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Un rapport accablant de la CTC épingle la Maison de la culture


Jeudi 25 Juillet 2019 - écrit par Dominique Schmitt


Depuis la dissolution de l’EPIC Heiva Nui en 2013, la Maison de la culture est chargée, outre ses missions originelles, de l’organisation de tous les spectacles et manifestations organisés place To’atā. "Si l’établissement est parvenu à faire face à ce bouleversement, force est de constater qu’il a davantage subi que maîtrisé cette mutation, faute d’analyse des risques et d’un accompagnement adéquat de la part de son ministère de tutelle", notait la Chambre territoriale des comptes en mai 2018 dans un rapport accablant transmis au gouvernement. Le Grand théâtre a notamment reçu "un avis défavorable à la poursuite de son exploitation" en 2015, mais quatre ans après, il continue toujours son activité au détriment de la sécurité publique…



Allocution du président Édouard Fritch au Grand théâtre en avril 2019, à l'occasion de l'ouverture du séminaire de la fonction publique. Crédit photo : Présidence
Allocution du président Édouard Fritch au Grand théâtre en avril 2019, à l'occasion de l'ouverture du séminaire de la fonction publique. Crédit photo : Présidence
Il n'y a pas de hasard. L'année dernière, nous réalisions une couverture intitulée "To’atā : vers la fin d'un monopole" (lire TPM n° 377 du 23 mars 2018) afin de dénoncer la lourdeur administrative de Te Fare Tauhiti Nui - La Maison de la culture (TFTN) qui freine les démarches des producteurs devant s'y prendre au moins un an à l'avance pour réserver des dates pour des événements place To’atā. Le site étant fermé quasiment la moitié de l'année, il n'y a pas beaucoup de choix dans les dates, tandis que le système de réservation permet de bloquer un créneau sans être obligé de payer immédiatement. Cet engorgement calendérique suscite des tensions du côté des organisateurs qui considèrent que c’est cher payé au vu de la faible prestation proposée par TFTN ; d'autant qu'ils n'ont pas d'autre alternative, ne disposant, pour l'heure, d'aucun autre site de cette envergure à Tahiti. Pour pallier ce manque, le Pays est donc censé réfléchir au meilleur équilibre de trois espaces de spectacle à naître : ceux du Centre culturel, de la salle Arena et du Village tahitien. Mais depuis un an, aucune annonce n'a été faite par le gouvernement, rien n'a bougé.
Ce que nous ne savions pas – et nos différents interlocuteurs de l'époque, dont le ministre de la Culture, se sont bien gardés de nous le dire… – c'est que dès le 24 mai 2017, l’examen de la gestion de l’établissement public administratif TFTN a été inscrit au programme de la Chambre territoriale des comptes (CTC), pour les exercices 2012 à 2017. Le rapport d'observations définitives de la CTC relatives au contrôle des comptes et de la gestion de TFTN est pourtant accablant ! Outre les risques d’exploitation de l'établissement avec notamment un avis défavorable à la poursuite d’exploitation du Grand théâtre, le document note un manque de modernisation des outils de gestion et des procédures de travail des différents départements, un statut inadapté à ses missions, le recours abusif aux agents sous contrat, l'évolution non maîtrisée du périmètre patrimonial, des contentieux en matière de ressources humaines (détournements de fonds et de biens publics), ou encore le manque de fiabilité des comptes et de la situation financière…

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Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !
La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT