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Rentrer au fenua : un si long chemin…


Vendredi 26 Juin 2020 - écrit par Julien Sartre


Il reste moins de 300 personnes bloquées loin du fenua : les deux derniers vols de rapatriement assurés depuis Paris par Air Tahiti Nui (ATN) sont supposés les ramener sans encombre. En revanche, une nouvelle catégorie de voyageurs est concernée par la crise des transports engendrée par la crise sanitaire.



Crédit photo : Julien Sartre
Crédit photo : Julien Sartre
”Ramenez-nous !" Cela a pris du temps, les conditions ont parfois été très dures, mais leur appel a été entendu : la majorité de ceux qui étaient bloqués loin du fenua par la pandémie de Covid-19 ont pu être ramenés chez eux, en Océanie. "Au début de la crise sanitaire, nous avions environ 1 500 personnes qui voulaient rentrer en Polynésie française et se trouvaient complètement empêchés, dans des situations parfois de grande détresse sociale et/ou psychologique", confirme la Délégation de Polynésie française à Paris, contactée par Tahiti Pacifique.
L’institution, dirigée par la déléguée Caroline Tang, a joué un rôle important dans le recensement des étudiants et des résidents bloqués. Elle était en lien avec le haut-commissariat en Polynésie française et la Délégation interministérielle à l’égalité des chances des Français d’Outre-mer, à Paris. "La vie de beaucoup de personnes a été bouleversée et notre travail a été de mettre en relation la cellule de crise du haut-commissariat avec celles et ceux qui étaient le plus en difficulté, se souvient un fonctionnaire des services de la Délégation de Polynésie française...

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Comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ?

Après avoir reçu une gifle par un jeune habitant de la Drôme au cri d’un slogan royaliste “Montjoie ! Saint-Denis !” et “À bas la Macronie”, comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ? Que lui réservent les Polynésiens lors de sa venue probable du 25 au 28 juillet : un collier de fleurs ou le balai nī’au ? Toutes les associations de défense des victimes des essais nucléaires (hormis l’association Tamarii Moruroa), ainsi que l’Église protestante mā’ohi ont refusé de participer à la Table ronde organisée les 1er et 2 juillet, à Paris. En outre, des manifestations d’envergure sont prévues à Tahiti, les 2 et 17 juillet, respectivement aux dates anniversaires des tirs atomiques en 1966 et 1974. Le récent passage de “Sébaston”, ministre des “colonies françaises” (euh… des Outre-mer), censé préparer le terrain pour le Président, n’aura pas vraiment réussi à calmer les esprits. Aussi, il se murmure dans les couloirs de Radio cocotier que “Manu 1er” aurait demandé à notre champion Henri Burns de l’initier à la boxe…

À l’heure où nous mettions sous presse, nous ne connaissions pas encore les conclusions de cette Table ronde de “haut niveau”. Nous espérons tous que les discussions ne tourneront pas en rond et que la délégation polynésienne emmenée par “Doudou” saura aller droit au but. Éprise de “vérité et justice”, Moruroa e tatou a regretté que la proposition de loi du député Moetai Brotherson “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” ait été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée par la majorité présidentielle. “Vous vous rendez compte, seuls 80 députés présents sur 577 que compte l’Assemblée nationale ont voté. C’est une insulte à ce pays. C’est une insulte à ce peuple qui a souffert, à ceux qui nous ont précédés et à ceux qui vont nous succéder”, a considéré Hirohiti Tefaarere, le président de l’association. Tout cela n’est pas de très bon augure, mais rien n’est encore fait, et le séjour du chef de l’État pourrait réserver son lot de surprises et d’annonces.

Macron sera le sixième président de la République française en visite en Polynésie (voir notre rétrospective pages 16 à 27). Lorsque François Hollande était venu en 2016, notre rédaction l’avait interpellé sur notre titre de couverture : “Elles sont où vos promesses, M. Hollande ?”. S’il avait fait part de sa “reconnaissance” et s’était engagé à des “réparations”, force est de constater que très peu de Polynésiens ont obtenu des indemnisations. Aujourd’hui, c’est un grand Pardon de Peretiteni qu’attend la population et, bien sûr, des actes concrets plutôt que des paroles en l’air. Si l’illustre poète polynésien Henri Hiro était encore parmi nous, il n’aurait pas manqué de l’interpeller avec ces mots : “Si tu étais venu chez nous, nous t’aurions accueilli à bras ouverts. Mais tu es venu ici chez toi, et on ne sait comment t’accueillir chez toi”… Alors, “Manu 1er” saura-t-il redescendre de son trône et écouter les Polynésiens pour mieux les comprendre, et enfin les entendre ? Nous l’espérons tous de tout cœur. En attendant, Tahiti Pacifique profite du mois de juillet pour faire sa trêve annuelle : rendez-vous donc en août !

Dominique SCHMITT