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Tahiti Pacifique : 30 ans… et toutes nos dents !

“Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.”



Alex W. du Prel avait fait sienne cette citation percutante de René Char (1907-1988), poète et résistant français. Fondé le 9 mai 1991, Tahiti Pacifique Magazine fête aujourd’hui ses 30 ans ! Qui aurait cru que la revue “poil à gratter” créée par Alex survivrait pendant trois décennies ? Sûrement pas les politiques de l’époque, notamment Gaston Flosse et les Orange, qui ont alimenté régulièrement les colonnes de TPM… N’en déplaise à nos détracteurs, malgré une vingtaine de procès émanant de la Présidence ou de son entourage (lire notre interview exclusive d’Alex du Prel, page 35), Tahiti Pacifique est toujours debout, avec toutes ses dents. Et du mordant, votre magazine n’en manque pas ! Bimensuel d’information et de culture, ayant pour devise “Une goutte de liberté dans l’océan”, Tahiti Pacifique est l’unique magazine d’investigation en Polynésie. Nous proposons aux lecteurs une actualité décryptée et des dossiers de fond. Enquêtes et reportages, brèves et confidences, humour, caricatures de presse, chroniques, tribunes, articles économiques, littéraires, culturels… il y en a pour tous les goûts. Notre force : la pluralité des opinions et des plumes. Notre ambition : “Ensemble, faisons bouger les lignes !

Un album de photos inédites et les confidences de Célia du Prel

À l’occasion de notre 30e anniversaire, la rédaction a souhaité vous offrir une édition “collector”, un hors-série dans lequel toute l’équipe se met à nu. Vous découvrirez d’abord un album de photos inédites d’Alex du Prel, arrivé par voilier en 1976, aux côtés de sa famille et de ses amis (voir pages 8-9). Vous pourrez ensuite lire les confidences de Célia du Prel, la veuve du fondateur qui était aussi la propriétaire et gérante de TPM (lire pages 10 à 13). Avec toute la simplicité et la générosité qui la caractérisent, elle raconte, pour la première fois, cette tranche de vie exceptionnelle passée aux côtés de son époux dans un récit d’une authenticité poignante. Pour elle, inutile de préciser que son mari n’a pas fait tout cela pour rien : “Il faut que le magazine continue et que la vérité se fasse !

Les dix dossiers “collector” de TPM

Beaucoup d’entre vous le savent, Alex avait à cœur d’exposer “la fragilité du système post-colonial” au fenua. Ainsi, nous vous donnons à (re)voir les dix dossiers les plus emblématiques de TPM (lire pages 14 à 33). Nous avons écumé nos trente années d’archives et retenu les dossiers “collector” suivants : le 1er anniversaire de TPM (1992) ; “Fangataufa, la cuisine du diable nucléaire” (1995) ; “Le président Flosse accepte-t-il la liberté de la presse ?” (1997) ; “Pauvres Popa’a de Tahiti Nui” (1998) ; “Vivons-nous désormais l’apparence d’une démocratie ?” (2002) ; “Innocence de Pouvanaa a Oopa : les documents parlent” (2003) ; “La sexualité jadis aux îles Marquises” (2003) ; “Affaire JPK : le procureur Bianconi et ses acolytes utilisent les subtiles ficelles de la justice contre Tahiti-Pacifique” (2007) ; “SDF : le coup de gueule du Père Christophe !” (2019) ; “Attrape-moi si tu peux : Dominique Auroy, l’homme qui devait des centaines de millions…” (2020).

Les coulisses de la rédaction

Un magazine, c’est avant tout des hommes et des femmes qui donnent du cœur à l’ouvrage. Et c’est grâce à une rédaction étoffée, qualifiée et experte que nous parvenons à tenir la barre et garder le cap. Pour ce numéro anniversaire, tous les contributeurs actuels réguliers (rédacteurs, dessinateurs et graphiste) ont accepté de se dévoiler et de raconter leur expérience à TPM (lire pages 37 à 56). Plus qu’une équipe, nous sommes une famille. Je les remercie chaleureusement pour ce magnifique hommage à Alex du Prel. Le fondateur de TPM le mérite, c’est notre “cadeau” d’anniversaire. Aussi, leurs témoignages sont précieux pour mieux comprendre notre ligne éditoriale. En outre, nous avons reçu de nombreux messages de soutien et d’encouragement de nos chers lecteurs – qui sont aussi parfois des contributeurs – mais également de personnalités d’horizons divers, sans oublier certains de nos confrères (lire pages 57 à 65). Nous vous laissons apprécier leurs mots, qui sont pour nous une belle reconnaissance de notre travail et de notre engagement.

Plus qu’un métier… un sacerdoce !

Bien sûr, je ne me suis pas défilé et, pour la première fois, je me confie dans un texte intitulé “Plus qu’un métier… un sacerdoce !”. J’y évoque notamment mes liens d’amitié avec Alex, pourquoi il a souhaité que je reprenne le titre et comment j’ai eu l’honneur d’hériter de son flambeau (lire pages 34 à 36). Ce n’est qu’une fois que j’ai été rédacteur en chef de Tahiti Pacifique que j’ai vraiment mesuré ce qu’impliquait d’être le capitaine d’une pirogue qui navigue contre vents et marées. Afin d’apporter aux lecteurs une variété maximale de sujets, la revue s’est enrichie de plusieurs rubriques : “Vu de Paris”, “Pages d’Histoire”, “L’encrier de Tahiti”, “Les chroniques de l’art”, “L’œil de Maeva est Takin”, “L’éco-évasion”, “Savoir-faire”, “Parole d’étudiants”, “La tribune”… Et puis, anniversaire oblige, la rédaction a offert à TPM un petit “lifting” : une refonte de sa charte graphique, qui conserve l’esprit “local” de la maquette originelle et lui donne une touche plus “pêchue”.

Mon stylo, mon arme (pacifique)…

On est tous nourris par certaines valeurs. C’est avec mon stylo que je porte les miennes, au nom de la liberté de la presse. On dérange très souvent, et nombreux sont ceux qui goûtent peu qu’on les empêche de tourner en rond, surtout dans un microcosme comme la Polynésie… Deux ans seulement que je suis rédacteur en chef, et mon patron a déjà reçu plusieurs fois des appels téléphoniques pour demander ma tête ! Mais “Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie”, comme le soulignait si justement Albert Londres.

Māuruuru roa à Alex, à Albert, à toute l’équipe et à vous, chers lecteurs.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Vendredi 7 Mai 2021 - écrit par Dominique SCHMITT


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Vendredi 18 Juin 2021 - 08:17 Bataille de matahiapo dans le bac à sable


Dominique SCHMITT

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Bataille de matahiapo dans le bac à sable

Enfin ! Nous connaissons désormais les dates auxquelles pourrait se tenir la fameuse Table ronde de “haut niveau” sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, promise par le président de la République Emmanuel Macron : la réunion devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochains, à Paris. Ce rendez-vous est une “chance” à “ne pas gâcher” selon Édouard Fritch. Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille que “Doudou”, loin s’en faut ! La majorité des associations de victimes ont déjà annoncé qu’elles n’y participeront pas et les associations religieuses semblent suivre le pas. Dans le camp des opposants, on retrouve bien sûr le leader du Tavini, “Oscar One”, qui voit en cette décision de “Manu 1er” un refus “d’assumer le problème nucléaire en face à face avec le peuple polynésien” et estime qu’il “délocalise le problème à Paris, à 20 000 km de Papeete, pour mieux en contrôler l’agenda, les participants et les conclusions”. Et de scander : “Ni Maohi Nui ni Kanaky ne sont à vendre !”

Une personnalité politique regrette cependant de ne pas avoir été invitée : Gaston Flosse. L’ancien président autonomiste vient d’annoncer la création de son nouveau parti politique, Amuitahira’a o te Nuna’a Maohi, qui remplacera officiellement le Taohera’a Huiraatira en juillet prochain. Il y avait un moment que l’on n’avait plus vu le bout de la queue du “Vieux lion”. Mais le voilà qu’il surgit avec son projet d’État souverain associé à la France. Et rugit sa colère envers “Oscar One” qui a osé considérer, devant la presse, ce statut comme “de la merde”. Dans une lettre ouverte, il fustige son meilleur ennemi : “Après avoir exercé tant de hautes fonctions, et après 44 ans de discours, de gesticulations, de manifestations, de blocage et tant encore, où en es-tu de tes promesses d’indépendance aux Polynésiens ? (…) En vérité, tu as échoué.” Après avoir basculé, sans transition, du orange au bleu (clair), voilà donc que le patron du futur “Amuitahira’a”, ce nouveau parti censé regrouper toutes les sensibilités politiques, commence par attaquer le chef de file de l’indépendance… Tandis que nos étudiants passent l’épreuve inédite du grand oral du bac “nouvelle formule” – un examen sous haute bienveillance –, nos drôles de matahiapo se livrent, eux, à une énième bataille dans le bac à sable ! Au point que certains internautes se sont même amusés à les comparer aux marionnettes du célèbre Muppet Show !

Plus sérieusement, on peut s’inquiéter du contenu de cette Table ronde sur le nucléaire, qui risque fort de ressembler à “une coquille vide”, selon les termes du député Moetai Brotherson. D’autant plus agacé que sa proposition de loi “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” a été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée nationale par la majorité présidentielle. La République en marche a estimé en effet que c’est la Table ronde du 1er et 2 juillet qui “doit permettre de mettre à plat tout cela”. Alors que peut-on espérer de cette réunion de “haut niveau” ? Nous avons posé la question à Jean-Marc Regnault, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’UPF. Pour ce spécialiste, contributeur régulier de TPM : “C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes” (lire pages 8-9). Affaire à suivre…  

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT