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"Tahiti pacifique a un train de retard", selon le ministre de l'équipement


Jeudi 3 Octobre 2019 - écrit par René Temeharo


Après notre éditorial intitulé "Équipement du Pays : mépris de l'environnement, gabegie et incompétence", qu'il a peu goûté, le ministre de l'Équipement tient à commenter notre dossier de Une, dans lequel nous nous interrogions sur les raisons du taux d'échec moyen au permis de conduire en Polynésie, qui est de plus 70 %. Le comble, c'est que l'on nous reproche d'avoir un "train de retard" alors que les promesses gouvernementales (prise en charge à 80 % du permis de conduire) n'ont toujours pas été tenues quasiment un an et demi après l'élection présidentielle, et l'on revient sur notre article paru en juin dernier… soit plus de trois mois après ! Force est de constater, en effet, que nous ne partageons pas la même notion du temps. Cela dit, un projet de loi est enfin annoncé "courant 2020".

D.S.



"Dans l’édition de Tahiti Pacifique Magazine (TPM) des numéros 410 des 28 juin au 11 juillet 2019, sous le titre « 70% d’échec – Un
business qui roule
», et 411 du 12 au 25 juillet 2019 (il s'agit d'un courrier des lecteurs, ndlr), M. Dominique Schmitt remet en cause les conditions de passage des examens de passage du permis de conduire et met en cause la réputation des inspecteurs du permis de conduire. Pour ma part, il me semble important de replacer les choses dans leur contexte dans le cadre d’un droit de réponse que vous voudrez bien porter à la connaissance de vos lecteurs.

***

Nous n’avons pas attendu Tahiti Pacifique pour tirer le constat affligeant que vous avez relevé dans votre magazine. Nous en avons, d’ailleurs, tenu compte dans les actions prioritaires lors des dernières élections au travers de l’aide au financement du permis de conduire dont le projet de la Loi du Pays devrait être étudié par les représentants de l’assemblée de la Polynésie française courant septembre.
Sur ce point, Tahiti Pacifique a un train de retard, puisque que contrairement à ce que vous publiez à la page 23 du TPM n° 410, la prise en charge à 80 % du permis de conduire par le Pays, principalement en faveur des jeunes et demandeurs d’emplois justifiant de critères préétablis, est sur le point d’être finalisée.

Mais le dispositif d’aide au permis de conduire n’est qu’une partie de la solution au problème. Depuis la mise en place du gouvernement en mai 2018, mon ministère et la Direction des transports terrestres ont œuvré de concert pour identifier l’origine des différentes problématiques soulevées par la population et plus particulièrement par les candidats au permis de conduire.

b["Un projet de loi courant 2020"
]b
Un travail de fond sur la révision des textes qui régissent les conditions de passage des épreuves du permis de conduire et l’agrément des établissements à l’enseignement de la conduite est en cours, plusieurs réunions se sont tenues avec les professionnels dans ce sens. Un projet de loi sera déposé sur les bureaux de l’assemblée de la Polynésie française courant 2020.
Pour ce qui concerne les accusations de "copinage" entre inspecteurs et moniteurs, votre article ne fait état d’aucun élément de preuve matérielle et ne se base que sur des affirmations verbales. Si des preuves matérielles et des témoignages dignes de foi nous parvenaient, nous prendrions immédiatement des mesures disciplinaires envers les personnes concernées.
Rappelons, à toutes fins utiles, que tout fonctionnaire des services publics de la Polynésie française est assujetti à une déontologie professionnelle dont le non-respect peut mener, tout contrevenant, à des sanctions pouvant aller jusqu’à la révocation de la fonction publique.

Pour ce qui concerne les moniteurs qui se prêteraient au jeu de la collusion, ils se verraient retirer leur autorisation d’enseigner et les auto-écoles dont ils seraient issus pourraient également voir leurs agréments, au mieux suspendus, au pire retirés.

À ces sanctions administratives, s’ajouterait le volet pénal concrétisé par un dépôt de plainte auprès de la justice.

Bien évidemment, la présomption d’innocence doit être la règle en pareil cas et celle-ci ne transparaît nullement dans vos articles essentiellement "à charge". Telles sont les mises au point dont je souhaitais vous faire part suite à la publication de vos articles."

M. René Temeharo,
ministre de l'Équipement
et des Transports terrestres


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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt