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Réhabilitation de Pouvana’a a Oopa : il faut réécrire l'histoire


Vendredi 16 Novembre 2018 - écrit par Luc Ollivier


Le 25 octobre dernier, la nouvelle très attendue de la réhabilitation de Pouvana’a a Oopa trouvait un écho retentissant dans toute la Polynésie française. L’histoire de cet homme politique condamné injustement en 1959 vient d’être réécrite par la Cour de révision. Il serait dès lors bienvenu que les plaques commémoratives rédigées en reo tahiti et en français au pied de sa stèle devant l’assemblée de Polynésie soient, elles aussi, révisées. Et aux frais de qui ?



Illustration : Hotu Painu
Illustration : Hotu Painu
L’émoi fut grand, et surtout pas feint, le 25 octobre dernier quand la Cour de révision a annulé la condamnation à la prison et à l'exil de Pouvana’a a Oopa, le Metua, considéré par l’ensemble de la classe politique comme le père de l'autonomie et du nationalisme polynésien. Ce parlementaire, décédé en 1977, avait été accusé il y a soixante ans d'avoir donné l'ordre d'incendier Papeete. Il avait été condamné le 21 octobre 1959 – un an après son arrestation – à huit ans de prison et à quinze ans d'exil pour complicité de destruction volontaire et détention d'armes, un "coup monté" et une condamnation "politique", ont toujours dit ses partisans.
Estimant qu'il "existe des faits nouveaux et éléments inconnus de la juridiction lors du procès de nature à créer un doute sur la culpabilité de Pouvana'a a Oopa", la Cour de révision a annulé sa condamnation, mais aussi déchargé sa mémoire.
La Cour de révision et de réexamen avait été saisie en juin 2014 d'une requête de la garde des Sceaux d'alors, Christiane Taubira. Elle répondait à une demande de l'assemblée de Polynésie, qui avait voté à l'unanimité une motion en ce sens après le travail de recherches de l’historien universitaire Jean-Marc Regnault. "Joie", "bonheur", "fierté", ont été les premiers mots des arrière-petits-enfants de Pouvana’a a Oopa présents à Paris, avant que la classe politique ne leur emboîte le pas avec plus ou moins de nuances.

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Des vœux mais pas de mea-culpa…

La fin de l’année 2018 a été marquée par la traditionnelle – et soporifique – cérémonie des vœux du président de la République française. Sans surprise, Emmanuel Macron reste davantage le chef de l’État du “qu’ils viennent me chercher” que celui du mea-culpa. Dans un discours long d’une quinzaine de minutes, presque auto-thérapeutique, Macron, debout et droit comme un “i” face à la caméra, ne se remet pas une seule fois en question. Si le jeune loup admet que “l’année 2018 ne nous a pas épargnés en émotions intenses de toute nature”, il considère que la colère des Français exprimée avec le mouvement des Gilets jaunes “venait de loin” et a éclaté en raison notamment d’un “système administratif devenu trop complexe et manquant de bienveillance”. Il évoque des “changements profonds qui interrogent notre société sur son identité et son sens”, sans porter à aucun moment la responsabilité des événements. Il n’hésite pas cependant à affirmer que “l’ordre républicain sera assuré sans complaisance”. Une attitude plutôt hautaine pour le leader de la cinquième puissance économique mondiale qui n’a pas su toucher le cœur du peuple. Alors que sa venue au fenua était programmée en février puis en mars prochain, avec pour objet principal un sommet France-Océanie, aucune date n’est arrêtée pour l’heure.
Aussi, sur le plan local, les vœux d’Édouard Fritch n’ont pas réussi à convaincre non plus. Succinct, son laïus a été axé sur la prévention sociale : “Nous sommes trop souvent les témoins de drames familiaux, de morts sur la route, en raison de la consommation d’alcool ou de drogue. Ce sont de véritables fléaux. Le surpoids, le diabète et ses graves conséquences sanitaires sont un autre fléau. Nous renforcerons nos campagnes de prévention.” Il était temps. A contrario, pas un mot sur les grands chantiers en cours, comme ceux du Village tahitien ou de la ferme aquacole de Hao, deux projets qui semblent aujourd’hui au point mort… Et puis, si M. Fritch a reconnu, le 15 novembre dernier, que les hommes politiques ont menti pendant trente ans à propos des essais nucléaires, rappelons tout de même que non seulement Gaston Flosse a poussé son ancien gendre à l’annoncer publiquement en le titillant ouvertement mais, surtout, le président de la Polynésie française avait déjà déclaré en mars 2017, lors des obsèques de Bruno Barrillot (cofondateur de l’Observatoire des armements), que sa prise de conscience sur les conséquences des essais nucléaires français avait été tardive et qu’il avait cru au discours sur la “bombe propre” jusqu’en 2009 et au début des travaux parlementaires sur la loi Morin… On ne peut pas franchement parler de mea-culpa au sens propre du terme, quand cela est servi à la population presque une décennie plus tard.
On retiendra tout de même l’un des trois vœux de Macron ; outre ceux de la dignité et de l’espoir, il souhaite que la vérité soit faite : “On ne bâtit rien sur des mensonges ou des ambiguïtés. (…) Il faut rétablir la confiance démocratique dans la vérité de l’information, reposant sur des règles de transparence et d’éthique. C’est au fond un vœu pour tous d’écoute, de dialogue et d’humilité.” Étonnant pour celui qui aime museler la presse, mais c’est le vœu également de la rédaction de Tahiti Pacifique, qui aspire pour 2019 à des échanges diaphanes avec les différentes institutions gouvernementales du Pays. L’année dernière, notre magazine avait été boycotté des vœux à la presse par l’entourage de M. Fritch. Ironie de l’histoire, le président avait insisté sur sa volonté de mettre fin aux fake news et de rendre aux journalistes leur liberté d’expression. Même si on ne croit plus au Père Noël, on attend cette fois notre carton d’invitation ! Très belle année à tous en compagnie de votre magazine qui fait peau neuve et, bien sûr, meilleurs vœux.

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt