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Satisfaction ?



Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Les élections se suivent sans forcément se ressembler même si nombre d’acteurs tentent soit d’interpréter le même rôle soit de s’en démarquer totalement pour faire oublier leurs précédentes prestations pas toujours glorieuses. Mais nos chaînes télé ne sont pas vachardes envers les politiciens qu’elles ne cherchent pas à déstabiliser en rediffusant systématiquement les propos et images d’hier. Elles ne le sont pas non plus avec les érudits commentateurs politiques interprétant d’un ton docte la désaffection des urnes lors des présidentielles et législatives par un soi-disant repli identitaire à l’intérieur des récifs. Tout ce beau monde a eu faux. Quelque part, c’est réjouissant. Moins toutefois que ne l’ont été les surprenants résultats de 2004 propulsant l’alors modeste maire de Faa’a aux commandes du Pays et latéralisant l’alors flamboyant "frère" du président de la République au rang de perdant du scrutin découvrant sa déconvenue au milieu des lustres d’un festin tournant au désastre… dont il fallut rendre compte auprès des tribunaux. Même les journalistes, prisonniers de schémas mentaux, en bégayaient tant ils avaient du mal à transmettre l’information sur le réel. Le spectacle offert aux yeux des téléspectateurs releva du burlesque chaplinesque mâtiné d’étrangeté à la Buñuel.
Cette fois-ci, le cocasse résida dans la langue de bois de battus affichant une satisfaction aux grimaces grimées devant leur déroute. Le plus sincère fut le représentant indépendantiste fraîchement élu député. Il semblait décontenancé par le piètre résultat de son actuelle campagne. C’était comme s’il pensait avoir, il y a moins d’un an, recueilli l’adhésion d’électeurs à son idéal et qu’il découvrait que peut-être avait-il été élu par défaut… Les électeurs ayant procédé davantage à l’élimination du challenger que choisi l’élu et son programme. Cette gifle narcissique expliquerait pourquoi il rabroua la journaliste de Polynésie 1ère et dénonça la bouche amère le contenu des deux listes devançant la sienne : "riches en condamnés pour indélicatesse en gestion des deniers publics." Suivit une virulente diatribe aux : abstentionnistes, électeurs et système permettant à des pourris "rouges" et "orange" de faire la nique aux purs et sans-reproches "bleus" qu’il co-mène avec son beau-père.
Sans doute que les électeurs de Polynésie française ont retenu un peu de leurs leçons d’Histoire où la Révolution française et les autres qui la prirent pour modèle ne furent jamais aussi sanguinaires qu’avec des idéalistes forcenés tels les Saint-Just, Robespierre et compagnie à leur tête. Sans pour autant encourager les inéligibles et interdits de vote à se croire tout permis. Encore qu’avec l’inénarrable Gaston, jadis virevoltant Marsupilami multicondamné, la surprise est toujours au rendez-vous. Les ressorts de ce Père Noël à la hotte virtuellement débordante s’avèrent encore étonnamment toniques. Avec lui et son comparse tout aussi inéligible et interdit de vote qu’il avait lui-même donné pour "mort"… mais s’avère remuer encore et avoir ressuscité ; le grand-guignol s’est invité dans la campagne… frisant le clip à zombies de Michael Jackson.
Qui sait si les marches d’incorruptibles perturbant une circulation routière déjà compliquée ne seraient en définitive très contre-productives. Qui sait si les électeurs ne pensaient pas que la pureté érigée en système de gouvernement risquait d’être plus ruineuse que les agissements d’actuels roublards ayant payé et appris de leurs errements.

Transition lexicale ?

Qui sait si le mot "corruption" ne désigne pas aussi les incompétences d’élus drapés d’incorruptibilité et percevant des rémunérations en toute imposture… et sommes toutes indues.
Il semble aussi que le mot mā’ohi, repris en boucle incantatoire, fasse moins recette. Il ne suffit plus de le dire pour que l’interlocuteur réponde pieusement en hébreu : "Amene"… Comme s’il s’agissait d’un programme de gouvernement et/ou de vie garantissant la félicité suprême à tous ceux qui peuvent se revendiquer de cette appartenance et excluant tout ce que mot ne reconnaît pas comme tel. Démarche éminemment sectaire, sinon raciste.
Avant le manifeste de 1980 de Duro Raapoto, bizarrement conforté par l’Académie tahitienne, dans les Îles de la Société, mā’ohi signifie : inféodé au milieu, bon, parfait. En marquisien, il signifie attouchement, et n’existe ni en pa’umotu ni en mangarévien. Jamais ma mère, née en 1914, et encore moins ma grand-mère, née en 1885, ne se seraient définies telles. Elles revendiquaient leur appartenance à leurs îles de naissance : Tahiti et Tubua’i.

Me choque aussi la paresse intellectuelle d’une élite diplômée plus séduite par l’affichage de sa généalogie où seule compte la lignée insulaire, et occultant les origines multiples qui modèlent et façonnent leurs apparence et comportement dont ils se prévalent tout en crachant dessus ! Quant aux enseignants d’origine locale, si certains sont remarquables d’exigence de rigueur et de dévouement envers les enfants qui leur sont confiés, d’autres sont graves et glauques. Agrippés à leurs rémunérations indexées du statut métropolitain (vomi par ailleurs), interdisant la gestion de leur budget salarial par des Ma’ohi (célébrés par ailleurs)…, se plaignant d’enseigner une langue étrangère qu’ils ne cherchent pas plus à affiner que la langue tahitienne… (pardon mā’ohi) dont ils se parent tout en la massacrant… ça craint. Leur immutabilité les transforme en caricatures de fonctionnaires hexagonaux les plus décriés. Tant il est vrai que si certains humains trouvent en eux-mêmes les stimuli de soif de savoir, il y en a d’autres qu’il importe de sortir de leur confort pour les amener à toujours mériter leurs rétributions. Car leur mission est d’éveiller chez nos jeunes le goût de l’effort, la soif du savoir et la joie de se dépasser sans cesse.
Et puis, effet sans doute de l’information surgissant dans les foyers les moins lettrés par la télé et Internet, chacun peut se rendre compte qu’on a toujours tort d’être petit et de posséder quelque chose de convoité par des puissants. Ainsi le démontrent les faits des cours de récré et des relations entre les grands en Océanie et ailleurs sur notre planète : la liberté des petits n’est garantie que par la protection d’un plus fort. Aussi, tant qu’à faire, l’Histoire et les hasards de la vie nous ayant fait aussi français, pourquoi changer d’identité ?i[

Vendredi 4 Mai 2018 - écrit par Simone Grand


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La stabilité avant tout

Le 6 mai dernier, avec plus de 66 000 voix, le Tapura Hui- raatira du président Édouard Fritch raflait la mise des
sièges à pourvoir au sein de l’assemblée où les Rouges représentent désormais 66,66 % de l’hémicycle. Il n’en faudrait pas plus pour que tout superstitieux ne se rue dans le premier magasin de jeu à gratter pour tenter d’y gagner le pac- tole avec un numéro fétiche, le 6 par exemple.
Édouard Fritch ne doit pourtant pas à la chance d’avoir obtenu un succès attendu après les résultats du premier tour, fort de l’adhésion de près d’un vote exprimé sur deux par des Polynésiens qui n’ont pas cédé au chant des sirènes de l’abstentionnisme, même si ce dernier est encore en progression. Placé au pouvoir par Gaston Flosse en 2015, celui qui n’est plus considéré
depuis lors comme le gendre idéal par ce même Gaston Flosse a su fédérer autour de sa personne avant de fédérer autour d’un programme. Rien de bien révolutionnaire, des projets à taille humaine qui accompagnent le développement touristique, comme partout ailleurs dans le monde (+7 %) et économique, essentiellement basé à Hao, sans oublier quelques réformes structurelles notamment celle de la retraite, dans un premier temps, puis inévitablement de toute la Protection sociale généralisée. Une gestion de bon père de famille, pourrait-on dire, misant sur une stabilité politique retrouvée qui s’accompagne de l’indice de confiance. Pourra-t-elle résister à une instabilité portée par une partie de l’opposition politique ? Rien n’est moins sûr. Et la tâche du prochain gouvernement à venir pour- rait bien être, après l’élection du président de l’assemblée prévue hier et du président du Pays programmée pour aujourd’hui, d’éteindre des incendies comme ceux que le Tahoera’a a reconnu avoir allumés lors des dernières années (voir article de Jean-Marc Regnault en page 10).
Le ton risque d’être vite donné avec l’urgence des premières réformes qui avaient fait descendre les syndicats dans la rue. Un Tavini qui stagne et un Tahoera’a qui joue sa survie et tentera de continuer d’exister jusqu’aux muni- cipales de 2020 auront du mal à faire entendre leurs voix dans l’hémicycle face aux 38 sièges rouges à l’assemblée sur 57 possibles. Il reste à espérer que les débats s’y cantonnent.

Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier