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Tourisme : le mana, une marque à vendre ?


Vendredi 27 Décembre 2019 - écrit par Céline Hervé-Bazin


Sur la plateforme virtuelle, le MANA a atteint un prix record en janvier 2018 estimé à 0,259307 dollar. Le MANA, token ou jeton ERC-20 natif du réseau Decentraland, sert à acheter des terres, des parcelles non fongibles pour des jeux et des applications en ligne. Vendre et acheter du MANA est un langage naturel sur Internet… À Tahiti, parler du mana en termes de marque et services à vendre fait grincer. Argument économique et valeur ajoutée de la destination polynésienne, nous avons enquêté sur le mana, énergie sacrée ancestrale à la fois atout touristique valorisé par Tahiti Tourisme et âme de l’identité polynésienne.



Crédit photos : DR
Crédit photos : DR
"Hello, my name is Mary and I would like to be embraced by mana…” Voilà une demande des plus simples. Depuis le lancement de la campagne de Tahiti Tourisme sous le slogan accrocheur "Tahiti, les îles du mana", le mana est placé au cœur de la stratégie touristique de la Polynésie française. Ce choix est audacieux au regard de la profondeur du mana, pilier de l’identité polynésienne. Cette stratégie valorise une expérience propre à la Polynésie à travers un contact avec son peuple mā’ohi. Cette campagne différencie Tahiti Et Ses Îles des autres destinations paradisiaques en suggérant la richesse de cette énergie sacrée qui se vit au creux du fenua… Mais il y a un hic. Peut-on vendre le mana ? Certains critiquent ouvertement cette campagne qui commercialise un mana impossible à partager, d’autres s’effraient de se faire voler leur mana.

"Tahiti Et Ses Îles présentent de multiples facettes. Il y a le grand et le petit. Le jour, la nuit. Il y a la chaleur, la fraîcheur. Dans nos îles, vous pouvez tisser des liens ou vous déconnecter du monde. Vous pouvez disparaître et explorer. La magie dans toute cette diversité que présentent nos îles, c’est qu’il n’y a qu’un mot pour la décrire, pour la définir. Un mot unique ayant le pouvoir de révéler la beauté de nos îles, de notre peuple, de notre histoire, de notre culture. Ce mot, c’est mana. Le mana, c’est cette énergie vitale, cette force spirituelle qui nous entoure. Vous pouvez le voir, l’entendre, le toucher et le goûter. Attardez-vous encore et là, vous sentirez s’élever son parfum envoûtant. Il n’est aucune autre destination en ce monde où le mana est aussi présent, aussi accessible, autant ressenti, autant honoré qu’ici même. Tahiti Et Ses Îles, les îles du mana."
Tels sont les mots prononcés par Pascal Erhel pour Tahiti Tourisme, l’organisme en charge du marketing de la destination Tahiti Et Ses Îles. L’objectif pour Tahiti Tourisme, faire la promotion de la diversité des îles. Classique dans son registre comparatif et split screen aux effets de rapprochement d’idées, Tahiti Tourisme définit le mana comme "l’énergie vitale" et la "force spirituelle"...

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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt