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Santé mentale en Polynésie : en souffrance, la population est de plus en plus malade…


Vendredi 29 Novembre 2019 - écrit par Dominique Schmitt


Augmentation des troubles psychiques, addictions en hausse, proportion alarmante des violences intrafamiliales, problématique de la dépression, taux de suicide qui ne régresse pas… La santé mentale de la population va de plus en plus mal en Polynésie. Pour faire face à ces fléaux qui se développent et gangrènent notre société, le département de psychiatrie manque de moyens humains et de structures d’accueil, puisque le taux d’occupation a atteint 120 % en 2017 au Centre hospitalier ! Un Plan de santé mentale 2019-2023 est enfin en marche, avec notamment, parmi les objectifs fixés par le gouvernement pour les cinq prochaines années, l’amélioration de la vie quotidienne des familles.



 À terme, l’objectif est d’offrir aux patients des soins médicaux hors les murs de l’hôpital. Crédit photo : Dominique Schmitt
 À terme, l’objectif est d’offrir aux patients des soins médicaux hors les murs de l’hôpital. Crédit photo : Dominique Schmitt
Les troubles mentaux représentent cinq des dix principales causes de morbidité dans le monde, apprend-t-on à lecture du Plan de santé mentale 2019-2023 "Agir ensemble pour le bien-être en Polynésie". Le nombre de cas augmente plus particulièrement dans les pays en développement en raison du vieillissement de la population et de l’urbanisation rapide, deux phénomènes que l’on retrouve au fenua. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la santé mentale comme “un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés de la vie, de travailler avec succès et de manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté”. Outre les facteurs sociaux et environnementaux, la santé mentale dépend également de la capacité de l’individu à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne grâce à ses propres "compétences psychosociales".

Afin de faire un état des lieux de la situation, nous sommes allés à la rencontre de Stéphane Amadéo, chef du département de psychiatrie au Centre hospitalier de Polynésie française (CHPF) et président de l’association SOS Suicide (lire son interview page 21). Son constat est sans appel : "On part d’un grand retard, car nous avons peu de moyens par rapport à la Métropole. Nous avions en effet trois à quatre fois moins de moyens en ce qui concerne le nombre de psychiatres, de lits, de personnels, de structures... Donc, pendant longtemps, des rapports ont été faits, il y a eu des demandes tous les ans, et puis, il se trouve que l’an dernier, cela a porté ses fruits ; on a réussi à obtenir pas mal de choses. Nous avions également réalisé une enquête sur la santé mentale en 2015 et 2018 où l’on a montré quand même des chiffres assez inquiétants, il faut bien le dire, des troubles psychiatriques existant dans la population, avec un risque suicidaire élevé, des troubles assez importants et un faible recours aux soins, qui était en partie dû au manque de structures et au manque d’offres…".

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Délinquance : peut-on se réjouir de chiffres qui sont “dans la moyenne nationale” ?

Délinquance : peut-on se réjouir de chiffres qui sont “dans la moyenne nationale” ?
À l’heure du bilan à mi-parcours du Plan de prévention de la délinquance 2018-2020, on ne vous cache pas notre étonnement en prenant connaissance des résultats donnés par l’État et le Pays, même si, en cette période préélectorale, plus grand-chose ne nous surprend. Et puis, on le sait, il est facile de “faire parler” les chiffres. Concrètement, la cinquième réunion plénière du Conseil territorial de la prévention de la délinquance annonce une diminution des faits constatés dans quasiment tous les secteurs. Ainsi, les atteintes volontaires à l’intégrité physique resteraient stables entre 2018 et 2019 ; idem pour les atteintes aux biens ; le nombre d’accidents et de blessés sur les routes aurait également baissé, etc. Mais si l’on analyse ces données de plus près, on s’aperçoit en réalité qu’elles sont floues, puisque l’on compare parfois les
douze mois de l’année 2018 avec la période de janvier à septembre (neuf mois) pour l’année 2019. Par exemple, il est indiqué que
3 femmes et 1 homme ont été tués à la suite de violences conjugales en 2018” contre “2 femmes depuis le début de l’année 2019”. Ou encore : “Au 31 octobre 2019, on recense 29 tués contre 30 tués à la même période en 2018, soit une baisse de -3,3 %”. Personne ne sait comment vont évoluer ces statistiques d’ici la fin de l’année…

D’une part, ces méthodes de calcul ne semblent pas permettre de tirer des conclusions précises et, d’autre part, on ne peut pas se réjouir de ces mauvais chiffres. Toutefois, le haut-commissaire a résumé (relativisé ?) la situation en ces termes : “Sur les atteintes aux biens, nous sommes plutôt en dessous de la moyenne nationale, sur les violences aux personnes, nous sommes dans la moyenne nationale et en-dessous de certains territoires ultramarins.” Cette démarche, consistant à se baser sur le ratio national, est-elle appropriée ? Nous en doutons fortement. Cela nous fait amèrement penser à l’anecdote cocasse que nous avons vécue en 2018 alors que nous menions des investigations sur l’augmentation des nuisances sonores et la montée de la violence chez les jeunes au fenua. Bien que le commissaire divisionnaire de la Direction de la sécurité publique était d’accord pour échanger sur ces thèmes épineux, l’ancien responsable de la communication du haussariat – qui a été débarqué entre-temps, car mis en examen pour complicité de trafic d’influence active, aux côtés de Bill Ravel – nous avait fait comprendre, en “off”, qu’il n’y avait “pas de sujet”… Nous lui avons prouvé le contraire en publiant deux dossiers de fond sur ces problématiques irréfutables (lire TPM n° 389 du 7 septembre 2018 et TPM n° 391 du 5 octobre 2018), qui nous ont valus de très bons retours.

Dominique Sorain a cependant jugé “préoccupante” l’augmentation des trafics de drogue et notamment d’ice. Et pour cause, il y a urgence lorsque l’on voit le nombre effarant de saisies effectuées par les douanes locales ! M. Édouard Fritch, lui, a proposé “la création très prochaine d’une Délégation à la promotion de la jeunesse et à la prévention de la délinquance”, qui sera dirigé par l’homme à la chemise mauve (Teiva Manutahi), mais aussi “une intensification des moyens de lutte contre le trafic de plus en plus inquiétant de l’ice”. Sauf qu’il n’y a toujours pas de centre de désintoxication à Tahiti, malgré la mise en place d’un Plan de santé mentale 2019-2021 qui s’avère de plus en plus nécessaire (lire notre dossier de Une en page 16)… En l’absence donc d’un pôle de santé mentale, un projet de postcure devrait être enfin examiné lors du prochain collectif budgétaire. Les quatre priorités identifiées dans le cadre du plan biennal (la lutte contre les addictions, la prévention de la délinquance des mineurs, la réduction des violences intrafamiliales et la lutte contre l’insécurité routière) doivent être poursuivies sans relâche. Il suffit de sortir de chez soi, d’observer et de constater que tous ces sujets sont malheureusement de plus en plus d’actualité dans une société marquée par des inégalités sociales croissantes. Quant aux addictions aux drogues dures, ne sont-elles pas le reflet d’une jeunesse en manque de repères et d’accompagnement, prête à exploser à la figure de ses aînés telle une cocotte-minute ? Il est grand temps d’agir avant que la gangrène ne poursuive son œuvre !

Ensemble, faisons bouger les lignes !
Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt