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Quel avenir pour les ailes du fenua ?


Vendredi 4 Décembre 2020 - écrit par Julien Sartre


Le gouvernement central a promis des aides en direction des compagnies aériennes des territoires d’Outre-mer. Air Tahiti Nui est concernée, mais son avenir est tout de même incertain. C’est surtout l’avenir du secteur, la fin des restrictions de déplacements et la reprise du trafic qui signifieront la fin des turbulences.



Crédit photo : Greg. Boissy
Crédit photo : Greg. Boissy
Un billet d’avion pour Tahiti est-il un “motif de déplacement dérogatoire” ? Cette question obscure, qui aurait parue absurde il y a quelques mois seulement, était au cœur de discussions et d’arguties acharnées entre les autorités françaises d’une part et les responsables de compagnies aériennes d’autre part.
Oui, les touristes peuvent venir à Tahiti et oui, le fait d’avoir un billet pour Tahiti constitue un motif dérogatoire contre les règles de confinement pour se rendre à l’aéroport Charles-de-Gaulle”, répétait encore récemment Michel Monvoisin, président-directeur général d’Air Tahiti Nui (ATN), dans des interviews à des médias spécialisés et d’autres paraissant au fenua.
Non, pour l’instant, le plus gros problème a résidé dans le fait qu’il n’y a pas de case « tourisme » ou bien « je vais voir ma famille dans un territoire d’Outre-mer » à remplir sur une attestation afin afin de se rendre à l’aéroport”, répond pour sa part le gouvernement français, contacté par Tahiti Pacifique Magazine.
Le plus grand flou entoure encore ce qu’il est possible de faire ou non afin de contourner les règles de confinement en vigueur en France, valables encore plus de dix jours. Dix jours. Une éternité pour des compagnies, dont ATN, terriblement éprouvées par la chute drastique du trafic aérien. Seulement 35% des vols réguliers sont encore effectués à l’échelle mondiale, selon des estimations locales françaises et internationales. “Nous, territoire du Pacifique, on se sent un peu oubliés, rappelait Michel Monvoisin, auditionné récemment à l’Assemblée nationale par les députés de la délégation aux Outre-mer. Je n’ai été convié à aucune réunion de suivi de la situation de crise. Je sais bien que nous sommes loin et que nous avons un statut particulier mais, de ce fait, nous sommes exclus de beaucoup de droits...

Dans le monde entier, les plans massifs de soutien aux compagnies aériennes se sont en effet multipliés, mais les énormes compagnies nationales, internationales, ont été aidées en premier. Au ministère des Outre-mer, on confirme dans un premier temps “suivre très attentivement le dossier des compagnies aériennes. Des discussions sont en cours”. Elles portent notamment sur une enveloppe de 66 millions d’euros (plus de 7,8 milliards de Fcfp, sous forme d’un Prêt garanti par l’État. Ce dispositif est réclamé notamment par la députée Maina Sage, citée par nos confrères d’Air Journal, qui rappelle que la compagnie “a elle aussi un intérêt stratégique pour le fenua et pour l’État”. Avoir des ailes et ne pas se les voir couper représente en effet tout l’enjeu du suivi de cette crise pour ATN.


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La mémoire des essais nucléaires au risque d’Alzheimer…

Après la publication de notre dossier consacré à une arnaque au tapa “made in Thailand” envahissant le marché polynésien (lire TPM n° 445 du 18 décembre 2020), qui a suscité l’indignation dans le monde de la culture, le soutien du Pays affiché aux artisans quelques jours plus tard devant les médias étonne pour ne pas dire détone… En effet, le gouvernement a laissé filer un trafic de “faux tapa” qui inonde depuis une vingtaine d’années les curios, les musées et même aujourd’hui certains hôtels de luxe, mais il n’hésite pas à s’afficher fièrement en grand défenseur des artisans pour une opération lancée dans les magasins Carrefour et Champion pour les fêtes de fin d’année. Cherchez l’erreur…

Autre actualité qui nous fait dresser les poils, au rayon des archives militaires cette fois : l’historien Jean-Marc Regnault nous alerte sur la récente complexification de l’accès des documents dont la communication porte atteinte au secret de la défense nationale. Alors que la loi du 15 juillet 2008 relative aux archives, inscrite dans le code du patrimoine, prévoyait un délai de cinquante ans pour autoriser leur consultation, une révision des dispositions en 2011 a précisé que tout document portant un marquage “Secret Défense”, dit “classifié au titre du secret de la défense nationale”, devait être déclassifié par l’autorité compétente avant communication… Eh bien figurez-vous que la situation s’est aggravée depuis 2020 en raison d’une interprétation de plus en plus restrictive de cette instruction interministérielle, qui a entraîné le blocage de nombreux fonds aux Archives nationales, aux Archives du Centre d’histoire de Sciences Po à Paris, comme aux archives de la Défense. En clair, cela signifie que des documents qui étaient librement communicables et communiqués, des documents qui avaient été publiés dans de nombreux livres d’Histoire, sont désormais… inaccessibles ! C’est l’objet de notre dossier de Une pour ce premier numéro de l’année (lire pages 14 à 16). Pourquoi l’État poursuit-il sa politique de l’autruche et fait tout pour cacher la vérité historique ? Y aurait-il tant de secrets inavoués et inavouables ? La reconnaissance du fait nucléaire serait-elle un perpétuel combat ? D’ailleurs, y aura-t-il jamais un Centre de mémoire des essais en Polynésie ? La question est posée.

Enfin, parce que nous aimons aussi vous faire vous évader, retrouvez notre portrait haut en couleur de Titouan Lamazou (lire pages 18 à 25). Artiste talentueux et navigateur insatiable, celui qui a été piqué au tiare il y a plus de quarante ans déjà a décidé de poser l’encre et les pinceaux au fenua. Découvrez un homme d’exception, qui confie avoir une “empathie sociale congénitale”, mais également un peintre de génie, qui a eu à cœur de créer une gamme de produits dérivés de ses œuvres privilégiant une coopération locale avec l’ambition d’une production 100% “made in Tahiti. Un bel exemple d’énergie positive, dont nous devrions nous inspirer. Toute la rédaction de Tahiti Pacifique vous souhaite, chers lecteurs, une excellente année et vous adresse ses meilleurs vœux pour 2021.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT