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Valorisation des déchets de la pêche : une usine d'engrais locale menacée de fermeture…


Vendredi 29 Novembre 2019 - écrit par Dominique Schmitt


Investi dans le développement durable, Karel Luciani a créé en 2015 son entreprise d’engrais naturels à base de déchets de poisson. Bien qu’il ait été lauréat du Prix de l’économie circulaire en 2016 et 2017, son produit bio ne séduit pas les agriculteurs locaux, qui préfèrent se tourner vers des engrais importés et/ou chimiques. Aujourd’hui, la société de l’entrepreneur est en péril, si bien qu’il envisage de mettre la clé sous la porte…



Malgré des résultats probants en termes d’efficacité, en quatre ans, la société Patiri n’a reçu aucune commande publique (hormis une de Faa’a), alors que le fenua mise sur la production locale. Crédit photo : DR
Malgré des résultats probants en termes d’efficacité, en quatre ans, la société Patiri n’a reçu aucune commande publique (hormis une de Faa’a), alors que le fenua mise sur la production locale. Crédit photo : DR
Recycler les déchets de poisson, telle est la brillante initiative qu’a eue Karel Luciani, enfant du Pays. Il y a quatre ans, il décide de lancer son activité de transformation de poisson en engrais bio et crée sa société, Patiri. L’homme a tout prévu, ou presque. Il le sait, la moitié des abats piscicoles terminent généralement à la poubelle, alors, plutôt que de jeter nos 1 400 tonnes de déchets annuels à la mer et risquer de bouleverser l’écosystème, autant les réutiliser à bon escient. Surtout en Polynésie, où l’on compte un bon nombre de pêcheurs et d’agriculteurs. Et puis, si l’on peut éviter d’importer des engrais chimiques, tant mieux !
Après avoir suivi des études de biologie en Métropole, collaboré avec l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), tenté une expérience en crevetticulture à Fidji et travaillé pendant treize ans à la Communauté du Pacifique (CPS) comme conseiller en formation et développement à la pêche et aquaculture, on peut dire que Karel Luciani en connaît un rayon sur le sujet ! Sensible au développement durable, une idée d’économie circulaire prend forme : utiliser les déchets de poisson pour en faire un engrais naturel. Une technique est mise en place et proposée aux pays du Pacifique. Mais en Polynésie, personne ne se lance. Alors M. Luciani observe les marchés et élabore un business plan, en prenant conseil auprès de la Chambre de commerce, d’industrie, des services et des métiers (CCISM)...

Pour lire l'intégralité de ce Dossier, commandez Tahiti Pacifique n° 421 en cliquant ICI


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Comme un parfum de Macron…

Comme un parfum de Macron…
La décision du Conseil d’État, le 27 janvier dernier, de ne pas appliquer l’amendement à la loi Morin pour les demandes d’indemnisation des victimes des essais nucléaires déposées avant 2019 a surpris la Polynésie entière… mais agréablement pour une fois ! Cette institution publique, qui est chargée de conseiller le Gouvernement central et se veut la plus haute des juridictions de l’ordre administratif, met donc finalement à mal “l’amendement Tetuanui”, créé le 30 décembre 2018, qui réintégrait dans la loi, après la suppression de la notion de “risque négligeable”, un seuil minimal d’exposition aux rayonnements ionisants pour accéder aux indemnisations (une dose annuelle de 1 millisievert). Conséquence immédiate : deux victimes, dont les dossiers avaient pourtant été rejetés par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen), ont pu obtenir gain de cause. Ces décisions font ainsi jurisprudence pour 62 autres cas ayant reçu un avis défavorable parmi les 138 demandes d’indemnisation en attente.

Même le président du Pays n’a pas caché son grand étonnement. Sans chercher à “faire le travail du Civen”, Édouard Fritch a considéré, au micro de Radio 1, qu’il va manquer au comité “un critère qui permette de dire oui ou non”. Annick Girardin, la ministre des Outre-mer, a déclaré pour sa part, lors de sa courte visite au fenua : “Chacun prend acte de cette décision”, en ajoutant que ce sera au Civen d’en “examiner les conséquences”, en l’absence d’une estimation précise de l’impact financier sur l’État. Sans surprise cette fois, Auguste Uebe-Carlson, fondateur et président de l’association 193, a, lui, réagi positivement à cette grande annonce dans les colonnes de Tahiti Infos : “C’est vraiment un encouragement (…) pour toutes les familles à se manifester pour que cet amendement [“Tetuanui”] soit supprimé ou suspendu en attendant des études sérieuses de la part de l’État à propos de la réalité des maladies qui touchent notre pays.” Selon lui, “le nombre de dossiers a considérablement baissé” depuis l’entrée en vigueur de cet amendement, qui “a découragé beaucoup de familles polynésiennes à entamer une demande d’indemnisation”. Le père Auguste n’a d’ailleurs pas manqué d’affirmer : “Nous rappellerons au président Macron ces décisions du Conseil d’État.

En effet, malgré deux reports en 2019, le président de la République française nous fera enfin l’honneur d’un séjour en Polynésie du 16 au 18 avril 2020, des dates dont nous vous avions donné la primeur dans l’édition du 13 décembre dernier (lire TPM n° 422). On peut tout de même s’interroger sur cette décision tonitruante du Conseil d’État en faveur des Polynésiens. D’autant qu’elle s’est suivie, quelques jours après, du passage tout sourire de Mme Girardin sur nos terres, offrant par la même occasion un joli coup de pouce pour les municipales au Tapura Huiraatira, parti local majoritaire rallié à la liste La République en marche (LREM) d’Emmanuel Macron… Juste avant la ministre des Outre-mer, c’était Stanislas Cazelles, le conseiller Outre-mer de l’Élysée, qui se déplaçait à Tahiti pour préparer le voyage du chef de l’État. Alors, hasard du calendrier ou pas, le terrain semble parfaitement déblayé pour l’arrivée du Président ! Si beaucoup redoutent qu’on leur vende encore des salades, ce qui est sûr, c’est que victimes ou non des essais, bien des hommes et des femmes l’attendent de pied ferme et qu’au menu, ils lui proposeront, eux, des échanges et des débats de vive voix autour du sujet explosif du nucléaire.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt