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Transport aérien : qui va payer pour les îles ?


Vendredi 28 Décembre 2018 - écrit par Luc Ollivier


Fin 2019-début 2020, Islands Airline sera en pleine concurrence avec Air Tahiti sur certaines lignes polynésiennes, les plus rentables, ce qui ne manquera de bouleverser un ordre établi depuis plus de soixante ans. L’exercice financier qui permettait à Air Tahiti de combler les lignes déficitaires en surfacturant les bénéficiaires aura vécu ; le gouvernement, via un comité, travaille donc à trouver un moyen d’assumer un coût de plusieurs centaines de millions de francs. Il faudra bien que quelqu’un mette la main à la poche.



Illustration de Hotu Painu
Illustration de Hotu Painu
Le Pays n’a peut-être pas tout à fait conceptualisé les conséquences possibles engendrées par l’arrivée de la concurrence. Quand, dans un souci d’ouverture, il a adopté la loi du Pays 2016-3, concernant le transport insulaire, il ne pensait certainement pas ouvrir la porte à un concurrent d’Air Tahiti et devoir ainsi mettre sur pied une réglementation spécifique à l’aérien, après celle du maritime. Dans cette loi, le Pays s’ouvrait à la concurrence, tout en l’accompagnant d’obligation de service public, le cas échéant de délégation de service public. Sauf qu’entre 2016 et 2018, bientôt 2019, il ne s’est rien passé. La loi en question pour l’aérien est demeurée inapplicable du fait de l’absence de délibération d’application.
L’opérateur privé Air Tahiti avait mis en place un système de péréquation entre les quatre lignes bénéficiaires et les 42 déficitaires, afin de dégager du bénéfice et proposer un maillage complet, mais toujours perfectible, de la Polynésie française. Le Pays redevable de quelques centaines de millions de francs, dont il a été dispensé par la Justice pour les deux derniers exercices, n’a donc pas eu à gérer le problème du transport aérien comme le font d’autres collectivités ultramarines (Nouvelle-Calédonie, Saint-Pierre-et-Miquelon… voire même la Corse) à grands renforts de millions d’euros...

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"Tahiti paradis"

Des premiers explorateurs à aujourd’hui, le mythe du "Tahiti paradis" n’a pas beaucoup vieilli, il a plutôt changé de sens. De la beauté des îles, des lagons, des populations qui ont fait la réputation mondiale de la destination depuis plus de deux siècles – et qui en sont encore le principal moteur économique interne –, on est passé à un Eldorado d’une toute autre nature : celui des margoulins de tout poil et de tout horizon. Petit "pays", qui fait figure de riche dans un bassin géographique qui n’a pas encore livré toutes ses richesses, la Polynésie française a souvent été la cible d’hommes et de projets plus que douteux. À croire qu’elle n’a déjà pas assez affaire avec ceux qui y vivent…

Les vendeurs de couvertures chauffantes ont fait place à d’autres vendeurs, bien plus avisés et plus ambitieux. Je me souviens de ce projet d’une course internationale de voiliers – qui n’attirerait que des grands noms (!) – qui a fait flop, à la fin des années 1980. Mais ceci n’est rien en comparaison de ceux qui sont à deux doigts de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. À l’instar des promoteurs des "Îles flottantes", qui ont bien failli réussir leur coup (coût ?). Le gouvernement avait mordu à l’hameçon, avant de le recracher sous la pression populaire. À notre connaissance, et depuis ce désistement, les "Îles flottantes" n’ont toujours pas trouvé un lieu d’amarrage… Surprenant, pour un projet si novateur, non… ? Il faut croire qu’ailleurs dans le monde, on est un peu plus regardant.

Entre ce projet de milliardaires américains, et celui du financement du "Village tahitien" (version Flosse) par un milliardaire arabe, repoussé par le vote de la population, il faut déduire que c’est elle qui détient le bon sens. C’est peut-être pour cette raison qu’elle se montre sceptique quant aux projets plus ou moins avancés que sont le projet aquacole de Hao, dont les rendez-vous avec les investisseurs chinois ne cessent d’être repoussés, ou celui du "Village tahitien" version Fritch, dont la date des 200 jours pour la signature du protocole vient d’être dépassée. Les investisseurs néo-zélandais et samoans ne seraient-ils plus les hommes de la situation ? On n’ose croire que le maintien de Samoa sur la liste noire de l’Union européenne des paradis fiscaux y soit pour quelque chose... Il semble que les garanties financières ne soient pas au rendez-vous. On aurait certainement dû et pu se montrer plus regardant sur cet aspect lors de la candidature.

Mais à Tahiti, au paradis, on a tendance à faire un peu trop confiance et, parfois même, à n’importe qui. Vous ne me croyez pas ? Je vous invite à lire le sujet édifiant (voir page 6) sur une société condamnée en 2017 et pour laquelle le Pays offre son soutien !

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier

Luc Ollivier