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Un site aborigène inscrit au patrimoine mondial de l'humanité


Jeudi 11 Juillet 2019 - écrit par Agence France-Presse




Crédit photo : DR
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Un site aborigène plus ancien que les pyramides d'Égypte, où les populations indigènes d'Australie ont développé il y a des milliers d'années un réseau d'aquaculture sophistiqué, a été inscrit au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.
Le paysage culturel Budj Bim, situé dans le sud-est de l'Australie, a été inventé par la nation Gunditjmara il y a environ 6 600 années. Le site comprend les restes de canaux de pierre construits pour piéger les anguilles provenant d'un lac et de marais. Le site, qui contient des traces d'habitations en pierre, contredit aussi le mythe selon lequel les Aborigènes étaient simplement des chasseurs cueilleurs nomades sans colonies établies ni moyens de production alimentaire sophistiqués.
En annonçant l'inscription du site au patrimoine mondial, la semaine dernière, l'Unesco a expliqué que les Gunditjmara avaient établi "un des réseaux d'aquaculture les plus vastes et les plus anciens du monde". 
Ses canaux, digues et barrages servaient à contenir les eaux de crue et "créer des bassins afin de piéger, stocker et récolter" l'anguille qui a "fourni à la population une base économique et sociale pendant six millénaires", a ajouté l'Unesco. Budj Bim, dans l'État de Victoria, est le premier site australien à faire son entrée sur la liste du patrimoine du seul fait de son importance culturelle aborigène.
Parmi les autres sites australiens inscrits au patrimoine mondial, on trouve la Grande barrière de corail, l'Opéra de Sydney ou le parc national Kakadu.
Les Gunditjmara réclament cette reconnaissance depuis près de 20 ans. 
L'aînée tribale, Denise Lovett, a salué cette inscription. "Ce paysage, dont nous nous occupons depuis des milliers d'années, est si important pour le peuple Gunditjmara", a-t-elle dit à la chaîne SBS. "Cette décision reconnaît l'importance de Budj Bim pour l'humanité toute entière".
Les recherches archéologiques montrent que les populations aborigènes vivent en Australie depuis plus de 60 000 ans. 
Mais avec l'arrivée des colons britanniques à la fin du 18e siècle, les communautés indigènes perdirent la plupart de leurs terres, prises par les nouveaux arrivants pour l'élevage et l'agriculture. 
Aujourd'hui, 750 000 Aborigènes vivent en Australie, soit 3 % de la population. C'est de loin la population la plus défavorisée du pays avec en particulier des taux de pauvreté et d'incarcération plus élevés.


Source : Agence France-Presse

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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt