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Transport aérien domestique : la concurrence freinée par la péréquation


Vendredi 9 Mars 2018 - écrit par Luc Ollivier


Ces dernières années, le Pays nous a vanté les vertus de la concurrence, aidé et incité à son développement, aujourd’hui encadré par l’Autorité polynésienne de la concurrence (APC). Mais il n’est pas un parangon de vertu dès lors que la concurrence concerne son pré carré. Celle-ci ne serait-elle bonne que pour le secteur privé ? Après la téléphonie, c’est au tour
de l’aérien d’être victime de ce "freinage" au nom de la sacro-sainte péréquation.



Crédit photo : @Maraekura
Crédit photo : @Maraekura
Le Pays s’est-il tiré une balle dans le pied en faisant passer une loi en 2016 (LP 2016-3) pour l’ouverture à la concurrence sur les transports publics interinsulaires ? On serait enclin à le croire en raison des projets portés par des privés qui peuvent faire ombrage à certains secteurs de l’économie dans lesquels le pays est plus ou moins impliqué. Après Viti qui, après 19 mois d’attente, avait décidé de saisir le tribunal administratif en octobre 2017, c’est au tour de la néo-compagnie aérienne Islands Airline de saisir le même tribunal, pour les mêmes motifs : absence de réponse. Peut-être pense-t-on du côté de la Présidence et des ministères que les postulants finiront par lâcher le morceau, à moins, et c’est plus probable, que l’on joue la montre et les souvent longues procédures judiciaires. À ce sujet, du côté de Viti, une réponse pour obtenir une licence de téléphonie mobile devrait tomber juste après les élections territoriales. Toujours quelques mois de gagnés…

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Opposition constructive

Le dictionnaire des synonymes vient de s’enrichir d’une nouvelle formule ! Le retournement de veste politique peut désormais être remplacé par de l’opposition constructive.
L’on doit cette nouveauté linguistique à Angelo Frebault, élu en mai dernier lors des élections territoriales sur la liste Tahoera’a, dont il fut exclu en septembre pour ne pas avoir suivi les consignes du parti lors du vote de la réforme des retraites, et qui vient de rejoindre les rangs du Tapura.
L’ancien secrétaire général de la CSTP-FO ne sera donc pas resté bien longtemps seul sur les bancs de l’assemblée puisqu’il a rejoint le parti au pouvoir. La question finalement n’est pas de savoir qui a approché l’autre, mais pourquoi le Tapura, avec sa très forte majorité, a recueilli celui que Gaston Flosse n’avait pas hésité à qualifier de "pomme pourrie" au moment de son éviction du Tahoera’a.
Le gouvernement a les mains libres pour faire passer tous ses textes à l’assemblée avec ses 39 voix, une 40e ne lui est donc pas d’une grande utilité. En seconde lecture, on peut croire qu’Édouard Fritch a fait sienne la devise du célèbre réalisateur Francis Ford Coppola : "Sois proche de tes amis et encore plus proche de tes ennemis."
En effet, les difficultés rencontrées par le gouvernement actuel en début d’année lors des annonces concernant la réforme du régime des retraites peuvent lui faire craindre d’autres mouvements d’ampleur de la rue à l’occasion des réformes à venir sur la Protection Sociale Généralisée, ou encore de la réforme du code du travail. Avoir en son sein l’un de ses anciens plus farouches opposants comme il l’a déjà fait avec un certain Pierre Frebault, ancien ministre de l’Économie d’Oscar Temaru, aujourd’hui directeur de la toute nouvelle Agence de régulation sanitaire et sociale (Arass) – chargée de piloter la politique de la santé et de la protection sociale en Polynésie – est un atout, doit-on penser. Reste à mesurer le réseau d’influence d’Angelo Frebault, renié par une grande partie du monde syndical lors de sa présence sur les listes électorales orange.
Le revers de la médaille est le risque d’apporter un peu plus de discrédit à notre classe politique, dont la cote de popularité est déjà très basse. Et les récentes gardes à vue qu’ont connues Oscar Temaru et Gaston Flosse, pour des raisons très différentes certes, ne viennent pas en redorer l’image.
Le Tapura a pris un risque, persuadé que le résultat des dernières élections le légitime en tout. En métropole, on voit comment le pouvoir s’use vite, des instituts de sondage prenne régulièrement la température ; on peut regretter qu’ici il n’y a pas de sonnette d’alarme.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier