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Quelle est la bonne attitude ?



L’épidémie de Covid-19 a réveillé les bribes de récits cauchemardesques de grands-parents ayant vécu les horreurs de la grippe dite espagnole. Crédit photo : DR
L’épidémie de Covid-19 a réveillé les bribes de récits cauchemardesques de grands-parents ayant vécu les horreurs de la grippe dite espagnole. Crédit photo : DR
Il y a des situations où, quoi que l’on fasse, dise et décide, eh bien c’est nul. Pour l’heure, concernant le coronavirus, nos gouvernants assurent, ici et en Métropole. Les jours et nuits d’après viennent valider une décision d’agir, non agir, comme si ou comme ça. L’on peut constater qu’après avoir réuni le maximum de données sur les expériences vécues et en train de se vivre sur notre planète, nos gouvernants ont adopté une méthode garantissant une marge d’erreur somme toute assez réduite. Sur l’échelle d’appréciation entre : excellent, bon, moyen, inutile, inappropriée, bof ! ou catastrophique, nous pouvons constater que nous sommes plutôt bien gouvernés. Et nous pouvons nous réjouir de notre système de santé où chacun peut recevoir des soins de qualité, quelle que soit sa situation sociale. Nos prédécesseurs nous ont légué cela, nous en bénéficions et il nous appartient de le transmettre en bon état aux générations suivantes.

Ce constat réjouissant fut toutefois précédé d’une période anxiogène, inquiète où l’on éprouvait par moments l’impression de se trouver dans une situation où tous les repères familiers se dérobent, où plus rien ne rassure. Un peu comme dans L’Ange exterminateur, ce film de Luis Buñuel narrant une réception de la haute société mexicaine dans une somptueuse villa où les invités, vêtus de leurs plus luxueux atours, tout à coup ne pouvaient plus en sortir. Et où l’on assiste à une lente tombée de masques… vers une aube blême d’où tous ressortent sonnés, hagards.

Cette épidémie de Covid-19 a aussi réveillé les bribes de récits cauchemardesques de grands-parents ayant vécu les horreurs de la grippe dite espagnole. Les survivants ont tenté d’oublier le spectacle des corps empilés sur des charrettes, déversant à la hâte leurs funèbres cargaisons dans des charniers pour s’en repartir, poursuivre leur sinistre et salutaire collecte macabre dans les rues, les rivages et les vallées. C’était un temps où les vaccins, sulfamides, antibiotiques, antiseptiques et autres traitements n’existaient pas encore. Les survivants ont peu raconté cette matérialisation des plus morbides et terrifiantes hallucinations.

Chacun s’est évertué à s’inscrire à marche forcée dans un présent que certains visiteurs exigeaient d’être paradisiaque et souriant, languide et nonchalant. Pour faire plaisir l’on a chanté et dansé. Poursuivant somme toute les injonctions du Code Pomare (deuxième du nom) qui faisait planer la peine de mort sur toute personne "au sommeil agité"… Si certains n’arrivaient pas à dormir, c’est qu’ils auraient fait semblant d’être chrétiens (sic). Et de faire semblant, méritait la peine de mort ! sauf grâce accordée par le roi… (Je n’invente pas)

Tout laisse penser que les "holocaustes microbiens" (B. Leroy-Ladurie) continuent à palpiter en sourdine, en flashs douloureux, s’immisçant dans l’étude de dossiers de terres familiales où s’impose le constat des litanies de décès enregistrés en ce funeste mois de décembre 1918.
C’est comme si des morts bougeaient encore. En cette période de traitement intensif de dossiers par le tribunal foncier, les enfin partages et sorties d’indivision ressemblent parfois à d’ultimes saluts à des successions d’ancêtres malmenés depuis l’arrivée de Wallis en baie de Matavai. C’est en effectuant une recherche sur les soins traditionnels, à 57 ans en l’an 2000, que j’ai appris non seulement l’existence de ces calamités déversées, mais aussi l’immensité de leur importance. Ce fut essentiel dans la formation de l’identité des survivants. Le silence qui fut et est de mise dans la description de notre société insulaire n’est pas anodin non plus. Semble enfin venu le moment de regarder ce passé dans le détail avec exigence et compassion pour transmettre, en même temps qu’un récit sans fard, ce qui reste des terres ancestrales (sauvées des indélicats accapareurs), aux mains des arrière-arrière-arrière-petits-enfants. Une dame s’est exclamée : "Pourquoi n’existe-t-il pas de mémorial pour tous ces gens inhumés sans cérémonies d’au revoir ?" Jusqu’à présent, chacun s’évertuait à faire comme si rien de tout cela n’avait existé et qu’au contraire tout avait été paradisiaque… Or chacun sait que les secrets de famille sont sources de désordres dans les générations maintenues dans l’ignorance de leur Histoire. Un mémorial et des récits pluriels pourraient en effet participer d’une salutaire psychothérapie de groupe pour enfin, tourner la page des réalités travesties, dissimulées, brouillées. Rien de tel qu’un grand ménage pour assainir l’atmosphère et réorganiser sa vie sur des bases nouvelles.

Les maladies furent les principales alliées des conversions fondées sur la diabolisation des origines, le reniement de la culture insulaire avec la manipulation d’une langue désormais déracinée sur place. Hors sol. Traumatismes successifs aux effets observables encore aujourd’hui et qui pourraient bien l’être aussi longtemps que l’on n’aura pas pris la peine de les traiter de manière sereine, déterminée et méthodique. Vaste chantier où l’imposture doit être traquée démasquée et leurs actes neutralisés. Il y a urgence à recourir aussi à des professionnels laïcs de langues en danger de disparition. Devenue langue sacrée sur le modèle religieux sémitique, la langue tahitienne désormais ordonne, contraint, se prête aux incantations, malédictions, mais ne sait plus tisser les savoureux liens de vie charnelle, intellectuelle, amoureuse, humoristique et de cette spiritualité singulière aux Océaniens.

Il ne suffit pas d’être originaire de… pour être compétent. Il est absolument essentiel d’accepter ne pas savoir, de lâcher prise pour se lancer dans la grisante aventure de la reconquête de ses langues insulaires qui ont su différencier le sacré du profane, le cérémonieux du paillard, la soumission de l’impertinence.
En ce moment, se saluer classiquement par des bises et serrements de mains est devenu source de danger de contamination et donc fortement déconseillé. C’est avec amusement que j’ai observé du personnel soignant de l’hôpital du Taaone s’adonner à un nouveau rituel où pieds et coudes se touchent et s’éloignent pour permettre aux fesses de se rencontrer avec élégance. C’est si charmant que l’on sourit et se détend si bien que le soin médical, effectué toujours avec le plus grand sérieux, se fait sans anicroche car l’appréhension s’en est allée.
J’aime cette jeunesse qui défie la psychose mondiale par l’humour d’une chorégraphie inédite.
Quelque part, sans le savoir, ils rendent hommage à Coco Hotahota et à toutes celles et ceux qui s’évertuent à faire vivre la danse même s’il est exceptionnel d’en vivre.

Vendredi 20 Mars 2020 - écrit par Simone Grand


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Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !
La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT