé faire sa députée…
Outre les parlementaires, c’est ici même, à l’assemblée de la Polynésie française (APF), que le ton est monté au sein des représentants de la majorité pour se mettre d’accord sur la composition des commissions et, notamment, pour choisir leurs différents présidents.
 À tel point que le bruit de la création d’un nouveau groupe politique à l’APF a couru dans les couloirs. Des élus se sont émus des méthodes de management d’Édouard Fritch. Faut-il voir l’intégration d’Angelo Frebault, représentant banni du Tahoera’a, comme une réponse à ces mouvements d’humeur ? Toujours est-il qu’avec maintenant 40 représentants sur 57, le Tapura est en capacité de faire face à quelques grognements, voire à des menaces. 
Quant à l’opposition, elle se gausse. Mais est-elle également à la hauteur de ce que les citoyens attendent de leurs politiques ? Le député Tavini Moetai Brotherson partageait sur un réseau social : "Voilà donc le Tapura qui siège à l’UDI, après avoir soutenu Juppé et Fillon (Les Républicains), mais qui soutient aujourd’hui LRM aux Européennes... Mais dont un membre éminent est accessoirement secrétaire territorial des "Républicains"..." Son parti, après s’être rapproché en d’autres occasions du Parti socialiste, fait aujourd’hui cavalier seul et va même plus loin : il organise son propre scrutin, en appelant la population à déposer des bulletins faits maison "Maohi Nui" dans les urnes des élections européennes ! Quant au Tahoera'a, plutôt discret, il la joue retour au bercail, avec une demande de soutien à la liste des Républicains, après avoir soutenu, il y a deux ans, la candidate Marine Le Pen ! 
J’allais oublier, cerise sur le gâteau, l’arrivée de "The Polynesian Kingdom of Atooi", un gouvernement autoproclamé avec, à sa tête, le roi Ali’i Nui Aleka Aipoalani, qui vit à Hawaii. Les Pakumotu ne sont donc plus seuls !

Les années passent et on a l’impression de vivre toujours la même histoire, sur le fenua. Pathétique ou comique, c’est selon…

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier