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Terres rares : entre virtualité économique et bataille politique


Jeudi 18 Avril 2019 - écrit par Luc Ollivier


Sujet au cœur du débat politique en 2016, lors de la sortie de l’expertise collégiale de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), avant de tomber dans l’oubli au point de ne pas être abordé lors des élections territoriales de 2018, les terres rares ont refait parler d’elles à l’occasion de la réforme statutaire proposée par le gouvernement. Les virtuels enjeux économiques sont supplantés par les enjeux politiques entre autonomistes et indépendantistes.



Les nodules polymétalliques (voir photo), les sulfures hydrothermaux ainsi que les encroûtements cobaltifères (que l'on trouve notamment aux Tuamotu) sont des ressources minérales océaniques de plus en plus convoitées à l'échelle mondiale. Source : www.geomar.de
Les nodules polymétalliques (voir photo), les sulfures hydrothermaux ainsi que les encroûtements cobaltifères (que l'on trouve notamment aux Tuamotu) sont des ressources minérales océaniques de plus en plus convoitées à l'échelle mondiale. Source : www.geomar.de
Mais où étaient donc passées les terres rares de 2016 à 2018 ? L’Eldorado sous-marin de la Polynésie, qui a enflammé les esprits par de virtuelles retombées économiques n’avait plus fait parler de lui, si ce n’est à la sortie de l’expertise collégiale menée par l’IRD et fortement décriée par le parti indépendantiste quant à la méthodologie ; une expertise collégiale n’impliquant pas de recherches in situ. Ce rapport (voir extraits ci-après) préconise cependant de mener des missions d’exploration dans les meilleurs délais et d’établir un plan de politique minière qui pourrait nécessiter selon les experts de l’IRD deux ans de travaux. Est-ce que cela est intégré dans le code des ressources minières que l’on attend depuis des années ? Impossible d’y répondre, nous n’avons pas trouvé d’interlocuteur pour parler de ce fameux code minier !
En résumé, un programme de recherche et d’accès aux ressources minérales marines, et plus particulièrement les encroûtements cobaltifères, est recommandé par le collège des experts. Ces encroûtements pourraient présenter un fort potentiel en tant que ressources minérales en Polynésie française. Ils sont situés dans des secteurs plutôt accessibles et entre 800 et 2500 mètres de fond, notamment aux Tuamotu. Jusqu’en 2016, trois permis d’exploration des encroûtements cobaltifères avaient été attribués par l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), tous dans le Pacifique, pour la Russie, le Japon et la Chine...

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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt