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Taputapuātea, l'année d'après...


Jeudi 28 Juin 2018 - écrit par Luc Ollivier et W.W.


Un an après le classement du marae Taputapuātea au patrimoine mondial de l'Unesco, qu'en est-il concrètement de la restauration du site et notamment
des aménagements nécessaires à la garantie d'un développement économique via un tourisme culturel ? Alors que la population de l'île Sacrée reste
dans l'expectative, les autorités locales déclarent, elles, ne pas être prêtes à une arrivée massive de touristes. De fait, à lui seul, le marae Taputapuātea
a-t-il un véritable avenir économique à offrir ?



Crédit photo : DR
Crédit photo : DR
Le 7 juillet 2017, on se souvient des larmes du président Édouard Fritch à l'annonce du classement au patrimoine mondial de l'Humanité du marae Taputapuātea... Cette déclaration officielle concrétisait pour le Pays l'aboutissement d'un projet vieux de quatorze ans qui, dépassant d'anciens clivages politiques, gagnait là l'unanimité de tous.
Initié par le représentant du Tavini Richard Tuheiava, ce projet était, comme tant d'autres, tombé dans l'oubli des autorités et d’une grande majorité de la population polynésienne, jusqu'à ce que les médias titrent sur l'effondrement d'une partie des structures du site. Le ministre de la Culture, Heremoana Maamaatuaiahutapu en profitait alors pour rappeler que "c'est justement pour cela que le dossier Unesco a été monté. C'est aussi pour pouvoir préserver un peu mieux le site et pouvoir mettre en place des mesures conservatrices". En s’avançant sur une prochaine réhabilitation. "La restauration et la consolidation du site va commencer assez rapidement, puisque les gens du bureau d'études sont déjà sur place. Ils ont déjà fait une mission de prospection sur Taputapuātea." Il annonçait alors le chiffre de 40 millions de Fcfp pour aménager et sécuriser le site. Hélas, depuis, aucune restauration du site n'a été entreprise. Mais en effet, il y a quelque temps, deux représentants de l'Unesco sont venus évaluer le projet de restauration et d'aménagement du site, qu'ils ont estimé quant à eux à 450 millions de Fcfp. En mars dernier, le projet de construction d’un hôtel de luxe, Te Hau Marama (un 5 étoiles de 120 chambres), nous montre que le potentiel du site n'a pas été oublié de tous. Pour ce projet, la propriétaire terrienne, Tonita Mao, s'est alliée à un partenaire stratégique, le groupe Marriott International, sous sa marque d’hôtel Westin. Depuis le rachat de Starwood, le groupe est devenu leader mondial sur le marché, avec près de 6 000 hôtels dans le monde...

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Opposition constructive

Le dictionnaire des synonymes vient de s’enrichir d’une nouvelle formule ! Le retournement de veste politique peut désormais être remplacé par de l’opposition constructive.
L’on doit cette nouveauté linguistique à Angelo Frebault, élu en mai dernier lors des élections territoriales sur la liste Tahoera’a, dont il fut exclu en septembre pour ne pas avoir suivi les consignes du parti lors du vote de la réforme des retraites, et qui vient de rejoindre les rangs du Tapura.
L’ancien secrétaire général de la CSTP-FO ne sera donc pas resté bien longtemps seul sur les bancs de l’assemblée puisqu’il a rejoint le parti au pouvoir. La question finalement n’est pas de savoir qui a approché l’autre, mais pourquoi le Tapura, avec sa très forte majorité, a recueilli celui que Gaston Flosse n’avait pas hésité à qualifier de "pomme pourrie" au moment de son éviction du Tahoera’a.
Le gouvernement a les mains libres pour faire passer tous ses textes à l’assemblée avec ses 39 voix, une 40e ne lui est donc pas d’une grande utilité. En seconde lecture, on peut croire qu’Édouard Fritch a fait sienne la devise du célèbre réalisateur Francis Ford Coppola : "Sois proche de tes amis et encore plus proche de tes ennemis."
En effet, les difficultés rencontrées par le gouvernement actuel en début d’année lors des annonces concernant la réforme du régime des retraites peuvent lui faire craindre d’autres mouvements d’ampleur de la rue à l’occasion des réformes à venir sur la Protection Sociale Généralisée, ou encore de la réforme du code du travail. Avoir en son sein l’un de ses anciens plus farouches opposants comme il l’a déjà fait avec un certain Pierre Frebault, ancien ministre de l’Économie d’Oscar Temaru, aujourd’hui directeur de la toute nouvelle Agence de régulation sanitaire et sociale (Arass) – chargée de piloter la politique de la santé et de la protection sociale en Polynésie – est un atout, doit-on penser. Reste à mesurer le réseau d’influence d’Angelo Frebault, renié par une grande partie du monde syndical lors de sa présence sur les listes électorales orange.
Le revers de la médaille est le risque d’apporter un peu plus de discrédit à notre classe politique, dont la cote de popularité est déjà très basse. Et les récentes gardes à vue qu’ont connues Oscar Temaru et Gaston Flosse, pour des raisons très différentes certes, ne viennent pas en redorer l’image.
Le Tapura a pris un risque, persuadé que le résultat des dernières élections le légitime en tout. En métropole, on voit comment le pouvoir s’use vite, des instituts de sondage prenne régulièrement la température ; on peut regretter qu’ici il n’y a pas de sonnette d’alarme.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier