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Transports en commun : on roule sur la tête !



Crédit photo : Tahiti Infos
Crédit photo : Tahiti Infos
L’acquisition, d’ici 2020, de 240 bus tout beaux, tout neufs, par la société Réseau de transport en commun de Tahiti (RTCT) de Willy Chung Sao, a été annoncée en fanfare à la presse, fin février. Très bien, mais il était grand temps, les anciens véhicules datant de 2001… En réalité, cette commande est l’arbre qui cache la forêt. En matière de politique des transports, le Pays ne respecte pas ses engagements et ne parvient pas à régler le problème du réseau routier en Polynésie. Souvenez-vous, l’ancien ministre de l’Équipement, Albert Solia, avait promis dès 2016 des voies dédiées aux bus, qui devaient être opérationnelles l’année suivante. Il voulait “des voies en site propre aussi vite que possible, là où c’est possible” (lire Tahiti Pacifique n° 335 du 5 août 2016). Nous sommes en 2019 et l’île de Tahiti n’est toujours pas pourvue de couloirs réservés aux transports en commun ! Le manque d’espace foncier au fenua est le souci majeur, et certaines pistes cyclables pourraient même disparaître. Pourtant, la société RTCT avait proposé de partager les voies des bus avec les poids lourds et les voitures de livraison, en vain. Et l’on ne parle même pas ici des autres alternatives de transport fantasmées lors de débats passionnés, comme l’usage de bus à haut niveau de service, de tramways, ou encore de téléphériques.
Alors, s’il n’y a ni voies propres, ni abris, ni aménagements spécifiques, et que les autocars circulent sur le même axe que tous les usagers de la route, sans itinéraire strict, on ne peut pas attendre de la société RTCT qu’elle respecte des horaires fixes ; ce serait lui demander l’impossible compte tenu du trafic aux heures de pointe. Aussi, la nouvelle délégation de service public stipule que RTCT bénéficiera de subventions du Pays à hauteur de 850 millions de Fcfp par an : un budget colossal pour une prestation de piètre qualité ! Le comble, c’est que le gouvernement devait également équiper, le
1er janvier dernier, une vingtaine de bus de plateaux rétractables pour accueillir les personnes à mobilité réduite en fauteuils roulants. RTCT nous assure que c’est bien prévu, mais est incapable de confirmer une date, et surtout, les trottoirs ne sont pas adaptés en Polynésie pour les rampes d’accès. Le serpent se mord toujours la queue.
Reste à espérer que l’évolution soit enfin en route, soyons optimistes : la convention dure quinze ans… En attendant, les bus passent et les handicapés aboient. Pendant ce temps, un “cimetière” de vieilles épaves de bus grossit à Taravao, l’argent public est gaspillé, on utilise tous ou presque la voiture individuelle comme moyen de transport principal
(70 % contre 10 % pour les transports collectifs), les bouchons augmentent et on avale de plus en plus d’émissions de gaz à effet de serre. Dès 2008, un rapport de la Chambre territoriales des comptes sur les transports terrestres avait mis en exergue les carences du service public de transport des voyageurs sur l’île de Tahiti, notamment sur le lot urbain. Onze ans après, rien n’a avancé. On roule vraiment sur la tête !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Vendredi 8 Mars 2019 - écrit par Dominique Schmitt


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De reports en reports

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À l’instar des Anglais et de leur Brexit, qui ne cesse de diviser tout autant qu’il ne cesse de jouer la montre, nos gouvernants se voient contraints de reporter une nouvelle fois l’échéance de la signature de contrat du "Village tahitien". Pour rappel, les six lots sur lesquels s’était positionné le groupe Kaitiaki Tagaloa portent sur la conception de quatre hôtels et de deux résidences en condominium. Il s’agit de six lots, sur les 16 que comporte ce projet complexe. Ce vaste chantier, qui doit révolutionner le tourisme sur l’île de Tahiti en quelques années — durant lesquelles l’économie et surtout l’emploi devraient connaître un sérieux coup d’accélérateur — soulève toutes les interrogations et commence à ressembler à une Arlésienne.
En août 2018, le vice-président Teva Rohfritsch ne cachait pas son enthousiasme, déclarant que la signature du contrat portant sur les six premiers lots du projet avec le groupement d’investisseurs néo-zélandais et samoans, Kaitiaki Tagaloa, pourrait même intervenir avant la fin de l’année 2018, bien avant les 200 jours prévus. Il n’en fut rien. À la date butoir du 22 mars 2019, pas de signature, au prétexte que "l’investisseur néo-zélandais a souhaité associer deux nouvelles tribus maori au projet. Nous avons donc souhaité prendre toutes les garanties financières nécessaires plutôt que de signer." Premiers signes d’inquiétude, alors que la rumeur d’un report pour manque de garanties financières circulait déjà depuis quelques semaines. Il fut donc accordé un délai de 45 jours, au terme desquels, en fonction des garanties qui seraient présentées, ces contrats seraient signés par lots. Ceux qui n’auront pas fait l’objet de garantie seraient remis en compétition. Des contacts avec des investisseurs, y compris locaux, étaient avancés. Coup de pression, ou de bluff, sur le groupement Kaitiaki Tagaloa ?
La seconde option a primé, puisqu’au terme de ces 45 jours, l’établissement Tahiti Nui aménagement et développement (TNAD) annonçait par communiqué sa décision de reporter de 55 jours le délai laissé au groupement, pour se conformer "aux obligations du protocole d’engagement", signé en août 2018. À ce jour, TNAD n’aurait donc pas toutes les garanties financières pour s’assurer que ces investisseurs soient capables d’aller au bout du projet ! En bientôt un an de négociations, nous ne savons toujours pas si ils ont les reins assez solides !
Après deux reports, on n’imagine pas le gouvernement en avancer un troisième pour quelques raisons que ce soit. Restera alors à présenter la carte des investisseurs étrangers et locaux, que le ministère garde secret. Rendez-vous le 30 juin.
Le dossier, qui reviendra forcément sur la scène politique à la première occasion, est plutôt mal engagé. Il n’est pas sans rappeler celui de Hao, pour lequel l’arrivée des conteneurs était annoncée en avril. De nouveaux changements sont prévus, qui reportent le début du chantier au début de l’année prochaine. Encore un rendez-vous manqué.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.


Luc Ollivier

Luc Ollivier