Menu

Vallée-du-Tir : un commerçant armé d’un marteau poursuit un jeune voleur, jusque dans une école


Vendredi 6 Septembre 2019 - écrit par Les Nouvelles Calédoniennes




Le commerçant tient une épicerie située à quelques pas de l’école, dans le quartier de la Vallée-du-Tir. Crédit photo : Les Nouvelles Calédoniennes
Le commerçant tient une épicerie située à quelques pas de l’école, dans le quartier de la Vallée-du-Tir. Crédit photo : Les Nouvelles Calédoniennes
Scène improbable, la semaine dernière, à la Vallée-du-Tir. Un commerçant du quartier nouméen y a poursuivi un enfant, en pleine rue, jusque dans l’école primaire privée Anne-Marie-Javouhey, où ce dernier est scolarisé. Il est environ 8 heures ce jeudi matin et les cours viennent tout juste de débuter. Alors que la directrice de l’établissement scolaire privé s’entretient avec un des élèves devant l’entrée de l’école, un commerçant du quartier se précipite dans leur direction, arme à la main.
"Nous l’avons vu débouler dans la rue et il avait l’air très énervé. Il se dirigeait droit vers le petit, qui discutait avec la directrice. Heureusement que le garçon a eu le bon réflexe de se sauver et de se mettre à l’abri dans l’école", raconte un témoin de la scène. La directrice, ainsi qu’un parent d’élève présent au moment des faits, s’interposent immédiatement pour protéger l’enfant, qui semblait être à l’origine de la colère de l’agresseur. L’intervention des deux adultes ne permet pas de raisonner l’homme, qui semble déterminé à attraper l’élève qu’il accuse de vol dans son magasin.


L’homme a suivi le garçon dans l’école…

Apeuré, le garçon de 11 ans se réfugie immédiatement dans l’enceinte de l’école, où il parvient à se cacher derrière un escalier. Le commerçant le poursuit, et le parent d’élève qui avait déjà fait face une première fois à l’individu réussit à le rattraper in extremis, en le sommant de lâcher son arme. "Une fois arrivé à leur niveau, je lui ai crié de lâcher son marteau, mais il a essayé de m’en mettre un coup, que j’ai réussi à éviter, explique le parent d’élève. Heureusement que les autres enfants de l’école n’étaient pas présents, mais je pense qu’ils ont quand même pu entendre les cris, ajoute celui-ci. Ce qui est vraiment dommage, c’est le fait que beaucoup de gens étaient là pour assister à la scène, mais que personne d’autre n’est intervenu. Ils sont restés dans la rue comme des spectateurs. Il y avait quand même un enfant en danger !"
Les forces de l’ordre, qui avaient été prévenues au moment de l’incursion dans l’établissement, arrivent rapidement sur les lieux et interpellent, quelques minutes plus tard, le propriétaire de l’épicerie, avant que la situation ne s’envenime.


Un vol aurait mis le feu aux poudres

À l’origine de cet accès de colère de la part du commerçant, le vol d’un paquet de gâteaux qu’aurait commis le jeune garçon de 11 ans dans sa boutique, un peu plus tôt. L’enfant aurait expliqué avoir été poussé, par une bande de jeunes majeurs, à commettre le larcin. Face aux intimidations du groupe composé d’individus plus âgés que lui, celui-ci n’aurait donc pas eu d’autre choix que de passer à l’acte et, donc, de s’attirer les foudres du propriétaire de l’épicerie.
Le gérant de la boutique a, de son côté, assuré ne jamais avoir eu l’intention de blesser le garçon. Mais il se dit excédé par les vols à l’étalage qui se produisent quotidiennement dans son commerce. La directrice de l’établissement, ainsi que le père du jeune garçon, ont tous deux porté plainte.

Source : Les Nouvelles Calédoniennes

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel




Délinquance : peut-on se réjouir de chiffres qui sont “dans la moyenne nationale” ?

Délinquance : peut-on se réjouir de chiffres qui sont “dans la moyenne nationale” ?
À l’heure du bilan à mi-parcours du Plan de prévention de la délinquance 2018-2020, on ne vous cache pas notre étonnement en prenant connaissance des résultats donnés par l’État et le Pays, même si, en cette période préélectorale, plus grand-chose ne nous surprend. Et puis, on le sait, il est facile de “faire parler” les chiffres. Concrètement, la cinquième réunion plénière du Conseil territorial de la prévention de la délinquance annonce une diminution des faits constatés dans quasiment tous les secteurs. Ainsi, les atteintes volontaires à l’intégrité physique resteraient stables entre 2018 et 2019 ; idem pour les atteintes aux biens ; le nombre d’accidents et de blessés sur les routes aurait également baissé, etc. Mais si l’on analyse ces données de plus près, on s’aperçoit en réalité qu’elles sont floues, puisque l’on compare parfois les
douze mois de l’année 2018 avec la période de janvier à septembre (neuf mois) pour l’année 2019. Par exemple, il est indiqué que
3 femmes et 1 homme ont été tués à la suite de violences conjugales en 2018” contre “2 femmes depuis le début de l’année 2019”. Ou encore : “Au 31 octobre 2019, on recense 29 tués contre 30 tués à la même période en 2018, soit une baisse de -3,3 %”. Personne ne sait comment vont évoluer ces statistiques d’ici la fin de l’année…

D’une part, ces méthodes de calcul ne semblent pas permettre de tirer des conclusions précises et, d’autre part, on ne peut pas se réjouir de ces mauvais chiffres. Toutefois, le haut-commissaire a résumé (relativisé ?) la situation en ces termes : “Sur les atteintes aux biens, nous sommes plutôt en dessous de la moyenne nationale, sur les violences aux personnes, nous sommes dans la moyenne nationale et en-dessous de certains territoires ultramarins.” Cette démarche, consistant à se baser sur le ratio national, est-elle appropriée ? Nous en doutons fortement. Cela nous fait amèrement penser à l’anecdote cocasse que nous avons vécue en 2018 alors que nous menions des investigations sur l’augmentation des nuisances sonores et la montée de la violence chez les jeunes au fenua. Bien que le commissaire divisionnaire de la Direction de la sécurité publique était d’accord pour échanger sur ces thèmes épineux, l’ancien responsable de la communication du haussariat – qui a été débarqué entre-temps, car mis en examen pour complicité de trafic d’influence active, aux côtés de Bill Ravel – nous avait fait comprendre, en “off”, qu’il n’y avait “pas de sujet”… Nous lui avons prouvé le contraire en publiant deux dossiers de fond sur ces problématiques irréfutables (lire TPM n° 389 du 7 septembre 2018 et TPM n° 391 du 5 octobre 2018), qui nous ont valus de très bons retours.

Dominique Sorain a cependant jugé “préoccupante” l’augmentation des trafics de drogue et notamment d’ice. Et pour cause, il y a urgence lorsque l’on voit le nombre effarant de saisies effectuées par les douanes locales ! M. Édouard Fritch, lui, a proposé “la création très prochaine d’une Délégation à la promotion de la jeunesse et à la prévention de la délinquance”, qui sera dirigé par l’homme à la chemise mauve (Teiva Manutahi), mais aussi “une intensification des moyens de lutte contre le trafic de plus en plus inquiétant de l’ice”. Sauf qu’il n’y a toujours pas de centre de désintoxication à Tahiti, malgré la mise en place d’un Plan de santé mentale 2019-2021 qui s’avère de plus en plus nécessaire (lire notre dossier de Une en page 16)… En l’absence donc d’un pôle de santé mentale, un projet de postcure devrait être enfin examiné lors du prochain collectif budgétaire. Les quatre priorités identifiées dans le cadre du plan biennal (la lutte contre les addictions, la prévention de la délinquance des mineurs, la réduction des violences intrafamiliales et la lutte contre l’insécurité routière) doivent être poursuivies sans relâche. Il suffit de sortir de chez soi, d’observer et de constater que tous ces sujets sont malheureusement de plus en plus d’actualité dans une société marquée par des inégalités sociales croissantes. Quant aux addictions aux drogues dures, ne sont-elles pas le reflet d’une jeunesse en manque de repères et d’accompagnement, prête à exploser à la figure de ses aînés telle une cocotte-minute ? Il est grand temps d’agir avant que la gangrène ne poursuive son œuvre !

Ensemble, faisons bouger les lignes !
Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt